‹ Législation civile du Thalmud (volume 3)Chapitre 15 sur 35 · INTRODUCTION. LIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LIII

La Synagogue avait aussi son canon et ses apocryphes ; les livres canoniqiies seuls, notr^d Bible, pouvaient être admis à la lecture publique dans la synagogue ; tous les autres livres, comme les Macchabées, la Sapience, etc., quoique ils aient une très-grande valeur au point du vue historique et moral, étaient considérés comme des meghiloih se-tharim^ apocryphes^ livres cachés, ou destinés à l'usage privé et non pas à l'usage public pour l'office dans les synagogues. Il y a plus. On a voulu que la Bible destinée à une lecture publique pour l'office dans les synagogues soit écrite trQS-soigneusement, par lin Juif pieux et étant majeur, pour qu'on puisse avoir confiance en sa piété et en son intelligence, qu'il l'ait fait très-soigneusement (lischmah)^^o\iv sa destination, à être lue pendant les offices. Si la Bible avait été écrite par un enfant mineur ou par un païen, elle serait traitée comme un livre apocryphe, le Thalmud emploie le mot jignoZi il sera caché, ou psoulin^ défendu pour la lecture dans les offices [v. traité Ghitin, fol. 45, • verso] [1].

Ainsi foi/5 les livres juifs é\B\Qiii à^smeghiloihsetha'' rinij apocryphes, dans ce sens, qu'on ne pouvait pas en faire la lecture dans la synagogue pendant les of-

[1] Il est évident, que les expressions yignoz ou psoulim veulent dire, que cette Bible ne doit pas être lue pendant les offices. Car, il D'y a aucun motif pour défendre à un enfant mineur d'écrire une bible et d'y faire ses études. Une beraïtha dit, qu'il y avait dans la ville de Tzidon un païen qui écrivait les livres bibliques, et que rabban Simon, fils de Gamaliel, a permis de les acheter pour les lire [Ghitin,fol. 45, verso], à plus forte raison pouvait-oiji lire et étudier dans une bible écrite par un Juif mineur.

lW prétendue défense d'écrire les lois.

fioes, ejccepté la Bible qui était canotiique. Mai^ les Jiiifs ne prêchaient pas seulement dans lia synagogue pendant les offices. On faisait aussi des cours publics dans les académies et dans les écoles. La d^fenfee de faire la lecture publiqilé dès livres apo* cryphes dans là synagogue pendant tes offices^ fut donc étendue aux acadénlieâ et aux écoles. On pouvait éériî*e la halakha, Vagddàk et tous les livres apocryphes chez soi pour y étudier, mais il était défendu de le& lire dans les écoles et de le^ écrire f)our Tusagé public.

Le motif en était très-simple. Les docteurs n'étaient pas d'accord entre eux sur presque aucun point des lois juives. Si donc on permettait à chacun Ae lire publiquement dans son académie ou dans son école le recueil des -lois, qu'il aurait rédigé à sa façon, il y aurait bientôt autant de sectes, ou autant de nations que d'écoles. La défense, au contraire, faite à chaque docteur de faire la leciiire publique de la mischnah qu'il a rédigée pour son usage ;?m^, lui rappelait qu'il n'est pas seul dans le monde juif, et qu'il n'est pas le maître de faire accepter par tous les Juifs ses propres dispositions légales. Ce qui est trëfe-femarquable, c'est que cette defensen'a. été faîte pat aucun synhedrîn, ni par aucune académie ; c'est Topinion publique qui a fait la défense, car Topinion "publique voulait l'unité de la nation. Quand Hananja^ le neveu de rabbiJosué, est allé à Babylone, il a voulu se rendre indépendant de l'autorité centrale de Jérusalem, en fixant de sa propre autorité les années et les mois. Alors op a envoyé deux docteurs de Jérusalem pour dire aux Juifs de

INTRODUCTION. tY

Babylohe, qu'ils «ô créent pas de céhtres nouveaux à Babyione, ë'ils ne veulent pas abandonner le Dîeti d'Israël; Alors tous les Juifs de Babyione se mirent à pleurer et ils dirent r que Dieu nous préserve, nous sommes les adorateurs du ÏÂéii d*Isràël [5^rtt* khot/if fol: 62], et nous ne vëtilôns pas dréer de chisïûës dans la natibn.

Cependant cet êtett de choses ne pouvait paà durer longtemps. D'abord, malgré la défense mentionnée-, le désaccord entre les docteurs existait et s'étendait toujours, à mesure que dés circonstances nouvelles exigeaient de nouvelles lois. Il est vrai que les Juifs disaient: quoique l'écolô de Sehamaï ne sôît pas d'accord avec celle de HîUel, ulou ve^uîou dibré Elêhim hapMy elles parient toutes les deux âelon les paroles du Diéù vivant, et les disciples d'uiie école vivaient en paix et en amitié avec ceux de l'autre. Mais cet état aurait-il pu durer longtemps ? La défense mentionnée avait, en outre, Tinconvénienl de crééfr une difficulté à la propagation de la science^ car tout le monde n'avait pas les moyens nécessaires pour écrire ou pour se faire écrire des livres. Tandis que chaque ville était obligée de bo faire écrire où d'acheter une Bible, pour que riches et pauvreé pussent en profiter, elle n'avait aucun autre livré à l'usage des pauvres.

Il n'y avait qu'un moyen de remédier à tous ces maux, c'était d'avoir un recueil de là mischnah adopté par tout le monde, alors on pourrait considérer ce recueil comme un livre national, en faire des éopiës pour chaque ville et pour chaque école^ ou réh éïi attrait fait une lecture publique, et en

LYI PRÉTENDUE DÉFENSE d'ÉGRIRB LES LOIS.

fi • • ' '

même temps on aurait amené un accord plus ou moins complet entre les diverses écoles. Mais il aurait fallu pour cela une autorité centrale sans rivale^ qui eut assez d'influence sur la nation entière, pour que tout le monde adoptât son cpde légal. ^ Or, et Rabah, fils de Rabba, dit : Depuis Moïse jusqu'à Rabbi [le rédacteur de la mischnah], il n'y avait pas un homnae en Israël qui ait réuni au plus grand savoir la grandeur suprême de sa position, sam avoir de rival sous ces deux rapports » [v. traité Ghitin, fol. 59, recto]. JEzdras lui-même, dit la ghemara, n'était pas le plus grand homme de son époque, car il avait un rival en Nehernie[l. c.]. a Rab Aha, fils de Rabba, dit : Depuis Rabbi [le rédacteur de la mischnah] jusqu'à rab Asché, il n'y 9.vait pas un homme eu Israël, qui ait réuni au plus g;rand savoir la grandeur suprême de sa position, sans avoir de rival sous ces deux rapports » [1. c.]. On comprend donc que rabbi Joudah le nassie, appelé aussi Rabbi, était seul à même de rédiger avec ses collègues une mischnah qui put être considérée, non plus comme un livre apocryphe dans le sens que je viens d'indiquer, mais comme un code national destiné aux lectures publiques ; de même que plus tard rab Asché était seul à même de faire adopter par la nation entière sa rédaction de la ghemara, parce que son autorité n'avait pas non plus de rivale. Aussitôt que le recueil de la mischnah de rabbi Joudah le nassie fut publié, il n'y avait plus aucun motif de défendre la publication et la lecture publique des autres recueils, comme ceux de rabbi Hiya, etc., parce que ceux-ci ont accepté un rôle inférieur à

Page 1