DENTU , LIBRAIRE, AU PALAIS ROYAL
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Lorsque la révolution de 1789, détruisaut violemment les anciennes institutions de la France , eut aboli les maîtrises et les jurandes , les membres des corporations des arts et métiers recouvrèrent toute leur liberté, et les règlements nombreux qui les régissaient disparurent avec les institutions dont leurs prescriptions étaient appelées à assurer le fonctionnement.
Dans celte époque terrible où les ruines étaient amoncelées les unes sur les autres , où la destruction poursuivait aveuglément son œuvre ; le commerce et rindustrie étaient nuls et les lois qui régissaient leurs agents étaient inutiles; mais lorsque la France vit renaître des jours meilleurs , lorsque l'œuvre de reconstitution de la société commençai
et qu'un génie puissant eut assuré au corps politique une existence normale et régulière, Tindustrie^ fille de la paix et des lumières , reçut de nouveau son droit de cité dans notre pays où elle n a cessé de grandir.
Dès la naissance de ce mouvement industriel qui se produisait dans des conditions toutes nouvelles , il fallut régulariser les rapports qui s'établissaient entre les divers membres des populations industrielles. Des dispositions clairsemées danslesloissi nombreuses de répoque, furent promulguées au fur et à mesure que la nécessité les dictait; pendant quelque temps elles ont été considérées comme suffisantes; mais le développement qu a reçu T industrie en France depuis un demi-siècle ayant attiré dans les ateliers et les manufactures des populations nombreuses, placées dans des conditions toutes particolières , les dispositions réglementaires disséminées dans les lois promulguées au commencement du 19* siècle , devinrent insuffisantes.
On a signalé de toute part les graves abus auxquels donnaient naissance ces lacunes fâcheuses ou ces prescriptions que la marche rapide des événements avait fait vieillir avant le temps.
Le gouvernement s'est efforcé de porter remède à ceiB maux, et depuis quelques années plusieurs documents législatifs promulgués sur la matière ont créé un code complet pour lés ouvriers.
Cest un rapide exposé de l'ensemble de cette législation que je publie.
Ces lois sont généralement peu connues , et cependant à leur rigoureuse exécution sont liés les intérêts sociaux de Tordre le plus élevé. Dans nos sociétés modernes, les lois qui concernent le travail des enfants dans les manufactures, lapprentissage, la police des établissements industriels, les conven- Uofis entre les ouvriers et les patrons , ont acquis une portée et une influence qu'elles étaient loin d'avoir autrefois. Il importe également de répandre et populariser les statuts de ces institutions spéciales aux ouvriers qui ont pour but de moraliser rbomme par la pratique des sentiments religieux, de favoriser le travail, Tordre et Téconomie.
Mais s'il est utile à tous de connaître ces lois; s'il est prescrit aux chefs des ateliers et' des établissements industriels de les observer plus religieuse- BieDt, il Msl essentiel pour les ouvriers de s y confor^ nier scrupuleusement. Ces règlements sont tous dictés par la préoccupation constante qu'a le pouvoir d'améliorer le bien-être matériel et les conditions morales d'existence des ouvriers; que ceux-ci acceptent donc sincèrement , sans regrets et sans défiance des règles qui n'ont été établies que dans leur intérêt et ceux du pays.
En parcourant seulement l'objet de ces lois, on retrouve sans cesse la preuve du sentiment de bien-
4 -veillante sollicitude qui les a dictées. Cest pour Vouvrier qu'est établie la crèche où est reçu et soigné Tenfant qui vient de naître; cest pour cet enfant que Vouvrent la salle d'asile et T école primaire où il reçoit les soins et l'instruction appropriés à son jeune âge , les écoles professionnelles ou il perfection ne nlilement cette instruction premièra Puis le législateur se préoccupe de Tapprenti ; il veille sur lui dans Tatelier du maître ; il suit Tou-* vrier dans la manufacture de F industriel, et toujours avec la même sollicitude pour ses intérêts moraux et matériels. 11 n'est pas d'efforts que le pouvoir ne fasse , d'institutions qu'il ne crée pour prémunir Touvrier contre les misères de la vie, les résultats fâcheux des maladies, les impossibilités de la vieillesse. A côté de cette tutelle constante de l'Etat, se développant sous des règles sages, une large place est laissée à l'assistance privée et à la charité chrétienne, dont on retrouve à chaque pas le zèle et le dévoùment.
- Que l'ouvrier espère tout de ces lois et de ce noble et puissant concours; qu'il compte sur les améliorations que r expérience et le temps pourront faire introduire dans cette législation ; qu'il s'y montre soumis et obéissant , car c'est une loi dé protection et de progrès qui a été faite pour lui.
C'est sur l'ouvrier que se portent généralement
les efforts de ceux qui poussent à la désobéissance aux lois, et c'est lui qui souffre le plus des conséquences déplorables qui en sont la suite. Les catastrophes qu'entraîne le mépris des lois, portent atteinte à sa moralité et détruisant tout à coup les déments du bien-être matériel, le plongent dans la misère et la dégradation.
Sa position a , par elle-même , de la dignité, de la sécurité et de F indépendance ; mais c'est à condition que l'ouvrier n'abjure pas cette dignité per-soonelle en se mettant au service de l'émeute; qu'il n'aliène pas cette indépendance en se livrant au caprice des ambitieux ou des méchants ; qu'il ne détruise pas cette sécurité en menaçant l'ordre^ la paix publique et l'industrie.
Il faut aussi savoir s'inspirer de l'amour du pays. Les ouvriers doivent songer que dans leurs ateliers ils sont les soldats de l'industrie française, qui^, eU^ aussi, a ses jours de fêtes et de victoires et distribue des triomphes et des récompenses, qui sait briller avec grand éclat dans ces luttes pacifiques ou les nations viennent déployer la richesse de leurs produits et tous les avantages de leurs progrès.
Je répète avec plaisir ici ce que j'entendais dire il y a quelques mois à peine à un personnage qui, après avoir occupé longtemps^les plus hautes posi* tiens de TÉtat, a été appelé comme administrateur de l'un de nos plus importants établissements in-
-^ 6 — dtistriels, à porter ses observatioQS sur lea ouvrière et leurs tendances. Un mouvement heureux, disait* i! , s'opère dans leurs esprits: ces folles idées qui les poussaient vers ranarchie, la ruine, la misère et la dégradation, s'éloignent et disparaissent; c'est «ne révolution pacifique qui se prépare. Une arnbi* tion qui se fonde sur de plus nobles sentiments se fait jour de tout côté ; Touvrier recherche l'instruction qu'il se montre apte à recevoir ; il compte sur Tordre et la conduite pour améliorer son sort; il veut arriver à tout , mais par une voie droite et honnête. £n présence de ces grandes machines que Isa volonté dirige, il a compris que sa force intellectuelle et le travail de l'intelligence sont supérieurs à la force matérielle dont il a été longtemps si fier. En présence d'anciens camarades que leur ordre, ieur conduite et leur travail ont élevés aux honneurs et à la fortune, il comprend que la véritable égalité n'est point celle qui nivelle tout en abaissant tout, mais celle qui permet à chacun de grandir et de s'élever par le développement libre de son travail, de son intelligence et de sa moralité.
Quelques mots encore et je termine ces observations. Notre législation moderne donne TÉtat comme appui à l'ouvrier dans tous les moments de sa vie. Cet appui tulélaire ne doit pas être repoussé ; mais si l'ouvrier ne doit pas chercher à s'en affranchir ^ il ne faut pas non plus qu'il s'y abandonne trop
complètement : sa position de fils, de mari, de père, lui impose des obligations et des devoirs qu'il doit s'efforcer de remplir lui-même directement. Que la mère obligée de déposer son enfanta la crèche pour se livrer au travail, profite des bienfaits de cette institution ; mais qu'elle ne se décharge jamais vo« lûotairement des soins et des peines dont la pratique faiigrandir l'amouret ledévoûment maternelsl Que le père soit, tant qu'il le pourra, le patron de son fils; que l'amour paternel développe ainsi l'amour filial, qui doit protéger le vieillard dans ses derniers jours; que la famille ne demande à l'assistance publique et privée que les secours que ses membres ne peuvent mutuellement se fournir 1 Que des pratiques religieuses viennent cimenter l'union de la famille, en purifier les joies, en soutenir les misères! La famille développe des sentiments intimes qui moralisent Thomme et le rendent meilleur ; elle est la plus sûre garantie pour la société. L'unité de la famille fait comprendre l'unité de l'État; le respect pour le père fait accepter l'autorité du souverain ; le dévoûment pour les frères inspire le dévoûment pour ses concitoyens. 11 faut donc qu'en aucune circonstance l'ouvrier ne cherche à s'exonérer de ses devoirs dans la famille. Les bons épouic , les bons pères, les bons fils font les bons citoyens; c'est là une vérité triviale , mais elle est de tous les temps.
Sachons la respecter, car aujourd'hui encore elle est vraie.
Ce travail est divisé en trois parties : la première contient les règles relatives à renseignement; la seconde comprend la législation professionnelle ; la troisième est consacrée à Tassistance.