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VI Rg (.1 .NKKALES SUR LA POLITIQUE DE LA FRANGE.
Apki s avoir parcouru les principaux Etats de l'Europe et avoir examiné leur position particulière, et ce que chacun peut en craindre pour Ta venir ou en espérer, nous présenterons ici un résumé gênerai de leurs rapports avec les deux puissances de l'Europe qui entraînent toutes les autres dans leur tourbillon, la France et l'Angleterre. Nous parlerons plutôt des anciens rapports que des nouveaux qu'ont pu établir des événements dont le résultat n'est pas encore fixé et ne le sera peutêtre pas de longtemps.
La France et 1" Angleterre occupaient les deux continents de leurs jalousies, les troublaient de leurs querelles, les pacifiaient par leur accord. Mais la paix n'était en quelque sorte pour eUes que l'état accidentel et d'exception. Leur état habituel était la guérie ou sourde ou déclarée, et l'opposition réciproque des êtrea n'est-elle pas la loi générale de l'univers? Dès que la guerre éclatait entre ces deux puissances, chacune d'elles cherchait, près ou loin, des alliés dont elle put faire des ennemis a sa rivale.
L'Espagne, associée à la France d'intérêts et de dangers, seule base conduite d'une alliance durable , entrait naturelle» mtiil dans la querelle; mais elle y entrait seule, et dans ce duel la France comptait plus de témoins que de seconds. Au
fond . elle n'avait besoin d'allié que sur mer , et l'Espagne e>l ,
après l.i France el l'Angleterre, la troisième et presque la seule puissance navale.
Les Etats d'Italie, la Hollande, le Portugal, les couronnes du Nord, faisaient des \irux pour la France ou pour l'Angle-
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terre, selon leurs intérêts ou leurs affections; mais, alliés timides de Tune ou de l'autre , ils ne voulaient pas , ne pouvaient même pas exposer au choc de ces deux grandes masses leur frêle marine , faible en nombre , plus faible par la qualité des bâtiments; ou, si quelqu'un de ces États, poussé par l'une des deux puissances, sortait de sa neutralité , comme fit la Hollande dans la guerre d'Amérique , il ne faisait qu'embarrasser son allié du soin de le défendre , et aider l'ennemi de sa lenteur.
De petits États qui se mêlent aux querelles des grandes puissances multiplient pour celles - ci les chances défavorables de la guerre et de la paix, parce qu'il faut combattre et négocier pour elles, et qu'un État puissant ne peut presque jamais défendre des alliés faibles sans désavantage, ni faire valoir leurs prétentions sans compromettre ses intérêts.
^Angleterre , qui n'avait pas besoin d'allié sur mer, en cherchait sur le continent ; elle provoquait de tous côtés, elle payait à grands frais de puissantes diversions contre le danger d'une descente possible, dont les suites seraient incalculables dans un pays d'où la retraite peut être fermée, et pour un gouvernement posé sur une banque.
L'Autriche, amie constante, opiniâtre ennemie, redoutant autant que l'Angleterre l'accroissement de la France, alliée à la fois de la nation anglaise et de l'électeur de Hanovre , avait plus d'une fois fait cause commune avec les Anglais, et échangé ses hommes contre leurs subsides. Elle entrait dans la querelle avec tout le poids que lui donnent une antique domination, un vaste territoire, une population nombreuse que le commerce et les arts ne détournent point trop de la guerre , une politique invariable , une administration modeste qui n'a pas entretenu l'Europe de ses théories, mais qui est sage dans ses principes, uniforme dans sa pratique , et qui , un moment égarée de sa route par l'inquiétude de caractère et l'ambition philosophique d'un de ses derniers empereurs , veut revenir , s'il en est temps encore, à ces antiques principes qui ont fait sa force en Allemagne et sa considération dans la chrétienté.
Avec des bijoux distribués à des favorites et de l'or semé dans le divan , la France persuadait aisément les Turcs de la nécessite où ils étaient d'entrer clans toutes les guerres qu'elle
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avait contre la maison d' Autriche , e1 depuis François 1er elle oe manquait jamais de donner quelque impulsion à cette niasse inerte, niais où le mouvement cessait aussitôt , parce que la vigueur qui distingue la jeunesse de tous les corps y était
refroidie , el qu'elle était dépourvue des connaissances et des
lumières qui t'ont la force de l'Age mur. Aussi n'offrait -elle à la tactique de l'Autriche, perfectionnée depuis cinquante ans, qu'une proie facile et un exercice utile à ses années. Depuis longtemps la Turquie eût infailliblement succombé sous les coups de B6S redoutables voisins si les autres puissances chrétiennes n'eussent étayé de leur médiation ou de leurs intrigues ce vaste édifice tombant de tous cotés, en attendant qu'elles pu»eiit toutes s'arranger sur la place qu'il occupe en Europe, et . comme dans un combat, serrer, sans se heurter, leurs rangs eclaircis.
L'alliance du corps germanique ne présentait pas à la France un fonds plus sur. L'opposer à l'Autriche , c'était exposer sa frêle existence, et puis, dans une guerre où l'Angleterre était intéressée , les affinités domestiques, nées des conformités religieuses , influaient chez quelques-uns sur les liaisons politiques; et. si les bras étaient pour nous, et même les vœux contre l'Autriche , les cœurs étaient pour l'Angleterre : ce système politique était use, et la France, pour s'être trop reposée sur les allies du dernier siècle , avait négligé l'allié de tous les temps . une administration forte et vigilante, qui varie de moyens, et jamais de but.
I.i Prusse môme, qui, dans ses craintes de la maison d'Autriche, semblait offrir aux vues de la France une adhésion plus intime, et dans ses nombreux soldats un secours plus efficace; la Prusse n'était plus la Prusse du grand Frédéric, parce (pie la force d'un Etat se compose d'autres éléments que du génie d'un homme. La Prusse a une armée, et même un trésor; mais L'Autriche, qui 8 désarmées et (les moyens de prospérité, trouve, dans sa forte population, la facilite de les recruter et de les solder. 1) ailleurs, l'Angleterre était encore interposée entre la Prusse et nous; mille liens religieux et domestiques ,
qui seront toujours plus forts a mesure que les princes seront plus faibles . retenaient L'effusion de son zèle pour la France : le système politique de la Puisse était si peu arrête, qu'on la vit , il y a quelques années, prendre les armes pour soutenir
contre nous le parti anglais dominant à la Haye ; et même,
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puisqu'il faut le dire, les Allemands, qui nous jalousent, rendent une espèce de culte à la nation anglaise.
La Russie se mouvait encore dans une orbite éloignée; mais, à mesure qu'elle s'approchait de notre sphère , et qu'on pouvait en considérer la direction , on apercevait sa tendance vers l'Angleterre, et la France acquérait la certitude qu'elle devait, en cas de malheur, compter sur la neutralité de la Russie, et, en cas de succès, sur sa médiation. Il est facile d'en donner le motif.
Le commerce de l'Angleterre est un tissu dans lequel elle enlace habilement tous les États , grands et petits , la Russie comme le Portugal, quand, plus avides d'argent que jaloux de force, ils se font des besoins de ses productions, des habitudes de ses mœurs , des modèles de ses lois , et qu'ils laissent les maisons anglaises, leurs factoreries, leurs agents partout répandus, partout d intelligence, former dans leur sein un Etat particulier, et même indépendant. Le Portugal dépend de l'Angleterre pour le débit de ses vins, dont un ordre de l'administration pourrait prohiber l'introduction; mais l'Angleterre devrait en quelque sorte dépendre de la Russie , parce qu'elle en tire des moyens de puissance navale, dont la Russie pourrait lui interdire l'exportation, et cependant des événements récents ont prouvé l'influence qu'exerçait l'Angleterre sur la détermination de la Russie, et l'impossibilité d'échapper à cette dépendance dont la cupidité privée s'accommode , alors que le premier de tous les intérêts, la dignité de l'État, en réclame le sacrifice. Quand un État en est à ce point, il n'y a plus d'intérêts ni d'esprit publics. Alors le gouvernement est tout à la bourse, et la guerre et la paix sont des effets qu'on joue à la hausse et à la baisse. Puisse cet exemple n'être pas perdu pour la France, menacée à la paix d'une descente de maisons anglaises, de manufactures anglaises, de mœurs anglaises, etc. (1)! Puisse-t-elle se persuader que le poli de l'acier, la finesse du coton, la solidité de la poterie, ne constituent pas essentiellement la force d'un État et la bonté d'un peuple, et qu'à une nation qui a des mœurs et des lois tout le reste est donné comme par surcroît. Je reviens à la Russie. Amie de l'Angleterre, elle ne pouvait pas l'être de la France, ni par conséquent être à un certain point ennemie de l'Autriche,
(1) Quelle frappante prédiction! (Xote de l'Éditeur.)
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d'autant que 068 deux empires (et les événements l'ont prouvé)
avaient alor^ dans la Pologne et ont encore aujourd'hui dans
la Turquie un but commun, sur lequel leurs intérêts et leur
ambition pouvaient s'accorder.
le n'ai pas parlé de la Suède, devenue un moment, comme la Prusse . et aussi par le génie d'un homme , un rentre d'activité, autour duquel tourna pendant un demi-siècle V Allemagne, et même l'Europe; état contre nature, et que la paix de Westphalie voulut en vain fixer. La France en avait conservé le souvenir, et sdn cabinet > fidèle à ces traditions diplomatiques, envoyait constamment de l'argent en Suède pour y rele- \ . r le parti du roi contre l'aristocratie du sénat , tandis que la !i »ie . protectrice intéressée, en Suède comme en Pologne , il»- (••• qu'elle appelait les libertés de ses voisins, y entretenait, par >es Intrigues, un loyer habituel d'opposition au parti royal. Ge n'est pas que la Suède put quelque chose pour la France contre l'Angleterre, mais la France en espérait une diversion contre la Russie , si le Turc se trouvait attaqué par elle ; car la l'iar: 8 noyait encore qu'on pouvait faire subsister ce grand oorpSj où l'ignorance des chefs le dispute à l'indocilité des peuples.
L'Angleterre opposait le Danemark à la Suède, et cette
compensation entre des forée* a peu près égales réduisait à rien le secours que la France pouvait attendre de son plus ancien allie dans le Nord.
Cependant ces deux puissances, la Suède surtout, comme puissances maritimes et commerciales, étaient jalouses de la
dm ni nation eicltisivé «pie l'Angleterre s'arrogeait sur les mers; maiSj subordonnées aux déterminations de la Russie, elles étaient forcées de préféré* une utile neutralité à une intervention hostile, qui leur aurait donné un ennemi à leurs portes pour un allié éloigné-
La Suisse même, notre ancienne et lidele alliée, ne l'était pas sans partage. Si les cantons catholiques, et même protestants, vendaient leurs hommes a la France, à l'Espagne, au Piémont , l'argent , l'argent si cher aux Suisses . les cantons protestants, les seuls qui en, eussent, le plaçaient dans les fonds d'Angleterre. L'Angleterre, qui mettait tout à profit, e servail même de la Suisse comme d'un canal, pour faire filtrer en
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France des opinions qu'il était utile à ses intérêts de répandre ou d'entretenir; et soit hasard, soit dessein, ses voyageurs , avec leur admiration fanatique pour le bonheur et Faisance dont on jouissait en Suisse, et leurs éternelles déclamations sur la misère des habitants de la Frauce, n'ont pas été sans quelque influence sur les événements qui ont bouleversé la France , et par contre - coup la Suisse , et prouvé que la force des Etats se compose d'autres éléments que de l'opulence des particuliers.
La France , à défaut d'alliés étrangers , cherchait à l'Angleterre des ennemis jusque dans son sein : politique plus commune qu'elle n'est sûre , et que les États chrétiens devraient s'interdire . comme on s'interdit à la guerre des inventions meurtrières bientôt communes aux deux partis. Elle trouvait des amis chez les catholiques d'Irlande, ménagés par l'administration , mais opprimés par la constitution, et elle en aurait trouvé dans les vieux amis des Stuarts si elle n'avait pas fait la faute grave en politique de laisser éteindre , dans le célibat ecclésiastique, cette race infortunée, et ôté ainsi à ses intelligences avec leurs partisans tout ce qui pouvait en légitimer le but, et peut-être en assurer le succès.
Enfin, la France suscitait dans l'Inde des embarras à sa rivale , efforts malheureux par le défaut de suite et d'accord, qui n'ont servi qu'à y étendre et à y affermir la domination de l'Angleterre. Cette colonie ou plutôt ce puissant empire, trop vaste aujourd'hui pour être attaqué avec succès par les princes de l'Inde ou par des expéditions parties immédiatement d'Europe, ne peut périr que par sa propre grandeur; mais, dans un État où le dogme de la souveraineté populaire rend si incertains les principes de l'obéissance, il est à craindre que cet enfant , devenu trop fort, ne soit pas toujours un enfant docile.
La France, dans sa lutte contre l'Angleterre , n'avait donc pour allié sincère et naturel que l'Espagne , la seule qui pût s'applaudir de nos succès, qui dût s'affliger de nos pertes; mais cette Espagne, toujours traînante, au-dessous de sa réputation ancienne, et même de ses moyens présents, cette Espagne où dorment tous les germes de grandeur et même d'héroïsme, entraînée quelquefois à de fausses démarches par le philosophisme, paraissait disposée à s'égarer dans ces théories si funestes à la France, et qui élèvent sur les débris de tout