ET DT CELUI DE CA.MPO-FORMIO
tous leurs malheurs, n'avait pas'arrété les progrès de la France
SOUS Louis XIV. tanl qu'il n'y avait en dans la balance que des
Etats sans force, comme les électorats «m même la Hollande; mais, lorsque la confédération germanique compta au nombre de ses membres une puissance telle que la Prusse, et surtout
un roi tel que Frédéric, la France, affaiblie en même temps par une administration vacillante qui laissait crouler sous elle la base des anciennes mœurs et des anciennes lois, ne joua plus en Allemagne , et par conséquent en Europe, qu'un rôle odaire. L'Europe vit avec étonnement le marquis de Brandebourg déclarer la guerre au roi de France, et les armes de la France déshonorées a Rosbach par an membre de cette même confédération qu'elle avait élevée et soutenue à grands frais pour lui servir de rempart contre la maison d'Autriche. Alors la confédération germanique eut dans son sein un autre garant, ou plutôt un autre chef puissant et présent, et la France devint aussi étrangère au corps germanique que la Suède, parce qu'elle lui devint aussi inutile. Le développement du système naturel de la France, je veux dire son achèvement au Nord, en fut contrarié; car la Prusse, qui, pour s'emparer de la Silésie, > était servie de l'alliance de la France, la Prusse, co-État de l'Empire, n'aurait pas alors plus aidé la France à s'emparer des pays allemands que le roi très-chrétien n'aurait, quoique allié de> Turcs, permis qu'ils soumissent l'Autriche à leur domination.
Mais c'était surtout la tendance de la France à s'étendre sur la Belgique qui était arrêtée OU suspendue par la Prusse.
• . tte puissant, que des liens religieux, politiques et domestiques unissaient a l'Angleterre, et surtout a la Hollande,
n'avait garde de permettre la réunion de la Belgique à la
France, réunion (pièces deux puissances redoutaient plus que
tout autre événement. D'ailleurs la Hollande, où il n'y avait
plus que de l'argent, ne pouvait se passer de la protection
continuelle d'une grande puissance continentale, et la Prusse,
en éloignant la France des Pays-IJas hollandais, se réservait
exclusivement le droit de protéger un État qui a toujours si bien payé tes protecteurs. Enfin la Prusse voyait sans peine,
au moins jusqu'à une autre disposition de ehoses, les Paysl; entre les mains du chef de l'Empire et de la maison
d'Autriche, qu'ils affaiblissaient par leur éloignement, qu'ils exposaient, en cas de guerre, a une invasion prompte et facile;
et ce ne fut que lorsque Joseph II annonça le projet de les abandonner, et qu'il en proposa au duc des Deux-Ponts réchange contre la Bavière, que la Prusse conçut peut-être le projet de les réunir aux Provinces-Unies, pour en former un État à la maison d'Orange : du moins il serait difficile de donner un motif plus politique aux troubles qui se manifestèrent dans les pays de Liège et de Brabant, et auxquels il fut public en Europe que la cour de Berlin n'était pas étrangère.
Quoi qu'il en soit de ces mystères politiques, qui ne peuvent être rendus sensibles que par leurs effets, l'attention de la Prusse à ôter à la France toute influence sur les déterminations de la Hollande ne fut pas équivoque, et dans la guerre d'Amérique, où la partialité du conseil stathoudérien, en faveur de l'Angleterre, fut marquée d'une manière si fâcheuse pour les projets maritimes de la France, la Prusse se déclara hautement contre le parti français, et étouffa ou prévint les effets du ressentiment de la cour de Versailles par une invasion à force ouverte, mortifiante pour la France, dont elle révéla à l'Europe la nullité politique et militaire.
Cependant le gouvernement français se consumait en intrigues, et s'épuisait d'argent pour ajuster son ancienne politique avec ses nouveaux rapports, et il s'obstinait à suivre des routes où tout était contradiction et obstacle, au lieu d'entrer dans les nouvelles voies que les événements lui ouvraient. Puissance monarchique, elle se faisait l'alliée publique ou secrète de tous les États populaires et de tous ceux qui voulaient le devenir; puissance catholique, elle se faisait l'alliée de toutes les puissances protestantes, et société civilisée, l'alliée d'un peuple barbare. Elle envoyait de l'argent en Suède, et la Suède, avec son pouvoir partagé et ses diètes vénales et factieuses, restait dominée par Tinfluence de la Russie. Elle envoyait des officiers en Pologne, et la Pologne, avec son pouvoir avili et sa noblesse ambitieuse, était démembrée à ses yeux, et partagée entre son ennemi et son allié. Elle envoyait des négociateurs en Hollande, et la Hollande, avec ses délibérations éternelles, n'en restait que plus asservie à l'Angleterre. Elle envoyait des ingénieurs en Turquie, et la Turquie, avec son ignorance, n'en restait que plus faible et plus barbare; et ce qui prouve combien le bel-esprit en France avait étouffé le bon sens, c'est qu'on n'y voyait pas que les connaissances perfectionnées sont le résultat de la civilisation, et non le moyen de la civilisation; qu'avant
I l ni ( I lli h! c IMPO-FORMIO.
(}e faire des Turcs tlt's tacticiens habiles il fallait en faire des
hommes civilisés, ce qui n'est pas pour un peuple l'ouvrage de la politique, encore moins de la philosophie, et qu'au lieu il.1 leur envoyer des géomètres il eût mieux valu sans doute leur envoyer des missionnaires. La France était partout par ses intrigues, elle n"etait nulle part par si force; et l'Autriche, qu'elle voulait abaisser, devenait toujours plus forte en Aile; magné par L'affaiblissement de ses ennemis.
Dans cette alliance de la France avec les princes germaniques, les puissances du Nord et la Porte Ottomane, il n'y avait de lien commun qu'une crainte bien ou mal fondée de la
maison d'Autriche ; tout le reste, constitution politique et religieuse, système naturel i\i^ États, vues secrètes des chefs, tout était discordant ou même opposé , et ces corps dissemblables ne se touchaient que par des angles.
J'ai dit la religion, et l'on me permettra ici une digression nécessaire. Si la religion n'entre pour rien dans le système politique des cabinets, elle entre pour tout dans le système naturel des sociétés, et jamais les hommes d'Etat ne doivent mu occuper davantage que lorsque les administrateurs la comptent pour rien.
On n'a qu'à jeter les yeux sur l'Europe, et réfléchir à l'union naturelle qu'ont entre eux deux systèmes fondés également sur la nature de l'homme, dont l'un règle ses volontés, et l'autre ses actions, pour se convaincre de l'influence réciproque qu'exercent l'un sur l'autre la religion et le gouvernement. Le catholicisme s'allie naturellement à l'unité du pouvoir politiijur. parce qu'il est //// aussi, et le protestantisme penche vers la démocratie, parce qu'il est populaire comme elle, et qu'il établit dans l'Eglise L'autorité des fidèles, comme la démocratie établit dans l'État l'autorité des >ujefc; ou la souverain» !<•; car c'est le presbytéranisme qui, le premier, en a lait un dogme politique! I). Le presbytéranisme est donc une démocratie religieuse, et la démocratie un presbytéranisme
i Le même ('•un qui loutenail en Angleterre la souveraineté du peuple attendait le règne visible de Christ pendant mille ans. Cette opinion tnconmm </ CantiquU4% dit Boesoet, fondée but quelque! passages d<> l'Apocalypee interprétée .1 la manière charnelle il'- Juifs, a repara même dans notre révolution, et en général on peut dire qu'elle eat le rêve dee sociétés malades. Une opinion qui m reproduit -an- cesse •> Bani doute sa raison
536 DTî TR/UTl': DF WESTPHALIE
politique; et c'est précisément ce qui a fait naître dans toute l'Europe , tantôt la ré formation au sein de la démocratie^ et tantôt la démocratie au sein de la ré formation.
En Angleterre, la constitution religieuse est mixte de catholicisme et de calvinisme , comme la constitution politique est mixte de royauté et d'État populaire. En Prusse, Etat calviniste, si les formes sont monarchiques, le principe tout militaire de la constitution vise au despotisme, et le despotisme n'est au fond que la démocratie dans le camp, comme la démocratie proprement dite est le despotisme dans la cité. Aussi Montesquieu remarque avec raison que le despotisme des empereurs romains ressemblait fort à la démocratie des tribuns.
Cette opposition du protestantisme à l'unité de pouvoir fut d'abord moins sensible, parce que les peuples retinrent l'esprit de l'ancienne religion qu'ils venaient d'abandonner; mais peu à peu le protestantisme dégénéra en un philosophisme indocile et hautain (1), qui porta cet esprit d'opposition jusqu'à la haine la plus furieuse. L'Angleterre , l'Allemagne , les Pays- Bas, la Bohême, la France, en éprouvèrent les terribles effets. La révolution française n'a pas eu un autre principe ; il s'aperçoit dans les troubles qui agitent sourdement la Grande-Bretagne, et qui y produiront tôt ou tard une explosion violente ; la Prusse en est intérieurement plus travaillée peut-être qu'aucun autre pays, et l'on ne peut douter que le gouvernement qui a pesé sur la France jusqu'au 18 brumaire n'eût trouvé dans cette disposition bien connue des esprits de puissants moyens d'inquiéter la Prusse, s'il n'eût jugé de son intérêt de ne pas troubler une puissance dont la neutralité lui était ou lui paraissait utile.
Cette discordance de formes unes du gouvernement prussien avec l'esprit populaire de son culte affaiblit cette société, et
dans une grande pensée. Serait-ce qu'il est naturel que les nations qui voient périr leur pouvoir particulier et local recourent au pouvoir général des hommes et des nations? Il a été un temps, sous la seconde race, où, dans le midi de la France, on datait les actes du règne de Jésus-Christ.
(1) Il a même si fort dégénéré depuis que cet ouvrage est écrit, que dans la métropole du protestantisme il n'est plus permis de parler dans les temples sur la divinité de Jésus-Christ. Ici nous sommes plus avancés encore; on revoit le procès de THomme-Dieu, et dans des livres imprimés, publiés et mis en vente, on dit encore, après dix-huit siècles : Reus est mohtis!!!... (Note de l'Éditeur.)
ET HF CELTT1 I)F CA.MPO-FORMÏO. 537
empêcherait peut-être qu'elle n'eût, au besoin, autant de force de conservation et de résistance qu'elle a montré de force d'agression. Gel Etal , où les opinions philosophiques de son plus grand roi, accréditées par ses succès militaires 3 ont répanda un extrême libertinage d'esprii . manque de ce principe de vie que la religion seule communique aux sociétés, en donnanl la raison du pouvoir et le motif des devoirs. « Jamais » Étal ne tut l'onde, dit Jean-Jacques , que la religion ne d lui servit de hase ». La Prusse est encore un camp plutôt qu'une société : sa population est toute en soldats comme son territoire est tout en frontières, et jusqu'à présent ses amis ont pu lui désirer cette disposition dans les hommes qu'on appelle esprit public (I) , ressort puissant qui peut rétablir une nation des crises Les plus désespérées , et qu'on retrouverait au besoin dans plusieurs Etats, et cette disposition de territoire qui permet de détendre les points attaqués, sans trop s'éloigner de ceux qui peuvent l'être.
Je reviens à la France et à l'Allemagne. Le traité de Westphalie avait donc constitué , ou plutôt reconnu en Europe les États populaires et les religions populaires, et l'on peut douter qu'il eût été signé par saint Louis et par Charlemagne.
A ne h- considérer ici que sous un point de vue politique, il garantissait la constitution germanique, véritable démocratie
de princes, de nohle>. de villes, de chapitres et de monastères. Il garantissait encore la démocratie de la Suisse (w2) et de la Hollande , et la nature . qui ne t'ait nulle part de démocratie,
d La Presse, quelques années après, montra cel esprit publie au pins haut degré, heureuse bj le progrès des sociétés secrètes n'y «'fit pas mêlé quelque chose de contraire ai repos des peuples! [Note d* V Éditeur.)
Donnai aux Suisses uneçuoti pleine liberté; expression parfaitemenl vraie, m on L'entend de la liberté extérieure de la Suisse, trop faible pour jouir an mileu de grandes puissances (l'une indépendance réelle et entière, el soumise a toutes les influences politiques; expression plus vraie encore, Bi on l'entend delà liberté intérieure ou politique; car, si l'on observe que les villes capitales des cantons B'étaienl arrogés sur les cam] . ' i moins <lans les cantons aristocral ques, «mi peut dire de la
que Montesquieu «lit de la république romaine, « que la liberté était » au centre et la tyrannie aux extrémités. » On ne le saura jamais asses, il n'j - 'i'' peuple plus libre que le peuple français, soit de la liberté
domestique, <i'" consiste i ce que chaque individu puisse exercer tel genre d'industrie honnête qu'il lui plall ; soil de la liberté politique, qui consiste .1 ■ •• que en ique famille puisse B'élever par Bes seules forces, el parvenir a l'étal public, n v avait cependant en France des individus a qui la i<>i on
parce que la démocratie est contraire aux lois naturelles des sociétés, repoussait de l'Allemagne cette constitution bizarre, si forte contre les faibles, mais si faible contre les forts. Le traité de Westphalie garantissait contre la France l'intégrité du territoire allemand, et y incorporait même la Belgique, comme enclave du cercle de Bourgogne, déclaré être et demeurer membre de V Empire, et il y avait dans les choses une disposition naturelle qui tendait à réunir à la France une partie du territoire allemand. Le traité de Westphalie garantissait donc les volontés de l'homme contre les volontés de la nature. C'était assurer un monceau de sable sur les bords d'un fleuve. Aussi la constitution germanique n'a jamais été plus observée , même en Allemagne , que le territoire allemand n'a été respecté par la France , et le traité lui-même a souffert de nombreuses dérogations.
Le traité de Westphalie établissait donc un système politique purement provisoire, soit à l'égard de la France, soit à l'égard de l'Allemagne. Le seul traité définitif que la France ait conclu est le traité des Pyrénées , et les seuls définitifs qui lui restent h conclure sont le traité des Alpes et le traité du Rhin.
La France, l'Allemagne , l'Europe, la société politique et même religieuse, étaient donc constituées en état provisoire par le traité de Westphalie. Il n'est pas question de savoir si l'on pouvait faire mieux à cette époque , et cette discussion est aujourd'hui complètement inutile. Les fautes d'un temps sont la suite obligée des erreurs d'un autre, et les hommes appellent souvent bien ce qui n'est en soi , et aux yeux de l'éternelle raison , qu'un état provisoire de moins mal qui prépare de loin à l'état permanent qui ne peut être que le vrai bien.
Ce traité , bon ou mauvais , avait été passé dans un certain état , et pour un certain état de l'Europe , et cet état avait changé. Les petites puissances étaient devenues plus faibles parce que les grandes puissances étaient devenues plus fortes, et les princes d'Allemagne , entre autres , s'étaient appauvris en voulant rivaliser de luxe avec la France, et l'emporter sur la
l'opinion interdisait toute industrie uniquement lucrative, et des familles qui ne pouvaient revenir à l'état purement privé. C'est ce qu'on appelait les nobles et la noblesse, véritable servitude publique, nécessaire pour assurer la liberté publique, et dont la condition naturelle (de laquelle la vanité avait fait un privilège) était de servir.
Il M CELUI DF CAMPO-FOBMIO. 539
maison d'Autriche* La Suède étail rentrée dans ses bornes, et. la Turquie étail restée dans sa barbarie. La Prusse, la Russie, r Angleterre même, s'étaient agrandies ; la France et l'Autriche s'étaient étendues. L'Europe actuelle n'était donc plus l'Europe du traité de Westphalie. L'Europe d'alors étail L'Europe des petits États, comme celle d'aujourd'hui est l'Europe des grandes puissances, et ces changements dans la force respective des Etats axaient mis nécessairement de la contradiction entre les rapports garantis au traité de Westphalie, et ceux établis par la nature même de la société.
L'Europe se trouvait donc insensiblement placée dans un ordre de choses el un système de rapports généraux et particuliers que le traite de Westphalie n'avait pas prévus, qu'il n'avait pas pu prévoir, et pour lesquels il n'avait pas été fait.
L'Europe était donc réellement depuis longtemps, et particulièrement depuis le traite de Westphalie, constituée, pour ainsi dire, en révolution générale, puisqu'une révolution n'est que l'effort que fait la société pour passer d'un état provisoire, étal contre nature, à l'état fixe, et par conséquent naturel, et pour mettre ainsi les hommes d'accord avec la nature; et, comme le traite de Westphalie avait constitué ou plutôt garanti l'état provisoire, en sanctionnant l'existence des sociétés populacières, cause constante de dégénération et de trouble, le traite dont celui de ('nmpo-Formio a jeté les bases constituera l'état naturel et définitif en fixant les grands Etats dans leur constitution naturelle et leurs limites naturelles, ou en les disposanl a \ parvenir un jour, car la société marche lentement, parc- quVlle ne B'arrôte jamais.
La Belgique) véritable pomme de discorde en Europe, parce que la nature veut qu'elle soit à la Erance, et que les hommes ne le veulent pas; la Belgique a été, pour ainsi dire, le
berceau de la révolution présente, comme elle avait été celui d'un.- révolution au seizième Biècle, et, aujourd'hui comme
alors , les troubles religieux ont amené les troubles politiques.
En effet, le foyer des mouvements politiques de l'Europe étail dans la Belgique, parce que c'était a l'occasion de ces belles provinces que l.» contradiction entre les grands États se faisait !<■ plus sentir.
I.i Belgique devenait tous les jours plus française de mœurs,
540 DÎT TR/UTÉ DE WESTPHA.LIE
de langage et d'inclination, et Ton peut en dire autant de l'Allemagne cisrhénane (1). Comprise dans les limites des Gaules, elle avait fait partie de la France et cherchait à s'y rejoindre. Les publicistes feraient valoir ici les droits de suzeraineté , de mouvances, de possession ; la nature ne connaît que des nécessités ou des rapports naturels, et ils étaient évidents.
Mais, si la France tendait à se fortifier par l'incorporation de la Belgique , la maison d'Autriche , obéissant aussi à ce principe de conservation qui a si puissamment agi dans cette société, tendait à se fortifier aussi en détachant d'elle ces mêmes provinces, colonie territoriale qui a perdu l'Espagne, et qui perdra tout possesseur éloigné ; elle les offrait en échange de la Bavière, et cherchait à étendre ses possessions d'Allemagne et son royaume de Hongrie. Rien ne prouve mieux combien les gouvernements sont, indépendamment des hommes, entraînés par une disposition naturelle des choses, que de voir l'empereur et l'Empire rendre eux-mêmes plus facile la séparation de la Belgique de la monarchie autrichienne , par l'inobservation de cet article du traité de Westphalie qui déclare que le cercle de Bourgogne est et demeure membre de l'Empire, et de voir qu'en même temps que Joseph II s'agrandissait en Pologne il faisait tout ce qu'il fallait pour livrer à la France les Pays-Bas, c'est-à-dire qu'il en démolissait les forteresses et qu'il en indisposait les peuples ; car, quoique l'intention de la maison d'Autriche ne fût pas de céder les Pays-Bas à sa rivale , les Pays-Bas, quand l'Autriche s'en détachait, ne pouvaient naturellement appartenir qu'à la France.
Mais ni l'Autriche ni la France n'étaient d'accord là-dessus avec leurs alliés ; et ici surtout se faisaient sentir la faiblesse et la contradiction du système des cabinets. L'Angleterre et la Hollande , ennemies de la France , voulaient forcer l'Autriche à garder les Pays-Bas, dont, pour leur propre intérêt, elles lui
(1) Les petits princes d'Allemagne avaient en France des biens et des régiments ; plusieurs parties de la France étaient situées dans des diocèses allemands : c'étaient autant de liens politiques et religieux par lesquels la France attirait à elle la partie voisine de l'Allemagne, et ils étaient alors précieux à maintenir. Aujourd'hui ces liens se rompent ; la France ne souffre rien sur son territoire qui appartienne à l'Allemagne, comme elle ne veut rien conserver sur le territoire allemand. Tout est fini de ce côté pour l'une et pour l'autre, et ces liens, jadis utiles à la France, pourraient aujourd'hui n'être pas sans inconvénient.
i r DE CBLI i DE CAMPO-FORMIO. Ô V l
rendaient la possession onéreuse et la défense impossible; et la Prusse . alliée de la France , ne voulait pas que la France les occupât , et même «'H»' empêchait Joseph II de conclure avec le duc des Deux-Ponta, héritier éventuel de la Bavière, l'échange dont nous avons parle.
Un intérêt semblable, m ce n'était encore un intérêt commun,
tonnait doue, même à leur insu , un point de contact entre la France et l'Autriche , et les disposait à s'unir. Elles avaient déjà jeté les fondements de cette union en iTrit;. Ce traité étonna l'Europe, parce qu'il fut une déviation formelle de l'esprit du
trait»* de Westphàlie, et de la route politique suivie depuis cette époque; et la France même lit la faute de laisser l'Autriche en recueillir seule le fruit parle co-partage de la Pologne : mais, si, dans cet acte mémorable, les hommes eurent leurs vues personnelles, on peut y apercevoir aujourd'hui des motifs secrets et naturels, des motifs dont l'influence lente , mais irrésistible, préparait longtemps à l'avance l'alliance plus étroite qui devait unir un jour à Campo-Formio et ailleurs ces deux puissants États. En même temps que la France se rapprocha de l'Autriche, elle se détacha de ses alliances du Nord et de rOrient , alliances devenues onéreuses ou impuissantes, et mi. trop longtemps affaiblie par la frivolité de ses mœurs et la variation de ses lois, elle avait fondé un appui qu'un grand Etat ne doit chercher et ne peut trouver que dans une administration sage et forte, alliée naturelle de tout bon gouvernement , et le seul ami qui ne Lui soit jamais infidèle.
Le système politique ancien était donc, bien ou mal , le système provisoire , relatif a l'état d'adolescence et d'accroissement du corps social. Le traite de Gampo-Formio a préparé la France et l'Europe à passer a l'âge viril et à l'état de conservation et de stabilité ; de nouveaux rapports se sont développés,
et un nouveau système commence.
L'Autriche, par ce traité*, a cédé la Belgique à la France, et semble ne pas s'opposer a son agrandissement jusqu'au Rhin. Elle a reçu un dédommagement précieux et inespéré de ces concessions forcées ou volontaires, rt clic peut en obtenir d'autres. Séparées désormais par le Rhin, an delà duquel elles ne feront plus d'établissement, ces deux puissances reviendront à cette bonne intelligence qui existe naturellement entre des sociétés dont les intérêts ne sont pas opposes, g| ,|nlli |çg principes
constitutifs sont les mêmes, telles que des voisins unis par la sympathie de leur caractère, et qui ne sont pas divisés par des discussions de propriétés. Cependant l'Autriche est moins fixée, moins au repos que la France (1) , et la paix entre elles peut encore être troublée pour les intérêts généraux de l'Europe , dont la France doit retenir, envers et contre tous , la suprême direction.
La maison d'Autriche est actuellement dans la crise dangereuse du passage d'un système ancien de politique à un système nouveau. Elle a dévié un moment du système naturel de son État , lorsqu'elle a voulu, en 1 793, à son invasion en France, conquérir pour elle la Flandre et l'Alsace, peut-être la Lorraine. Cette tentative n'a pas été heureuse. Elle s'exposerait peut-être à des désastres plus grands, et s'enfoncerait dans un labyrinthe d'où elle ne se tirerait qu'avec peine et danger, si d'elle-même elle s'obstinait à soutenir , ou plutôt à reconstruire l'édifice ruineux de la constitution germanique (2) , et si , sans y être contrainte par une force majeure , ou déterminé par des vues politiques auxquelles il n'est peut-être pas temps de renoncer, elle s'embarrassait dans ce système faible et compliqué, où tout est contre les lois naturelles des sociétés, et qui lui donne des rivaux si dangereux et des alliés si faibles , pour un titre précaire qu'une guerre malheureuse ou une minorité peuvent faire sortir de ses mains : car l'Empire aujourd'hui n'a plus besoin de la maison d'Autriche pour le défendre contre la Turquie, assez vaincue par sa propre faiblesse , ni contre la France , qui n'a plus rien à prétendre sur l'Allemagne ; et le nouveau collège électoral qui va se former, moins dépendant que l'ancien de la maison d'Autriche, peut se livrer à des affections ennemies.
L'Espagne est à la France et à l'Autriche dans les mêmes rapports ; même constitution , intérêts semblables. La France et l'Espagne ont des motifs particuliers d'union dans la nécessité
(1) L'auteur parlait des conséquences naturelles que devait avoir et qu'aurait eues pour le repos de la France le traité de Campo-Formio, qui nous était plus favorable qu'à l'Autriche ; mais l'ambition de celui qui arriva au pouvoir peu de temps après jeta la France dans des guerres interminables qui ne pouvaient à la longue que l'affaiblir et amener sa ruine. Cependant, malgré ses revers, la France aurait aujourd'hui encore sa limite du Rhin, si elle eût eu un gouvernement plus sage depuis 181 4, et si elle eût été elle-même autant au repos que l'Autriche... (Note de l'Editeur.)
(2) La chute de cette constitution, prévue par l'auteur, a fortifié la puissance de l'Autriche, en lui donnant plus d'unité. {Note de VEditeur.)
i i ni CELI i M CAMPO-FORMIO. 543
de s'opposer à L'Angleterre , et ce» motifs seuls ont mis fin à la guerre que la France avait déclarée à l'Espagne. Ces rapports d'amitié peuvent être les mêmes entre ces trois puissances et l'Italie . bî longtemps le théâtre de leurs querelles et {'appoint de leurs marchés, si l'on prend, a l'égard de cette belle partie de l'Europe, des arrangements politiques plus naturels, et par là plus fixes que les circonstances n'ont permis d'en prendre jusqu'à présent
La France, l'Espagne, l'Autriche M), l'Italie, peuvent donc être unies an jour par Les liens les plus naturels, et par conséquent les plus durables qui puissent rapprocher des nations parentes qui seront égales en civilisation, en constitution, en richesses, et où Les inégalités mêmes seront compensées par des avantages équivalents. Ejles tonneront entre elles un pacte (TÉtat, bien autrement fort qu'un pacte de famille, dont l'expérience a démontre la faiblesse; et, s'il faut encore parler d'équilibre sur le continent , ces quatre puissances d'un côté , les puissances du Nord de Tautre, balanceront leurs forces, et partageront L'Europe et l'univers.
L'Europe avait été placée, par le traité de Westphalie, dans un véritable état d'équilibre, que de petites parties, passant fréquemment d'un cote de la balance à l'autre, entretenaient, par leur mobilité . dans un mouvement continuel ; l'Europe, quand l'editiee eoininenee a Cainpo-Formio sera achevé, reposera sur
deux bases inébranlables, formées par de grandes masses à peu près du même poids : car, il e.^t temps de Le dire , Les petits Etats, surtout les Etats populaires, au milieu de grandes puissances, sont nue cause éternelle d'agitation et de guerre, parce que , condamnés a la dépendance par leur faiblesse , chaque puissance veut > exercer sa domination , ou, ce qui revient au même, \ faire prévaloir ton influence; pareils à ces terrains
vagues y occasion continuelle de procès entre des possesseurs
(l) i instances qui onl amené la pah de Westphalie Boni nvvdiffé-
rentee deceîlei ou m trouve aujourdliui l'Europe. La France était plus faible
nue l'Autriche, ei aujourd'hui clic **st plus forte. Li Suède n'avait qu'une
pinion, et la Ruas»*, qui paramétre substituée à la garantia qu'eue
i une très-grande force réelle, n étail dana la nature des choses
que la France i & proportion que la Suéde perdait de sa puissance
t qu'elle dettm seule arbitre d< - affaires d'Allemagne; la Russie,
au contraire, ne peut que croître, alliée impérieuse el peutâtre Incommode
i l'Angli t. n. conservail de l'influence but ses conseils.
voisins. Ii n'y a de repos pour les États , comme pour les hommes, que dans la décision, et la dépendance des petits Etats est toujours indécise.
Ce balancement de forces entre le Nord et le Midi se raccorde, ce semble, avec le plan de Fauteur de la nature, ordonnateur suprême et législateur des sociétés, qui, lui-même, dans les merveilleuses harmonies du monde social, a placé au Nord le nombre des hommes et la fabrique du genre humain, officina generis humani, et au Midi, l'ascendant des lumières et la force de la civilisation, qui soumet les hommes et dompte les conquérants eux-mêmes. Si la liberté politique est venue du Nord avec l'unité de pouvoir, selon la remarque de Montesquieu, la véritable liberté religieuse est venue du Midi avec le christianisme. Au moral comme au physique , c'est du Midi que vient la lumière , et l'Europe n'a été plongée dans les ténèbres épaisses qu'elle travaille avec tant d'effort à dissiper, que par •les erreurs répandues sur la nature de la société par des sophistes du Nord, Wiclef, Jean Huss et Luther.
Le traité qui fixera le mouvement actuel de l'Europe sera donc , quelle qu'en soit l'époque , rédigé dans des motifs plus naturels et posé sur des bases plus solides que le traité de Westphalie, parce que tout traité fondé sur les mêmes bases ne le fixerait pas. Alors, comme nous l'avons dit, on constitua les États populaciers, ceux où sont les passions; le traité que les événements amèneront , et dont celui de Campo-Formio peut être regardé comme le premier article , constituera les États uns, ceux où est la raison, et où par conséquent se développent les moyens de perfection, sous l'influence toute-puissante d'un pouvoir indépendant (1).
Il en résultera à la longue, et par l'effet des lois naturelles de l'ordre social, le retour de l'Europe à l'unité religieuse; car l'état de la religion tient beaucoup plus à la nature des sociétés qu'aux dispositions des hommes , et déjà l'observateur attentif remarque, dans quelques États dissidents, une secrète disposition à s'en rapprocher. Le protestantisme , né avec ou dans les petits États, et constitué au traité de Westphalie en religion nationale et publique , ne peut subsister longtemps
(1) Les changements qui se font en Allemagne, et qui ne seront pas les derniers, ruineront la démocratie des villes impériales, et affaibliront l'aristocratie des Etat a dans les pays électoraux.
i i di CELUI DI CAMPO-FORMIO. 5 \ 5
dans l«» grands États, parce que les grands États ne sauraient subsister avec lui. C'est ce qui donne à la religion réformée, partout où «'11»' s'esl établie, une disposition particulière à morceler les grands États en gouvernements fédératifs (4),0oio>ermements éternels! s'écriait Montesquieu, à la veille de la dissolution des Provinces-Unies et de la ligue helvétique, et réellement les plus faibles de tous, parce qu'ils sont les plus divisés, puisque la division est la loi fondamentale de leur constitution.
La France n'aura donc plus à l'avenir aucun intérêt à s'épuiser d'hommes et d'argent pour soutenir, contre leur propre faiblesse, leur plus dangereux ennemi, la confédération germanique et la Porte Ottomane. La sécularisation de quelques principautés ecclésiastiques deviendra sans doute nécessaire, et bien loin que l'intérêt de la religion s'oppose à la sécularisation des dignités politiques possédées par des ecclésiastiques, ce même intérêt, le premier de tous les intérêts sociaux, réclame cette mesure, parce que l'autorité religieuse de l'évêque-prince est sans force là ou l'autorité politique du prince-évéque n'en a aucune, et qu'il n'y a rien de plus faible que ce pouvoir temporel des ecclésiastiques, dont la puissance législative est un sujet de contestation dans leurs propres États, et la puissance militaire un sujet de dérision dans toute l'Europe. Le ministère politique doit être distinct du ministère de la religion, comme dan- 1 homme l'action est distinguée de la volonté. Il est également contre la nature de la société que l'évêque SOÎt chef politique . comme en Allemagne , ou que le chef politique soit revêtu de la suprématie religieuse, connue en Angleterre.
(Test précisément a cause de cette confusion (\v> deux minis-
tèresque l'Église d'Allemagne a toujours été le côté faible de la société chrétienne . et celui par où {'homme ennemi a pénétré,
parer qu'il a trou\e d;uis la \ ie nécessairement séculière et
mondaine des princes-évêques , des princes-chanoines, des princes-abbés , un prétexte a ses attaques . et dans la faiblesse
de leur autorité, une raison a ses progrès. Si, dans le temps de
la révolte de Luther, les princes ecclésiastiques, forts de la
puissance impériale, détendirent mieux leurs sujets contre
l'invasion de la nouvelle doctrine, une funeste expérience a
i U duc de Roban dit, dans *es Mémoires, que « «l^ son temps on UomniaU l< rcligionnaires de vouloir, par leur ordre, se déjoindre de 0 l'Etat, i l'imitation d< Suisses et de* Pays-Bas. »
prouvé qu'ils n'avaient pu se défendre eux-mêmes de l'influence de son esprit : nulle part les liens des premiers pasteurs avec le centre d'unité, ces liens si nécessaires au corps de l'Europe même politique, ne se sont plus relâchés, ou même n'ont été plus ouvertement méconnus qu'en Allemagne. On peut assurer que le philosophisme y avait fait , dans quelques Etats ecclésiastiques, plus de progrès même qu'en France, où la religion était mieux connue , et même mieux observée que partout ailleurs (et Condorcet s'en plaint), parce que les évêques n'y étaient pas détournés des fonctions religieuses par des fonctions politiques. C'est peut-être ce qui fait qu'en Languedoc, où les évêques exerçaient des offices politiques, les erreurs se sont de tout temps introduites avec plus de facilité.
Mais il ne faut rendre au siècle que le pouvoir politique usurpé par le clergé dans des temps d'anarchie, comme il le fut par les officiers laïcs, et non les fonctions ecclésiastiques, et les propriétés qui entretiennent ceux qui les exercent, ce que firent pourtant au traité de Westphalie des princes chrétiens successeurs de Charlemagne, qui détruisirent son ouvrage, ou plutôt celui de la nature même des sociétés, en donnant une existence publique à la démocratie religieuse et politique, et constituant dans l'une et l'autre société l'État populaire à la place de l'État un (1).
Ce que nous avons dit des évêques ne peut, sous aucun rapport, s'appliquer au chef de l'Eglise, dont le patrimoine ne doit dépendre d'aucune nation , parce que le Saint-Siège luimême appartient à toutes les nations, comme le centre à tous les points de la circonférence. Les Etats du pape ne pourraient être soumis à l'autorité d'un prince , sans que sa personne et sa dignité ne devinssent odieuses ou suspectes à tous les autres, raison pour laquelle la ville de Rome , sujette de l'empereur d'Orient, tant que cet empereur fut à peu près le seul prince chrétien de l'Europe, devint indépendante de tout prince séculier à l'époque de la fondation de l'Europe politique, et lorsque le grand tout formé par Charlemagne fut distingué dans ses diverses parties et forma ditférents Etats (2) .
[\\ La cour de Rome protesta contre ces innovations religieuses, et conserva le dépôt des principes.
(2) Autrefois les particuliers dotaient le service public de leurs propres fonds; aujourd'hui on vend aux particuliers la dotation du service public. Alors on préférait le public à la famille; aujourd'hui on préfère la famille
il DE CELUI DE CAMPO-FORMIO. 547
Les philosophes modernes, échos des novateurs «lu seizième siècle, ont raisonne comme des insensés sur la prééminence temporelle on plutôt politique du chef de l'Église, regardé autrefois comme le modérateur suprême de la république chrétienne. Ils n'ont pas mi que, si quelques papes onl abusé de leur pouvoir, tous les États en onl profité, et que l'Europe doit toute sa civilisation a la prédication de l'Évangile et à l'influence du christianisme. Le grand Henri voulait rétablir cette république chrétienne, et l'illustre Leibnitz, tout luthérien qu'il était, avoue la nécessité de cette prééminence d'honneur du Saint-Siège, prééminence qui à l'avenir n'aurait plus d'abus, parce que l«'s vérités sociales sont pins développées, et a laquelle il n'a manque, pour être universellement reconnue, que d'avoir été exactement définie.
La civilisation et le christianisme, qui sont une même chose, ne peinent (pie gagnera l'expulsion des Turcs hors de l'Europe, et certes il est temps de repousser aux lieux d'où elle est venue cette horde de barbares, qui souille la plus belle partie de la chrétienté . de la brutalité de ses mœurs et de l'absurdité de ses lois.
11 faut surtout se garder d écouter cette politique de comptoir, qui verrait la ruine de la France et l'asservissement de l'Europe dans la chute de l'empire ottoman , à cause de la facilité que l'indolence dea Turcs donne aux Français pour l'aire le commerce du Levant, et de l'accroissement de forces qu'acquerrait la puissance chrétienne qui régnerait à Gonstantinople : car, outre qu'il n'est plus temps d'agiter la question des avantages ou des inconvénients de l'établissement des Turcs en Europe . puisque leur puissance «-st finie et ne peut plus être sauvée de s;i propre faiblesse, <»n peul assurer que de nouveaux peuples auront, au moins pendant longtemps, de nouveaux besoins qu'une nouvelle Industrie s'empressera de satisfaire, et l'on doit croire que. dans la concurrence qu'elle fera naître, l'activité française ne restera pas en arrière. Il \ a plus: Paris H Lyon pourraient fournir au Levant un peu moins de dorures .
et Carcassonne un peu moins (le draps, sans (pif la constitution
politique H religieuse de la France en fût ébranlée ; et c'est la
à la publique. N | resavaienl raison., ou ooos avons tort; cai
rien o'a changé poui l< pi itutift de la m> iété, <•( elle est com-
posée aujuuni'hin comme alon 'l'un même nombre de personnes 101 ui. >. unie* rapports, • l sujettes aux mém<
constitution et non le commerce qui est le premier intérêt de la société. D'ailleurs l'expulsion des Turcs hors de la Grèce profiterait à plus d'une puissance , et la France pourrait y gagner l'Egypte, dut-elle l'échanger contre le Canada (1 ) ; car, au point d'étendue où la France sera parvenue, il lui faut, pour son repos et le repos de ses voisins, une vaste colonie, moins pour en tirer des denrées que pour que les hommes s'y transportent d'eux-mêmes , aujourd'hui qu'elle aura moins d'occasions de faire la guerre sur le continent. 11 existe chez toutes les nations puissantes des moyens légitimes ou coupables, doux ou violents, de borner l'excès de la population : dans le Nord, c'est le célibat militaire, au Midi le célibat religieux ; dans la Turquie, c'est la peste ; à la Chine, c'est la famine , la peste, l'infanticide, tous les fléaux et tous les crimes ensemble.
Quant à la crainte de voir une puissance chrétienne s'agrandir démesurément par la conquête de la Turquie d'Europe , il est évident que Constantinople n'appartiendrait pas longtemps au même maître que Vienne ou Pétersbourg ; et quel que fût le prince qui relevât le trône des Constantins, fut-ce un archiduc ou un prince russe, la politique de son État l'emporterait bientôt sur la politique de sa famille, et l'empire grec limiterait ou arrêterait l'empire russe et l'empire autrichien. Les cabinets de l'Europe ne sont pas assez désintéressés pour suivre longtemps une route politique uniquement déterminée par des affections domestiques, et la révolution présente en a offert d'illustres exemples.
Il nous reste à parler de la Suisse et de l'Angleterre.
La Suisse vivait, pour ainsi dire, sur le fonds d'une ancienne réputation de patriotisme que les voyageurs philosophes lui conservaient, dont ils parlent tous avec un ridicule enthousiasme, et qui était reçu dans toute l'Europe sans examen, et, pour ainsi dire, jusqu'à un plus ample informé. On lisait les
(1) Quelle est, de ces deux colonies, la plus utile pour la France? Le commerçant, sur cette question, serait sans doute plus tranchant que l'homme d'État. Ceci, comme l'on voit, était écrit avant notre retraite d'Egypte. Au reste, si nous n'avons pas obtenu le Canada de l'Angleterre, nous avons obtenu la Louisiane de l'Espagne, ce qui revient au même pour la France (*).
(*) L'auteur était loin de prévoir que celui qui obtenait cette belle colonie par un traité, la vendrait honteusement aux États-Unis quelques années après ! [Vote de l'Editeur.)