‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 101 sur 164 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

BEI LratSUHNT DU MINISTÈRE PUBLIC DE LA ULIOSOM DANS BON

iVl.VT EXTÉRIEUR.

Dans ce moment, le rétablissement du culte de la religion catholique en France, et par conséquent de l'état extérieur du

ministère ecclésiastique, parait décide. Le concordat entre les

chefs de l'Eglise et «le l'Etat, qui doit être un concordat entre

(1) Ce n'est pas qu'un oeftain parti no provoquât ce qu'il paraissait défendre; mais les malheureux n'étaient pas dans le secret

les deux sociétés elles-mêmes, n'est pas encore connu, et il serait aussi inutile qu'indiscret de chercher à prévenir sa publicité. Quand on est persuadé que l'ordre seul, c'est-à-dire les rapports naturels des hommes et des choses, peut s'affermir dans la société, et que tout ce qui le contrarie, plus ou moins passager, ne saurait être durable, l'homme qui ne renferme pas toute son existence dans un point, ni toutes ses espérances dans un instant, voit avec plus de tranquillité les opérations de l'autorité publique, certain que les lumières qui se répandent sur les vrais principes de la société aideront ses efforts vers le bien, ou redresseront ses erreurs; car les révolutions n'arrivent que pour développer des vérités et dissiper des erreurs, et c'est dans ce sens qu'il a été dit que le scandale est nécessaire (1). Ainsi peut-être il pourrait arriver que l'autorité compétente divisât Paris en un nombre suffisant de grandes paroisses, dans lesquelles le clergé desservant vivrait en communautés séculières sous l'autorité du curé, comme il faisait à Paris dans quelques paroisses. Cette nouvelle circonscription de paroisses incomplètement décrétée par l'Assemblée constituante, a été consommée en beaucoup d'endroits par la démolition d'un grand nombre d'églises. Dans chacune de ces grandes paroisses, on établirait, suivant la population et les distances, une ou plusieurs succursales, où des prêtres de la communauté iraient les jours consacrés au culte célébrer les offices, et instruire les fidèles; car pour les baptêmes, les mariages, les premières communions, et généralement tous les actes religieux qui peuvent intéresser l'état même civil des hommes, et qui demandent une grande publicité, pour laisser à l'homme de longs souvenirs, ils ne doivent être faits qu'à l'église-mêre, et il en était à peu près ainsi dans les premiers temps. J'ai proposé de grandes paroisses, comme de grands diocèses, de grandes métropoles, parce que tout est petit et mesquin dans les petits établissements; ils n'ont aucune dignité, et quelquefois même manquent du nécessaire. Il y avait en France des paroisses si petites, qu'il était impossible d'y faire l'office public, et même des diocèses qui ne pouvaient avoir de séminaire.

La division en grandes paroisses, qui s'opérera nécessaire-

(1) Ceci a été composé bien avant les derniers arrangements ; et si l'auteur paraît les avoir prévus en partie, Vest qu'il. y a des circonstances où il n'y a pas ;\ choisir.

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ment dans les villes, pourrait avoir lieu, quoique sous une autre forme, dan> 1rs campagnes, où il semble qu'elle fût depuis longtemps comme indiquée par les arrondissements des paroisses champêtres, connus sous le nom de doyennés ruraux. Mais partout le nombre des paroisses doit être proportionné à celui des fidèles, et l'emplacement des églises à la situation des lieux: les églises champêtres et isolées offraient des inconvénients; niais chaque visite à l'église était un pèlerinage, et il y avait à la ibis moins de commodité pour l'homme, et plus de sentiments pour son cœur.

Sans doute, il ne sera pas possible de réunir constamment les prêtres de toutes les campagnes par maisons communes; niais il y aurait peut-être possibilité et utilité extrême qu'ils fussent affiliés à un établissement commun, dont le curé principal serait If supérieur, et où les vicaires desservant les succrn sales pourraient aller de temps en temps reprendre l'esprit de leur état, que dissipe la vie privée, et rompre ainsi les habitudes quelquefois déplacées qu'y contracte l'homme isolé.

Ce serait un grand mal que les églises fussent trop rares, et trop éloignées du plus grand nombre des fidèles. Si les devoirs journaliers ne peuvent pas s'accomplir sans quelque peine, du moins ils doivent être sans danger, et il y en aurait pour les hommes et les propriétés dans les lieux écartés, si la famille, avec I<- mauvais temps et les chemins difficiles, était obligée daller chercher l'église trop loin de ses foyers.

Mais ce serait un autre abus, et plus grave qu'on ne pense, de diviser ce qui peut être réuni, et de mettre deux paroisses la ou une seule peut suHire raisonnablement. L'instruction plus commode lait moins de bien (pie l'union plus assurée. 11 faut bien se garder, dans des \ ues de commodité personnelle, de mettre , pour ainsi dire, sous la main de chacun, la religion qui appartient a tous en général , et de rendre populaire ce qui doit être public. Le culte , dans les oratoires privés, nourrit la piele de quelques âmes l'ci'\ entes , niais il introduit à la longue autant de disciplines particulières qu'il y a de lieux et de miuisho; il affaiblit , par sa familiarité même, le respect pour la religion dans lecœur des peuples; ils Unissent par penser (pie le culte et ses ministres sont faits uniquement pOUT l'usage de

l'homme, au lieu de penser que l'homme est fait pour rendre i Dieu le culte qui lui est dû. .léserai entendu par ceux qui

33 i TRAITÉ DU MINISTÈRE PURLIC ,

connaissent les hommes , et qui les ont gouvernés. S'il n'y avait dans un village qu'une seule fontaine où tous les habitants pussent aller puiser de l'eau , même avec quelque incommodité , ce serait se priver d'un moyen continuellement agissant de rapprochement entre les individus , et de liaison entre les familles, que de la détruire pour en diviser les eaux dans chaque maison.

Ce changement dans l'ordre des choses actuel , ou plutôt ce retour à l'ancienne discipline , serait attaqué par toutes les petites raisons de l'homme , et pourrait être défendu par tous les grands motifs de la société. Dans ces établissements publics, l'enfance du prêtre , si je puis me servir de cette expression , serait élevée , sa jeunesse surveillée , et surtout occupée , sa vieillesse honorée et soulagée; et partout ailleurs ses premières années sont trop souvent négligées , les suivantes dissipées et oisives , les dernières délaissées. Plus d'avarice où il n'y aurait plus de propriété personnelle, plus de mondanité où il n'y aura plus d'oisiveté.

Ainsi un presbytère, ou communauté de prêtres par canton, un diocèse par préfecture, une métropole par province (j'appelle ainsi la réunion de plusieurs préfectures en un ressort de tribunal suprême), partout régularité , simplicité, unité; unité dans la constitution , uniformité dans l'administration , union entre les hommes : voilà où il faut tendre , parce que c'est là que tôt ou tard on doit aboutir.

Avec le temps , les églises devraient être ornées , et le culte pompeux. Architecture , peinture , sculpture , musique , éloquence , toutes les matières, tous les arts, tons les talents doivent être employés à honorer l'Être infini dans son intelligence, dans son amour, dans son action , autant qu'il est possible à l'être fini qu'il a créé pour le connaître , Y aimer et le servir. D'ailleurs ces richesses , dont l'accumulation entre les mains de l'homme est si funeste, et la possession si précaire, confiées à celles de la religion , d'où elles ne peuvent sortir que pour de grands besoins , seraient pour l'Etat une ressource assurée dans les extrêmes dangers. Etait-ce par instinct de cette disposition très-naturelle, parce qu'elle est très-utile à la société, que les Romains, et même les Grecs, mettaient dans les temples le trésor public?

Ceux qui étudient les rapports qu'ont entre eux,, chez les divers

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peuples, les principes de la religion et la conduite de la vie civile. De manqueront pas d'observer que les peuples dont la religion demande de la magnificence dans ses temples et de la pompe dans son culte, sont beaucoup moins avides de richesses, et plus généreux dans l'emploi qu'ils en l'ont , que ceux qui sont sévères partisans d'un culte pauvre el dénué de tout ornement. Une société bien ordonnée doit tendre a mettre la magnificence . le luxe même dans les établissements publics, la siniplicité et la modération dans la vie domestique. Privatus illis tus état brevii } commune magnum, dit Horace en parlant des premiers Romains (1).

Je n'ai parle que des corps ecclésiastiques séculiers, auxquels appartiennent exclusivement, sous l'autorité immédiate des premiers pasteurs , les fonctions du ministère public de la religion. A d'autres corps, mais toujours propriétaires, devraient appartenir les soulagements des faiblesses de l'humanité, car la société Q?es1 que la protection des faibles ; elle ne subsiste (pie pour eux, elle ne peut subsister sans eux, et c'est pour cela qu'il a été dit aux bommes : I ous aurez toujours des faibles avec vous. Ainsi il faut des corps , et peut-être un seul corps DOUT l'éducation des enfants, les missions étrangères, le rachat des captifs (si les princes chrétiens souffrent encore le brigandage des barbaresques), et le soulagement des infirmes. Ce corps célèbre . qu'on ne remplacera jamais que par lui-même, embrassait presque tous ces objets, et y suffisait. Les communautés de tilles auront également une destination analogue à celle de leur sexe el aux besoins de la société. On conservera, comme précieuses à la religion et utiles à l'Etat, quelques maisons des deux sexes dont l'austérité plus qu'humaine, et le renoncement absolu ii soi-même et au monde, conviennent si bim a quelques âmes et a quelques circonstances. Os corps offrent l'exemple des pins héroïques vertus au milieu (les scandales des plus grand- crimes, et dans le relâchement introduit a la longue par les passions des hommes, remontent, pour ainsi (lire, le ressort de la société. 11 est digne ad remarque que la révolution française a répandu ces règles austères chez plusieurs peuples de l'Europe, même presbytériens, Ce sont des germes qui fructifieront avec le temps , et déjà l'on a fait au

(1) On pouvait dira la même chose des Français jusqu'au quinrièm le; dans las campagnes, I " • ■ ^ 1 1 — » ■ était pins belle que la château, iaaez généralement, c'est le contraire aujourd'hui,

parlement d'Angleterre , contre l'esprit de prosélytisme des prêtres français , des plaintes bien honorables à la religion et à ses ministres.

Gomme jadis le clergé empiétait sur la juridiction laïque , sous prétexte du péché qu'il y avait dans tous les délits contre les lois civiles, plus tard les tribunaux civils ont usurpé la juridiction ecclésiastique, sous prétexte du délit qu'il y avait dans toutes les fautes contre la discipline ecclésiastique ; et de là sont venus les plus grands désordres, la lutte dune autorité contre l'autre , et la ruine de toutes les deux. Il faudrait revenir à la raison et à la nature. L'autorité civile doit punir comme des délits publics tous les attentats à l'ordre extérieur de la religion , puisque la religion défend comme des crimes même des pensées contre l'ordre public de l'État. Quand l'autorité civile a condamné à mort le citoyen, elle renvoie le fidèle au tribunal secret de l'Église pour y avouer sa faute , et en obtenir le pardon du juge suprême de toutes nos actions; et quand les tribunaux ecclésiastiques ont jugé un membre de l'ordre digne de mort, ils dégradent le ministre, et renvoient le citoyen devant le pouvoir séculier , seul dépositaire du glaive , et qui a le devoir de s'en servir. La limite des deux puissances est aujourd'hui connue , et peut être fixée avec précision ; et désormais on ne verrait plus les autorités civiles mises sous l'interdit par l'autorité ecclésiastique, ni les sacrements administrés par un arrêt des tribunaux civils.

L'institution canonique des évêques ne peut pas être ôtée au saint Siège, et les places inférieures seront à la nomination de l'évêque. La résignation , qui pouvait obvier à quelques abus , mais qui établissait pour un ministère spirituel une succession un peu trop séculière, ne peut plus convenir à la corruption des hommes, ni aux progrès de leurs connaissances en administration.

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