‹ Législation civile du Thalmud (volume 2)Chapitre 23 sur 57 · LXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXVI INTRODUCTION

le gouyemement ne tenait aacun compte de bonnes ou de mauvaises récoltes, il ne connaissait pas même tous les terrains imposables, puisqu'il y avait des cultivateurs qui ne payaient jamais d'impôt foncier, parce que leurs champs étaient entourés de pâturages et ignorés du fisc {ibidem^ tome IV, p. 175). On sait qu'au moyen âge les princes de la Russie allaient tous les ans en tournée, pour visiter tous les sujets de leurs principautés et recueillir l'impôt en nature au temps de la récolte. Ces princes se faisaient dans ces tournées accompagner par une suite nombreuse de fonctionnaires et de parasites, et tous voyageaient aux frais des pauvres cultivateurs; ce qui avait le triple avantage : de faire honneur au prince, d'empêcher toute résistance des récalcitrants, et d'offrir aux fidèles sujets une e:Kcellente occasion de montrer leur amour pour le souverain, en se dépouillant de leurs biens pour remplir les sacs du prince et de ses acolytes. Il en était ainsi sous le gouvernement patriarchal de l'époque thalmudique. Ce sont ces oukhlassa de-akhoum^ armées de païens, dont parle le Thalmud (traité Berakhoth, fol. 58; V. plus bas, p. 9). Quand ces troupes entraient dans une ville, comme ils ne connaissaient ni le nombre des habitants, ni leurs positions de fortune, ils entraient dans les maisons et dans les champs et prenaient ce qu'ils trouvaient, et les individus présents payaient pour les absents. Si le gouvernement avait par exemple besoin de bois pour construire un pont, ses fonctionnaires, au lieu de faire supporter cette charge à tous les habitants, chacun selon sa fortune, prenaient le bois au premier venu, qui possédait la forêt la plus voisine (Y. ma Législation, tome II, p. 508).

Une pareille troupe vint un jour en force pour perce-

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voir rimpôt qu'on appelait la couronne [kUila] ; la moitié des habitants se sauva, les fonctionnaires voulurent alors que ceux qui étaient restés payassent pour les absents ; mais ceux-là s'étant sauvés à leur tour et ne laissant qu'un seul individu qui exerçait le métier de blanchisseur, ils exigèrent que celui-ci supportât à lui seul la charge tout entière ; heureusement il a fini par se sauver comme les autres [V. traité Baba bathra, fol. 8, recto].

Ainsi l'impôt foncier, la capitationJaM/t/a, Vangariay les ponts etc., costituant ce qu'on appelait l'impôt légal, était en réalité un véritable brigandage par la manière dont on le percevait, par l'absence de sa répartition équitable et par de nombreux abus des fonctionnaires. Aussi les percepteurs d'impôt [mokhessim^ péagers] étaient-ils méprisés et haïs par tous les habitants, juifs et païens. On sait ce que le Nouveau Testament dit des péagers^ les mokhezsim du Thalmud. Les péagers, dit le Thalmud, peuvent difficilement réparer leurs méfaits, car ils ont volé à tout le monde (V. ma Législation civile, tome II, p. 373].

Les péagers, agissant comme de vrais tyrans et n'étant soumis à aucun contrôle, augmentaient l'impôt à volonté et violaient les lois de leur pays en dépassant la mesure établie par le gouvernement. Rabba dit ; Les percepteurs du bois pour la construction des ponts n'agissent pas comme le roi l'ordonne. Le roi veut qu'on distribue cet impôt d'une manière équitable entre tous les propriétaires, et les percepteurs coupent tous les arbres dans une seule propriété (/6tV/em, p. 508). On était tellement habitué à ces brigandages officiels^ qu'un homme pouvait dire que le percepteur était excusable, attendu que les ha^

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bitants auraient pu le prévenir, en s' arrangeant entre eux pour livrer au gouvernement la quantité voulue du bois avant l'arrivée du fonctionnaire {ibidem).

L'impunité de ces brigandages et l'absence complète de contrôle avaient encore une autre conséquence. C'est qu'on se permettait de percevoir des impôts sous le moindre prétexte et même sans prétexte aucun. Ainsi quand on lit dans un passage qu'on peut tromper les douaniers, la ghemara l'explique en disant, qu'il s'agit dans ce passage de ces percepteurs rapaces qui n'ont aucune autorisation officielle de percevoir quoi que ce soit, ou de ceux qui prennent plus que la loi ne l'exige {ibidem^ p. 465 et 470). D'autres s'arrogeaient le pouvoir judiciaire et, sans avoir une autorisation officielle, ni le savoir nécessaire, assignaient les plaideurs devant leur barre, et rendaient des arrêts selon leur caprice ; on les appelait meghista {ibidem^ p. 470), probablement du mot megistos^ très grand ou trop grand, en prenant ce mot dans le sens d'arrogance. Rab Joseph avait cependant une bonne opinion des juges païens de son époque, mais rab Âsché pensait qu'ils étaient presque tous des hommes sans conscience {ibidem ^ p. 472).

On comprend, que la corruption générale des fonctionnaires du pays avait pour conséquence, qu'un honnête homme, juif ou païen, se tenait à l'écart des cercles officiels (V. le conseil de Schmajah qui vivait dans une autre époque de corruption des fonctionnaires, ma Législation civile, tome V, p. 143), et qu'il n'y avait guère que les hommes les plus pervers qui recherchaient les diverses fonctions officielles, surtout celles de péagers et celle de tenir garnison dans les villes pour vivre à leurs dépens et pour les tyranniser sans frein, ni mesure^ Ce

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sont ces individus qu'on croyait capables d'assassiner les paisibles habitants^ pourvu qu'ils eussent l'occasion de le faire sans témoins {ibidem, p. 1 07, 111^116, 377), ce sont eux qu'on soupçonnait de commettre les vices les plus honteux {ibidemy p. 107). C'est de ces individus que rab Âsché dit que, si un Juif leur vend un champ qui touche à celui d'un autre Juif, on oblige le premier de prendre la responsabilité de tous les accidents que le voisinage du redoutable acheteur peut causer au dernier (V. ma Législation civile, tome II, p. 470, et tome III, p. 436); c'est aussi de ces individus qu'Amemar parle, en les considérant comme des brigands (V. traité Baba bathra, fol. 44, recto).

Ceci explique un autre passage, qui semble supposer un cas extraordinaire et incroyable, on lit dans ce passage, que tous les habitants, riches et pauvres, doivent contribuer à faire les fortifications de la ville qu'ils har bitent, car elles sont destinées à les protéger contre l'in- Tasion d'un ennemi qui ne ménagerait personne. Cela s'applique aux temps de guen'C. Mais dans le temps de paix, où les fortifications ne doivent protéger les habitants que contre des brigands, qui appartiennent au même pays qu'eux, qui ne commettraient pas d'assassinat de peur d'être punis, et qui par conséquent ne viendraient que pour le pillage, les fortifications ne sont nécessaires qu'aux riches, les pauvres ne sont donc pas obligés de contribuer à leur construction (Y. ma Législation civile, tomerV, p. 25). Où a-t-on jamais vu une troupe de brigands qui fait invasion dans une ville paisible en temps de paix profonde, pour piller les habitants, et qui ont des scrupules pour tuer quelqu'un ou même pour lui faire la moindre é^ratignure ? Si les habitants résistent ?

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