DE 1 EUROPE
moins, et, puisque faut le dire et proclame* hautement une des vérités Les phu certaines di l'histoire moderne, les croisades sauvèrent V Europe,
Elias la sauvèrent de tel propres fureurs» en y éteignant Pardeui des guéries privées, «1 surtout en y affermissant le pouvoir des rois contre l'ambition inquiète de leurs vassaux qui
s'appauvrirent on périrent dans ces expéditions lointaines.
Elles sauvèrent l'Europe, et la civilisation avec elle, de la barbarie musulmane, en refoulant, pour ainsi dire, sur elle-même Dette puissance, alors dans la crise de son développement, et la forçant a se détendre, lorsqu'elle était impatiente d'attaquer. Elles ruinèrent même en Espagne la puissance des Maures, qui, selon la remarque de l'abbé Fleury, « y ont toujours décliné » depuis les croisades. » Ces expéditions donnèrent les premières connaissances de l'art déporter au loin, de faire subsister et mouvoir de nombreuse! années; enfin elles créèrent en Europe la marine qui l'a défendue du joug des infidèles plutôt que les troupes de terre, et qui l'en défendrait encore. Les yeux malades de la haine n'ont pu saisir l'ordonnance générale d'un si vaste tableau, et ne se sont fixés que sur quelques détails; car la petitesse d'esprit, je veux dire l'esprit des petites choses, est le caractère de la philosophie moderne. Elle a taxe d'injustice l'agression des chrétiens et elle a passé sous silence l'invasion des barbares; elle a déploré le mauvais SUOeÔS des croisades, comme si elles avaient été entreprises pour fonder des principautés à Edesse, à Antioche, ou même à Jérusalem, dont le sol, quelque vénérable qu'il soit par les souvenirs qu'il rappelle, n'a rien de nécessaire, pas plus que tout autre li.u du monde, à une religion dont le chef-lieu est hors du monde. Elle s'est apitoyée sur le grand nombre d'hommes qui périrent dans ces expéditions, comme si le commerce, et les guerres dont 11 est le principe, ne faisaient pas péril- plus de monde que n'en ont consommé les croisades, a\ee c-tte différence toutefois qu'une guerre entreprise par un principe d'humanité est toujours utile, même lorsqu'on y succombe, et que ces guerres éternelles pOUV des motifs d'avarice et de commerce sont toujours funestes, même lorsqu'on réussit; et malheur aux temps et aux peuples chez qui les motifs |U)>lUnefl qui inspirèrent les croisades ont pu être attaqués impunément par des déclamations de rhéteurs, ou défigurés par des subtilités de sophistes!
49C sur l'état actuel
Ici l'autorité des noms se joint à la certitude des faits. Le célèbre Bacon pense que les diverses nations sont unies entre elles par les lois universelles de la nature et des gens, dont Tinfraction de la part d'une d'elles peut rendre la guerre légitime de la part des autres. « Ainsi, dit-il, les hommes qui manquent » aux lois civiles sont ramenés à l'ordre par la société. » Il cite en preuve de son opinion les Turcs, et il les regarde comme hors la loi, exleges, des nations civilisées. Robertson, raisonnant sur les croisades, dans son introduction à Y Histoire de Charles-Quint, soutient que l'Europe leur doit les premiers rayons de lumière et de civilisation ; que ces entreprises y ont perfectionné, ou plutôt y ont créé les deux fonctions essentielles de la société civile, l'administration de la justice par l'établissement de la vindicte publique qui fit cesser les vengeances privées, et l'art militaire de terre et de mer. Cet historien judicieux compte encore au nombre des bienfaits des croisades les progrès des sciences et du commerce. En un mot, la cause générale de ces expéditions mémorables fut juste et la plus indispensable qui fût jamais, puisqu'elles eurent pour objet de sauver la chrétienté de la domination desmahométans; Y effet général fut heureux, puisque l'Europe fut préservée alors de l'invasion des musulmans, et acquit de nouvelles forces pour s'en préserver dans la suite, et même les expulser aujourd'hui de son sein. C'est là l'ouvrage de la nature, et il est bon comme elle dans sa cause, et heureux dans son effet; les moyens furent l'ouvrage de l'homme, et ils furent trop souvent faibles, imparfaits, vicieux comme lui.
Cependant les chrétiens se retiraient de la Palestine ; le goût des croisades s'était ralenti depuis qu'elles avaient cessé d'être nécessaires. Ici commence un autre ordre d'événements dont il devient important d'observer la suite et de fixer les dates.
En 1291, les ordres de chevalerie, qui faisaient dans la Palestine l'arrière-garde des croisades, après la plus héroïque résistance, abandonnèrent Saint-Jean-d' Acre, dernière place que les chrétiens eussent conservée dans la Terre-Sainte.
En 1300, une nouvelle horde de Turcomans, venus originairement de la Tartarie, se constitua en état politique dans l'Asie Mineure, sous la conduite d'Ottoman, qui a donné son nom à ses successeurs et même à l'empire; et neuf ans après, en 1309, les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem,
Dl I, EUROPE.
pour couvrir la retraite de la chrétienté et arrêter la poursuite de l'ennemi, s'emparèrent de l'Ile de Rhodes et s'y fortifièrent. Mais, dans le même temps que l'empire de Ottomans s'élevait en Asie et menaçait la chrétienté de ses progrès, il se formait, dans la partir de l'Europe la plus exposée à ses attaques, cet autre empire qui devait opposer à ses elforts une barrière insurmontable. En effet, en 1356, cinquante; ans après la fondation de l'empire ottoman en Asie, et cent ans avant son établissement en Europe, l'empire germanique, placé de ce côté aux avant-postes de la chrétienté, déchiré jusqu'alors par dr> guerres intestines, recevait dans la Huile d'or cette forme alors monarchique, démocratique depuis les troubles de la Réforme, et la maison d'Autriche jetait dès lors les fondements de sa puissance, et associait ses destinées au sort de la chrétienté.
Dès que les Turcs se furent formés en corps politique, rempire grec n'eut d'autres instants de relâche que les trêves qu'il achetait au poids de l'or; il touchait à sa fin, de nombreux symptômes annonçaient sa dernière heure, «et le plus funeste » de tous, le petit esprit, dit Montesquieu, était parvenu à » faire le caractère de la nation.» La fureur des factions,!l'acharnement des sectes, la vanité des titres, le goût des spectacles, y étaient poussés jusqu'à l'extravagance; et, comme les Grecs anciens, menaces par Philippe, avaient défendu, sous peine de mort, de convertir aux usages de la guerre l'argent destiné pour les spectacles, les Grecs modernes, pressés par les Turcs, vr passionnaient pour les cochers verts ou bleus du cirque. Et Q'avons-nous pas vu les mêmes symptômes, les querelles religieuses, les troubles politiques , la vanité des titres, le goût effréné du théâtre, de ridicules disputes sur la musique et le magnétisme, le petit esprit en un mot, l'esprit des petites choses, annoncer la chute de la première société de l'univers, et préparer cette épouvantable catastrophe qui a consommé en peu de jours l'ouvrage de tant de siècles?
Enfin Mahomet II, l'Alexandre des Turcs, passa la mer avec une Hotte nombreuse ; il lit plus, il passa la terre avec ses vaisseaux, rt les porta, à force de bras et de machines, dans le port de Constantinople, B travers une langue de terre qui le ferme
d'un côte; et ses malheureux habitants, qui croyaient leurport inaccessible aux vaisseaux ennemis, virent au point du jour flotter au pied de leurs murs ses redoutables pavillons.
498 sur l'état actuel
Alors toute résistance devint inutile, et elle n'en fut que plus glorieuse. Constantin Paléologue prit soin de la dignité de l'empire à ses derniers moments , et il se fit tuer sur la brèche , revêtu de tous les ornements de la puissance impériale. La ville fut emportée d'assaut, et son immense population livrée, pendant plusieurs jours, à d'inexprimables horreurs de la part de deux cent mille barbares, ivres de toutes les passions et de toutes les fureurs.
L'empire grec, réduit depuis longtemps à sa capitale, périt tout entier ; mais déjà les vainqueurs méditaient de nouvelles conquêtes. La Hongrie, attaquée deux ans après la conquête de Constantinople , ne dut son salut qu'à Jean Corvin , connu sous le nom d'Èuniade, général des armées du roi de Hongrie, et un des plus grands hommes des temps chrétiens (1). Le faible empire de Trébisonde fut envahi en 1462; et en 1480, moins de trente ans après la prise de Constantinople, ils mirent le siège devant Rhodes , qui était le poste le plus avancé de la chrétienté. Cette fois, la constante fortune de ces destructeurs des empires les abandonna, et il leur fallut honteusement lever le siège d'une ville défendue par une poignée de chevaliers réduits à leurs seules forces et privés de communication avec le reste des chrétiens.
Vers le même temps , c'est-à-dire en 1492, un autre événement ajoutait aux forces de la chrétienté, et lui permettait de les diriger toutes contre les Turcs. Les musulmans d'Afrique étaient chassés d'Espagne , autre époque mémorable de l'histoire moderne, dont les écrivains prévenus ont fait un lieu commun de leurs déclamations.
L'expulsion des Maures d'Espagne était juste en soi, car la barbarie ne prescrit pas la possession de la terre contre la civilisation : elle était utile à l'Europe en général, et à l'Espagne en particulier, en y ramenant le christianisme, et y faisant cesser la tyrannie de mœurs et de lois déréglées.
Si les musulmans d'Afrique eussent encore occupé l'Espagne dans le même temps que ceux d'Asie envahissaient la Grèce et
(1) 11 était vaivode de Transylvanie. Au lit de mort, il ne voulut pas permettre, par respect, qu'on lui portât les derniers secours de la religion dans ses appartements, etse fit lui-même porter à l'église. Son fils, Matthias Corvin, autre héros, et fort instruit, fut élu roi de Hongrie, de Bohême, marquis de Moravie et duc de Silésie.
DF I. EDROPE.
pénétraient en Hongrie, la chrétienté, attaquée à la fois aux deux extrémités, et même dans son centre et en Italie par leurs flottes nombreuses, aurait Infailliblement succombé, et cette belle partie du inonde, riche aujourd'hui de tous les monuments de la civilisation, serait au même état que la Grèce moderne, où le voyageur en aperçoit à peine quelques vestiges.
Les progrès (\<^ Espagnols sur les Maures furent encore l'ouvrage des croisades. Dans tous les pays chrétiens on se croisait contre les Maure- d'Espagne, et la bulle de la Crusada, publiée encore annuellement dans ce royaume , est le dernier monument qui dépose de ces mémorables entreprises, par lesquelles les entants rentraient dans l'héritage que leurs pères avaient été forcés de céder au vainqueur, et dont ils n'avaient cessé de revendiquer la possession.
Ce fut pour éloigner jusqu'.à la possibilité du retour des Maures, dans un temps où tout l'islamisme était en mouvement, que le cardinal Ximenès, le plus grand ministre qu'il y ait eu en Europe , persuadé que dans cette position on ne peut défendre un État comme une forteresse que par des ouvrages avancés, porta à ses frais la guerre en Afrique, et s'empara, sur la côte opposée à l'Espagne, des places fortes ou présides, qu'il lit fortifiera ses dépens.
Il n'y avait pas un moment à perdre pour mettre la chrétienté
en état de résister, et elle allait être attaquée par toutes les forces de l'empire ottoman, dirigées par Soliman II, le plus grand homme de cette monarchie, même par ses vertus. A
peine il était sur le trône, et déjà, en 1521, il s'emparait de Belgrade, et de Rhodes en L522. Il soumettait la Hongrie en 1526. et en 1529 il mettait le siège devant Vienne, tandis que
ses flottes ravageaient l'Italie, et que ses Lieutenants menaçaient la Perse.
Lés chevaliers de fthodes, forcés de quitter leur île, après la
plus COUrageUSe défense, s'étaient replies sur Malte, où ils cou- \ raient de plus près les côtes de l'Europe, et telle fut l'ardeur de leur zèle et la promptitude; de leurs efforts , que ce rocher, qu'ils occupèrent en 1530, se trouva par leurs soins, trentecinq ans âpre, . en état de braver toutes les forces de l'empire
ottoman, dans ce siège à jamais mémorable, qui est un des
plus beaux faits d'armeé de l'histoire moderne.
Losqu'on observe, à cette époque, la marche des événe-
500 sur l'état actuel
ments et cette disposition des choses, qui, à de nouveaux efforts de la part des Turcs, oppose, de la part des chrétiens, de nouvelles défenses, on croit voir un ingénieur habile défendre pied à pied le terrain et arrêter l'ennemi à chaque pas, en élevant sans cesse de nouveaux ouvrages à la place de ceux qui ont été emportés.
Mais ce que le seizième siècle offrit de plus remarquable fut la prodigieuse puissance de la maison d'Autriche pendant un demi-siècle. L'occident de l'Europe avait été un moment réuni tout entier sous Charlemagne, dont la volonté éclairée et l'action puissante étaient nécessaires pour constituer l'Europe chrétienne. Au seizième siècle, la partie de l'Europe qui était exposée à l'invasion des Turcs fut soumise à une seule maison, qui réunit la Hongrie, la Bohême, le Portugal à l'Espagne, à l'Italie et aux Pays-Bas. Un nouveau monde tout entier vint accroître cette énorme puissance, et, ajoutant ainsi la plus grande force d'opinion à une très-grande force réelle, fit un moment de la monarchie autrichienne le plus vaste empire que le soleil ait éclairé : puissance énorme, qui, pour surcroît de bonheur, fut dirigée par un prince profondément habile dans l'art de gouverner les hommes elles affaires.
Cette direction extraordinaire d'événements préserva l'Europe des derniers malheurs. Les mahométans, de quelque côté qu'ils l'attaquassent , trouvaient sur tous les points des armées autrichiennes, et dans tous les parages des flottes espagnoles ou italiennes. Ils trouvaient en Hongrie les chrétiens sur la défensive; ils en étaient eux-mêmes attaqués en Afrique ; ils les trouvèrent surtout à Lépante, en 1571, dans le plus furieux combat de mer qui se soit jamais livré. Cette journée glorieuse pour les chrétiens fut l'époque de la décadence des Turcs. Elle leur coûta plus que des hommes ou des vaisseaux , dont on répare aisément la perte; car ils y perdirent cette puissance d'opinion qui fait la principale force des peuples conquérants, puissance qu'on acquiert une fois et qu'on ne recouvre jamais.
La bataille de Lépante se donna non loin des mêmes lieux où s'était livré le combat d'Actium , et peut-être fut-elle aussi décisive. I. J. Bousseau, qui nie qu'il y ait jamais eu d'armée chrétienne, parce qu'il ne voit jamais que l'individu, n'avait pas lu sansdoute ce que les historiens racontent de l'impression que fit sur les troupes chrétiennes la vue de l'étendard sacré que don
de l' EUROPE. 501
Juan d'Autriche arbora, le jour du combat, sur le vaisseau amiral aux premiers rayons du soleil, et que toute l'armée salua par des acclamations, présage certain de la victoire.
Il faut le (lire à la honte de la France, les fleurs de lis, qui, dans toutes les guerres contre les infidèles, avaient paru les premières parmi les étendards chrétiens, et qu'en 1396 les Turcs avaient enlevées à Nicopolij au prix de tant de sang français; les Heurs de lis ne parurent pas à Lépante , où les plus petites républiques d'Italie avaient envoyé leurs vaisseaux. Les descendants de saint Louis étaient alors frères d'armes des successeurs de Mahomet. Depuis que François Ier, oubliant les intérêts de son pays, avait voulu se faire nommer empereur d'Allemagne, il s'était l'ait une révolution dans la politique delà France, et tout avait été perdu, et même l'honneur, non cet honneur de l'homme qui consiste à se battre avec courage, qu'on retrouve chez les peuples sauvages, comme dans les nations les plus civilisées, etque l'homme partage mêmeavec la brute, mais cet honneur d'un gouvernement qui consiste à n'être pas forcé, même parles derniers revers, à des démarches déshonorantes (I). Il était honteux assurément pour le roi très-chrétien > lorsque l'Europe résistait à peine aux efforts des barbares, et que leurs armées emmenaient en esclavage des milliers de chrétiens, de les appeler au sein de la chrétienté, et de joindre ses armes aux leurs, comme au siège de Nice, en 1543, que le duc d'Enghien assiégeait par terre, et que Barberousse pressait par mer. Cette conduite de François Ier »'tait de la politique de ressentiment, qui, avec la politique d'amour, tout aussi funeste et plus faible, gouverna sous son règne toutes les affaires. Cette alliance fut l'objet des plus violentes déclamations (2) de la part des ennemis de la France ; elle donna à la maison d'Autriche, dans l'opinion de l'Europe, une supériorité de considération qui, heureusement pour la France, «'tait affaiblie par le scandale de la pris** de Kome, et des violences exercées sur le pape par les
généraux de Charles-Quint.
Henri IV et Louis XIV, qui avaient dans la tète et dans le
(i) C*est <v que les alliés proposaient à Louis XIV, lorsqu'ils voulaient
qu'il aidât lui-même ;*i détrôner son petit-fils ; c'est ce que in l«' gouvernement
français bous Louis XV, lorsqu'il lit arrêtera Paris; et conduire hors de
France, le prétendant. La nation sentit la honte qnj i d rejailkssail sur elle.
on frappa des médailles où un lisait ces mots : Vfcen a Tunis ei
Gallis ubsessa, OHM IB48.
502 sur l'état actuel
cœur quelque chose de l'esprit des croisades, réparèrent la faute de François Ier. Henri IV permit au duc de Mercœur d'emmener en Hongrie quelques compagnies de gens de guerre au secours de l'empereur ; Louis XIV y envoya l'élite de sa noblesse, sous les ordres du comte de Coligny, et l'on sait la part qu'eurent les Français à la défaite des Turcs au passage du Raab.
Cependant le luthéranisme avait commencé en Allemagne, au fort de la guerre avec les Turcs, et dès sa naissance il s'était montré d'intelligence avec les ennemis du nom chrétien. Il ne faut pas en être surpris. C'est, de part et d'autre, une religion sans sacrifice, un vrai déisme, absurde et grossier chez les Asiatiques , subtil et poli chez les Européens. Le fatalisme des uns ressemble à la prédestination des autres , et le divorce permis par Luther ne diffère pas au fond de la polygamie consacrée par la loi de Mahomet (1). C'est à cette identité de principes, autant peut-être qu'à l'envie de susciter des embarras à la maison d'Autriche, qu'il faut attribuer l'avis de Luther, qui ne voulait pas qu'on résistât à la volonté de Dieu qui nous visitait par les Turcs. Encore dans l'autre siècle, en 1683, au temps du dernier siège de Vienne par les Turcs , Jurieu « trouvait » beaucoup d'apparence à ce que les conquêtes des Turcs » n'eussent, dit-il, été poussées si loin en Europe que pour leur » donner le moyen de servir, avec les réformés, au grand œuvre » de Dieu, » qui est, selon lui, la ruine de l'empire papal. Enfin, lorsqu'en 1685 il eut vu la levée du siège de Vienne et la révocation de l'édit de Nantes, persistant à faire cause commune avec les Turcs : a Je regarde, dit-il, cette année comme cri- » tique en cette affaire. Dieu n'y a abaissé les réformés et les >) Turcs que pour les relever en même temps, et en faire les » instruments de sa vengeance contre l'empire papal ; » prédiction remarquable assurément après ce que nous avons vu des secours donnés au pape par les Anglais et parles Turcs (2).
(1) « Il faut avouer, dit Leibnitz, que les sociniens (sortis de la réforma- » tion) ressemblent beaucoup aux mahométans. Je me souviens d'avoir lu » dans Comenius qu'un seigneur turc, ayant entendu ce que lui disait un » socinien polonais, s'étonna qu'il ne se fit point circoncire. »
(2) Rien ne prouve mieux combien le déisme des Turcs se rapproche du déisme européen, malgré la différence des formes, que de voir les comparaisons que nos déistes font sans cesse des lois, des mœurs, de la personne du fondateur du mahométisme, avec les lois, les mœurs et le divin fondateur du christianisme, et toujours à l'avantage des mahométans.
di: i/ii'kope. 503
Enfin, la puissance ottomane a passé comme un torrent. Son dernier effort a été, eu 1683 (4) , le siège de Vienne, que les Turcs assiégèrent avec deux cent mille hommes, et qui fut délivré par Sobieskij roi de Pologne (2).
Depuis cette époque, ils ont presque toujours été battus par les années autrichiennes, et ils ont perdu de leurs conquêtes en Hongrie : mais mi autre ennemi, et plus redoutable peutêtre, les menace de plus près et leur a déjà porté les coups les plus sensibles.
Nous avons vu ce que la chrétienté a eu à souffrir ou à craindre des Turcs; nous allons examiner ce que les Turcs, à leur tour, ont aujourd'hui à redouter des nations chrétiennes.
II faut observer d'abord que les Turcs sont déchus de leur état, surtout par comparaison. Ils sont restes au point où ils étaient, et les chrétiens ont avancé; et il ne s'agit que d'exaniiner la raison de la position stationnaire des uns, et de la marche progressive des autres.
On me permettra de citer ici un passage remarquable de M. de Condorcet, dans son Esquisse sur les progrès de l'esprit humain, « l'exposerai, dit-il, comment la religion de Mahomet, » la plus simple dans ses dogmes, la moins absurde dans ses » pratiques . la plus tolérante dans ses principes, semble con- » damner a une incurable stupidité toute cette vaste portion d de la terre ou elle a étendu son empire, tandis que nous » allons voir briller le génie des arts et des sciences sous les » superstitions les plus absurdes , et au milieu de la plus bar- » bare intolérance. »
(1) Le camp des Turcs fut forcé par les chrétiens, et, à l'instant qu'ils y entraient, ils trouvèrent nn grand nombre de petits enfants que les Turcs avaient sus pendant leur séjour en Hongrie, et Qu'ils abandonnaient à la merci du vainqueur. Ce Bpecl tcle d garnie le solda! ; sur-le-champ Tarchevôque '!■• \ iénne se rendit au c imp, et recueillit ces malheureux orphelins. I dans des traits semblables qu'il faul admirer rinflnence du christianisme sur un peuple. Le .-ai le plus doux nui attende [es enfanta chrétiens enlevés par les Turcs ssl un dur esclavage, souvenl l'outrage eila mutilation. 1 a l'instant que Sobieski montait a cheval pour aller secourir Vienne, i.i reine, qui était Française, L'embrassa en pleurant, et, tenant en ses bras le plu- jeun ■ de ses enfants : « Qu'aves-vous a pleurer, madame, lui dit le » roi ' — Je pleure, dit-elle, de ce que cet entant n'est pis m état de vous » suivre comme l< autres. » si cette réponse eût été laite par une femme grecque ou romaine, ou nous l'eut donnée dans las collages à mettre^en prose ei in \
501 SUR l'état actuel
Il n'y a qu'à lire le Coran, observer les peuples mahométans et parcourir leur histoire, pour savoir ce qu'on doit penser de la simplicité de leurs croyances, de la sagesse de leur culte , de la tolérance de leurs principes ; mais il est fâcheux pour les progrès de l'esprit humain que M. de Condorcet n'ait pas eu le temps de nous donner l'explication du phénomène qu'il a si bien observé. Que à'espint en effet n'aurait-il pas employé pour nous faire comprendre comment la religion de Mahomet, cette religion si simple , si sage, si tolérante , peut se conserver dans sa perfection contre Yincurable barbarie de ses sectateurs, ou comment la barbarie des sectateurs de Mahomet ne le cède pas à la perfection de sa doctrine ! Le philosophe aurait opposé la religion douce et éclairée de Mahomet à la religion de Jésus- Christ, si absurde dans ses superstitions, si barbare dans son intolérance, comme il oppose le génie brillant et les connaissances des peuples chrétiens à Yincurable stupidité des mahométans ; et avec ces données il aurait sans doute résolu le problème qu'offre, chez les uns, tant de barbarie civile, malgré tant de perfection religieuse, et chez les autres, tant de barbarie religieuse , au milieu de tant de perfection politique. Je ne sais si je m'abuse ; mais le seul énoncé du problème indique assez où l'on peut en trouver la solution, et j'ose dire qu'on chercherait en vain un autre exemple de préjugés philosophiques plus absurdes et d'une déraison plus complète.
Tout peuple doit être considéré sous le rapport de sa constitution et de son administration. Les nations chrétiennes ont toutes, plus ou moins, des constitutions fortes, ou des administrations sages. Ainsi la Suisse, la Hollande, l'Allemagne, faibles de constitution, avaient des administrations attentives et économes; ainsi la France, forte de constitution, était trop souvent administrée avec mollesse et prodigalité. Elle eût été trop forte sans doute, si son administration eût été aussi vigilante que sa constitution était parfaite.
Chez les Turcs, comme chez tous les peuples mahométans, tout est vicieux, absurde, oppressif, constitution et administration; constitution de religion, constitution de famille, constitution d'État, administration de la paix, administration de la guerre, politique extérieure et régime intérieur,
La religion du prophète de la Mecque n'est, comme nous l'avons vu, qu'un pur déisme, qui conserve, si l'on veut, l'idée,
df l'etiropf. 505
mais non le Bentiment de la Divinité ; religion sans culte, amour sans action , qui ne saurait produire. Aussi le mahoniétisme }
chez Ifs moins ignorants d'entre les Turcs, n'est que l'athéisme,
cl pour le peuple il n'est que le culte de .Mahomet ; car, au fond, le Dieu (1rs êtres pensants est l'être , quel qu'il soit , dont les volontés sont leur loi morale. 11 Suffit, pour juger les Turcs, d'ouvrir le (loi-an, et de voir les extravagances qui y sont mêlées à quelques principes de morale universelle, dont la tradition immémoriale ne s'est entièrement perdue chez aucun peuple, et d'observer dans les Turcs eux-mêmes quelles pratiques ridicules ils mêlent mémeà leurs bonnes œuvres. Ainsi il y a en Turquie un grand respect, et même des fondations pieuses, pour les animaux, et nulle part l'homme n'est plus méprisé, plus avili, plus opprime. Ainsi ils font quelques aumônes, et jamais on n'a vu une cupidité plus universelle; ils s'abstiennent devin, et s'enivrent avec de l'opium.
Leur constitution domestique est la polygamie, destructive de tout ordre domestique et public dans une nation formée, où elle produit l'esclavage d'un sexe , la mutilation d'un autre, l'abandon etsouvent l'exposition des enfants, le trafic de l'homme à prix d'argent. Ce n'est pas que la polygamie, quoique permise, soit commune chez les Turcs; on peut dire qu'elle deviendrait impraticable si elle était pratiquée. Ils épousent une seule femme, et lui reconnaissent même, pour la forme, un douaire de nulle valeur; mais ce mariage, ils le rompent à volonté; il parait même qu'ils ont, dans quelques occasions, un mariage à
temps; et. comme d'ailleurs la pluralité des femmes y est consacrée par la religion, et l'achat de tilles esclaves permis par
la loi, le mariage n'y est pas un lien , ni par conséquent la famille une société, dette faculté indéfinie de possession des femmes y a produit un effet tout contraire à celui que le législateur en attendait. Les femmes, mises comme une denrée dans une circulation trop abondante, ont perdu de leur valeur. Encore une lois, en Grèce, des lois contre la nature de l'homme social ont introduit des imeurs contre la nature de l'homme physique . et le désordre est porte au point d'influer sensibleblemeiit SUT la population.
Les habitudes des Turcs se r» sentent du vice de leur constitution religieuse et domestique. Ils végètent dans la paresse, chère a tous les peuples barbares, qui ne connaissent que
l'inaction ou une violente agitation, et n'ont pas même d'idée
506 sur l'état actuel
de cette activité tranquille et continue qui est une des qualités dominantes de l'homme civilisé.
La constitution politique des Turcs est assez connue. Elle est despotique, comme leur constitution domestique, comme leur constitution même religieuse; car les Turcs sont esclaves de leur religion comme de leur gouvernement (1). Le pouvoir de leur chef est défendu des caprices de la multitude par le respect que la nation conserve pour la famille des Ottomans qui occupe le trône; mais, et c'est ce qui constitue le despotisme, la nation elle-même n'est défendue des caprices de son chef par aucune fixité d'existence indépendante du despote, ou plutôt n'est pas assez défendue ; car il n'y a pas de pouvoir qui ne soit borné par quelque endroit. Semblable en quelque chose à la Divinité , le sultan des Turcs voit tout autour de lui dans une mobilité continuelle ; lui seul est immobile. Les familles passent sans cesse de l'obscurité à l'élévation, et retournent à la condition privée. Rarement la fortune, plus rarement les dignités, jamais l'extrême opulence, ne passent du père aux enfants, et l'élévation ou l'abaissement sont des jeux de la main redoutable du maître. Mais aussi le maître lui-même est quelquefois emporté dans ce tourbillon populaire. Les revers, qui, dans les États chrétiens, rendent le prince plus cher à ses sujets, ne font, en Turquie, qu'irriter le peuple contre le prince, et plus d'une fois une soldatesque mutinée a demandé et obtenu sa tête.
Le gouvernement se ressent des vices de la constitution politique , et plus encore de ceux de la constitution domestique. La polygamie, permise aux sujets, est ordonnée au maître, que la loi de l'État entoure d'un nombre prodigieux de femmes (2), aliment éternel d'intrigues, cause féconde de mobilité dans les places, d'agitation dans l'Etat, de vénalité dans les affaires. Dans un État ainsi ordonné , toute police est impossible, et le peuple de Constantinople est continuellement placé entre la famine, la peste et les incendies, sans que l'administration sache ou puisse prendre les moyens de les prévenir, de les arrêter ou d'en réparer les ravages. La justice civile est un brigandage, la justice criminelle ressemble à des expéditions; \espachalics sont des fermes , les pachas des traitants , le divan est
(1) Une des causes qui entretiennent la révolte de Passwan-Oglou est la défense que fait le Coran de tirer sur une place où il y a des mosquées.
(2) Le sultan actuel n'a point d'enfants.
DE leurope. 507
un encan, le gouvernement lui-même un vaste marché, où tous ont une avidité d'acquérir proportionnée k l'incertitude de conserver.
)e pe parle pas de leur politique extérieure, parce qu'ils n'en ont plus d'autre, depuis longtemps, que celle qu'il est de l'intérêt des autres puissances de leur inspirer. Elles sont toujours à peu près certaines de les diriger dans telle ou telle voie (I), pourvu qu'elles .sachent ménager leur orgueil ou satisfaire leur avarier, tes Turcs n'entretenaient pas autrefois d'ambassadeurs ordinaires dans les cours étrangères, et ils n'en avaient pas besoin ; leurs allies les instruisaient assez des desseins de leurs ennemis. Aujourd'hui ils semblent vouloir former avec les nations chrétiennes des relations plus suivies; il n'est plus temps: l'adresse de leurs négociateurs ne fera pas ce que ne peut plus faire la force de leurs armées. Un ambassadeur turc dans nos cours, étranger à la langue, aux usages, aux lois, aux mœurs de l'Europe, dupe de l'intrigue ou jouet de la politique, humilie l'orgueil de sa cour, sans utilité pour son gouvernement.
La guerre, dans laquelle les Turcs ont paru jadis avec éclat, ne se gouverne pas chez eux mieux que la paix. Tant que les peuples n'ont fait la guerre qu'à force de bras, les Turcs l'ont faite avec avantage, parce qu'ils y employaient tous leurs bras, et même ceux dont l'intérêt de l'État, l'humanité et le droit des gens ne permettent pas de disposer. Mais alors on livrait des combats; aujourd'hui on fait la guerre, et elle est devenue un art qui l'apprend par l'étude, se perfectionne par l'observation, et que les différents peuples cultivent avec un succès proportionné au degré de leurs lumières et de leurs connaissances. Lei Turci BÛH1 donc demeurés bien loin en arrière de tous les peuples. Ce n'est pas cependant qu'ils aient ignoré totalement nos arts, même militaires. Quand les chrétiens fondaient des canons de vingt-quatre livres de balle, les Turcs en fondaient
(l) Les TuTCS ne sont plus aussi tacites à diriger aujourd'hui, et cette nation semble vouloir m relever de l'abaissement <>ù eus était tombée, et sorti! de SM incurable stupidité; mais la Russie lui Bfl tlnnuera-t-elle le temps? La destruction des janissaires, que l'auteur ne pouvait prévoir, et l'introduction chex les Turcs de notre arl militaire, auraient pu avoir une grande influence sur les, destinées de ce peuple si cette révolution était arrivée vingt ans auparavant, et aidée Burtout de l'assistance ouverte ou leoi ète de quelque grande puissance.
(Xote de l'Éditeur.)
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de deux cents; et, quand nous donnions vingt pieds d'épaisseur à nos murs de fortification , ils en donnaient quarante, et élevaient des tours comme des montagnes. Mais rien n'a pu se perfectionner chez ce peuple , parce qu'il n'a pas même dans sa langue un instrument suffisant de connaissance , que l'impression chez lui n'est pas usuelle, ni l'écriture expéditive (4); car, si les combats se livrent avec l'épée, on peut dire que la guerre se fait avec la plume, parce que l'écriture est le grand moyen de Tordre , en guerre comme en paix. L'art d'ordonner, de faire subsister et mouvoir de concert et à temps les différents rouages de cette immense machine qu'on appelle une armée, d'en surveiller le service dans toutes ses parties; cet art, le premier de tous , de mettre l'ordre dans un vaste ensemble , est entièrement étranger à des barbares et ne peut être connu que d'un peuple lettré. Les Turcs, ignorants et grossiers, en sont encore aux routines de leurs aïeux. Le génie de Mahomet II, de Soliman, de Kouprogli, a péri avec eux; mais nous, nous avons su fixer et perpétuer, en le réduisant en système, le génie de Condé, de Turenne, du prince Eugène, de Duquesne, de Ruyter, de Vauban, de Coehorn. Nous y avons même ajouté, car on n'avance dans les arts qu'autant qu'on assure sa marche en fixant ce qu'on a déjà découvert. Nous faisons aujourd'hui mouvoir de grandes armées avec plus de facilité qu'on ne faisait autrefois mouvoir des corps peu nombreux, et nous avons, ce semble, atteint les bornes de l'art, en donnant des ailes à la force, et mettant l'artillerie même à cheval.
Non-seulement la guerre aujourd'hui ne peut plus être faite avec succès que par un peuple lettré, mais elle ne peut être soutenue longtemps par un peuple humain. Un peuple qui ravage tout autour de lui (2) , et qui fait la guerre au cultivateur paisible comme à l'ennemi armé, ne peut ni aller en avant, parce que l'ennemi le prévient et ravage lui-même, ni subsister dans
(1) Les Romains eux-mêmes faisaient peut-être la guerre avec moins d'art que les peuples modernes ; car, outre qu'ils ravageaient tout, ils n'avaieut à combattre que des peuples moins avancés qu'ils ne l'étaient eux-mêmes. Ils faisaient aux autres peuples l'espèce de guerre que les Russes font aux Turcs et aux Persans, et les circonstances de part et d'autre sont assez semblables.
(2) Douze ans après que l'auteur écrivait ces lignes, un grand peuple fut sauvé en ravageant tout autour de son ennemi; mais ce fut un moyen extrême dans des circonstances extraordinaires, et cet exemple n'affaiblit en rien ce que dit l'auteur. {Noie de l'Editeur.)
de l'europi . 509
un pays dévasté, ni se retirer avec ordre a travers un pays désert. C'e>t ce qui tait que les années turques n'ont jamais pu résister à un échec, et que le point de ralliement (Tune armée battue sur les bords du Danube est presque toujours sous les murs d'Andrinople.
.Mais, si leurs armées ne peuvent résister à la perte d'une bataille, leur Étal peut encore moins soutenir les désastres répétés d'une guerre malheureuse. La force de constitution des États chrétiens parait surtout dans les malheurs publics, où l'intérêt de l'Etat réunit toutes les volontés, toutes les affection^ tmites les forces, et c'est dans les revers que se montrerait à découvert l'incurable faiblesse de l'empire turc. L'insubordination des pachas éclaterait de tous côtés, parce que leur obéissance n'a jamais été commandée que par la crainte. Même en pleine paix, on n'entend parler que de révoltes dans l'empire, et la guerre civile y est comme la peste, tantôt en Europe et tantôt en Asie. Jamais les Turcs n'ont pu soumettre lesbeys d'Egypte, et même il est douteux encore que le grand vizir puisse s'y soutenir contre les débris des mamelucks : les Turcs ont perdu contre les chrétiens jusqu'à l'avantage du nombre, et le grand-seigneur pourrait à peine retenir sous les drapeaux une année de cent mille hommes. Enfin leur armée navale, indispensable pour leur défense depuis les progrès des Russes sur la mer Noire. est restée bien au-dessous de leur armée de terre, parce que les forces navales se forment et se dirigent avec encore plus d'art, d'étude et de réflexion, et que d'ailleurs un Étal ne peut avoir une marine puissante tant qu'il n'a pas de colonie, ni une marine exercée lorsqu'il ne navigue pas sur l'Océan.
Le fatalisme reçu chez les Turcs, et auquel on a attribué leur courage et leur succès, ôte à un peuple tout sentiment d'honneur, miuiotant toute idée de liberté, et il favorise également la lâcheté et le courage, en faisant de l'une et de l'autre une affaire
de prédestination. Ce fatalisme, dont ils ont été longtemps imbu-, et qui consiste à attendre dans le danger L'assistance miraculeusede leur prophète, a'estutileque lorque l'État est heureux, parce qu'alors toutes les opinions sont bonnes; mais, au premier revers, un peuple fataliste doit tomber dans le découragement, et il est difficile de persuader l'efficacité de moyens
humains a des hommes qui se croient abandonnes de la Divinité, et qui pensent) comme disait Luther, que Dieu veut lesvisi-