‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 162 sur 164 · ET DE CELUI DE CAMPO-FORMIO · texte numérisé non relu

ET DE CELUI DE CAMPO-FORMIO

Suisses, mais on ne lesvoyail plus. Depuis que la guerre se fait moins avec des hommes qu'avec des choses, el à force d'art, ils n'avaient aucune force réelle ni dans leur population, ni dans leur territoire, et leur société cachait des principes de dépérissement et de mort dans ses divisions politiques et religieuses. Cesl ce qui l'a perdue. Mais quel que soit le sort réservé à ce malheureux pays qui a péri par la démocratie qu'il avait le premier semée en Europe, il est difficile qu'il puisse se rétablir dans son étal précédent, ni que le principe de ses maux puisse en être le remède. Un Etat un agité , détruit même par une révolution, retrouve sa hase : c'est le rocher qui soutient l'édifice et qui n'est pas ébranlé par sa chute; mais une constitution populaire aristocratique, démocratique ou despotique) périt sans retour, et le torrent emporte jusqu'à la mobile arène sur laquelle elle avait posé ses fondements. Une politique perfide lierait peut-être de rendre à la Suisse son ancien gouvernement pour lui faire mieux sentir la nécessité d'un pouvoir concentré, mais l'humanité défend de le tenter; elle prescrit à la France de sauver la Suisse d'elle-même et des haines affreuses que des événements récents y ont allumées entre citoyens et cantons, et de lui donner la paix domestique en dédommagement de la guerre étrangère qu'elle lui a apportée (I).

Cette dépendance nécessaire existait de fait pour la Suisse. Les cantons catholiques étaient gouvernes par L'influence de la France, et les cantons protestants dirigés par celle de l'Angleterre. Us envoyaient leurs hommes à l'une , et leur argent à

l'autre. L'Angleterre se servait même contre la France de l'ascendanl qu'elle avait sur la partie de la Suisse qui Lui était unie par des liens politiques et religieux; mais son influence \ serait à 1 avenir beaucoup moindre, si Le siège du gouvernement restait à Lucerne, où le directoire L'avait place.

Je n'ignore pas quelles affreuses et malheureusement trop justes préventions les habitants des cantons catholiques, surtout des petits cantons, ont conçues contre Les Français. Jamais L'influence secrète dea ennemis de La France sur ses mesures révolutionnaires n'a été plus sensible que Lorsqu'on l'a vue

h L'indépendance de la Suisse n'a été sautée, en isu, que par la magnanimité, ou peut-être la politique des puissances alliées, qui <mt lais: •• entre elles comme une barrière ce paya difficile a occuper, el plus difficile • iM"iv .1 gardai [Noté de l'Editeur.

attaquer et détruire ces braves et fidèles alliés. Mais les lois survivent aux affections, et si les affections privées divisent les hommes , des lois naturelles unissent les sociétés. Que les Suisses aiment ou non les Français, la Suisse sera l'amie de la France, si même elle n'en fait pas partie ; car l'état de dépendance, quand il est inévitable, a, pour un peuple, tous les inconvénients de la sujétion sans en avoir les avantages.

Il ne faut pas oublier que des raisons naturelles , prises de l'exiguïté du territoire helvétique et de sa pauvreté, rendent la Suisse dépendante pour ses premiers besoins, et même plus dépendante de la France que de tout autre pays, à cause de la disposition des lieux, des produits du sol français, ou d'une langue en partie commune; et c'est uniquement ce qui avait fait que THelvétie, jadis soumise à la domination de l'Autriche, avait passé sous l'influence de la France, car la nature mène ou ramène tout à ses lois.

Nous finirons par l'Angleterre. L'Angleterre est en système habituel , je dirais presque naturel de guerre , ou du moins d'opposition, avec tous les peuples du monde, et le repos ne peut être pour elle qu'un état forcé et accidentel. Cet état d'opposition est totalement indépendant des dispositions personnelles et du caractère particulier de ceux qui la gouvernent : il tient à sa position insulaire , à sa constitution populaire, qui donne à sa politique un caractère inquiet et agresseur, et qui la place constamment dans le système d'accroissement, et jamais dans celui de repos et de stabilité ; en sorte que , comme elle est continuellement agitée au dedans, on peut dire qu'elle entretient au dehors, et dans le monde politique, le mouvement perpétuel.

Un État continental a des bornes au delà desquelles il ne peut faire ou garder des conquêtes , parce qu'il ne peut, sans danger pour lui-même , porter de grandes armées trop loin de ses frontières, aujourd'hui surtout que les moyens d'attaque et de défense , devenus semblables entre toutes les nations civilisées, ne donnent à aucune de supériorité constante et décidée sur les autres. Mais une nation puissante et uniquement maritime n'a de bornes que celles de l'univers, parce que , grâce aux progrès étonnants de l'art de construire les vaisseaux et de les diriger, elle peut, avec ses flottes nombreuses, promener ses forces dans tout l'univers, avec moins

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di' dépense et de perte d'homme* que le chef d'un vaste pays continental ne peut porter des troupes d'une extrémité de tes États a L'autre. Il en coûtait plus d'hommes et d'argent à La maison d'Autriche pour faire passer dans les Pays-Bas des troupes et des munitions de guerre, qu'il n'en coûte aux Anglais pour en envoyer aux Indes , et certainement les Anglais <>nt parcouru avec leurs Hottes de plus grands trajets qu'Alexandre avec SCS années, et ont lait peut-être autant de conquêtes.

dette disposition à toujours s'étendre, et cette facilité à attaquer partout, ont, dans tons les temps, donné aux peuples dominateurs des mers, comme l'observe Montesquieu, un tour particulier d'esprit impérieux et arrogant, dont les Anglais ne sont pas exempts: en sorte que le caractère particulier de l'Anglais est la soif démesurée d'acquérir et la fureur de la cupidité, parce (pie le système politique de l'Angleterre est une tendance sans mesure à Faccroissement.

Comme le système politique naturel de l'Angleterre est le système d'agrandissement plutôt que celui de stabilité et de conservation, elle a toujours attaqué avec plus de succès qu'elle ne sY-t détendue elle-même lorsqu'elle a été attaquée. Ainsi toutes les descentes faites en Angleterre ont changé , ou mis à deux doigts d'un changement, la constitution ou le gouvernement ; toutes celles qu'on y fera à l'avenir auront le même succès . et ce n'est pas sans raison que les Anglais en ont été dans tous les temps extrêmement alarmés.

L'Angleterre n'attaque pas le territoire de tous les peuples;

mais elle en attaque le commerce ou par la forée ou par la ruse.

An reste, les peuples commerçants ont tous plus ou moins de cet esprit envahisseur, comme tous les hommes qui font le commerce ont tous le désir de s'enrichir les uns aux dépensdes autres. Les écrivains qui regardent le commerce comme le lien

Universel du genre humain prennent, le rapprochement des

corps pour la réunion des oprits ; ils ne font pas attention que l'intérêt du \emleur et celui de l'acheteur, qui constituent le

commerce, sont en opposition directe et nécessaire, et qu'une

opération de commerce n'est autre chose qu'un combat entre deux intérêts opposes, celui de vendre au plus haut prix, et

celui d'acheter au plus bas. Il n'en est pas de même de L'agri-

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culture, qui met à découvert ses procédés, et où tous, sans concurrence , profitent de la rosée du ciel et de la graisse de la terre; et il est peut-être vrai de dire que le commerce, qui peuple les cités, rapproche les hommes sans les réunir, et que l'agriculture, qui les isole dans les campagnes, les réunit sans les rapprocher.

Le système d'opposition de l'Angleterre est plus fort contre le midi de l'Europe que contre le nord , parce que les puissances du Midi ont des colonies, et que celles du Nord n'en ont pas, ce qui met l'Angleterre en concurrence de denrées et de transport avec les nations du Midi pour approvisionner celles du Nord.

Ce système d'opposition est plus fort contre la France que contre les autres Etats du Midi, parce que la France est comme l'Angleterre, mais non autant qu'elle, puissance commerçante, coloniale et maritime. Mais, quoique la France soit un État commerçant, elle a moins de cet esprit d'envahissement particulier à ces sociétés, parce que le système commercial et maritime n'est chez elle que l'accessoire du système agricole et continental. Aussi Hume remarque que, dans la rivalité des deux nations, les Français haïssent beaucoup moins les Anglais que les Anglais ne les haïssent. Cependant il faut observer que la France portera son activité vers le système maritime, aujourd'hui que son système continental est définitivement arrêté , et qu'elle deviendra pour l'Angleterre une rivale plus redoutable. Les Anglais le savent , et la crainte qu'ils en ont prolongera la guerre en Europe.

Avec cette disposition générale et particulière à toujours envahir, l'Angleterre a démesurément accru sa puissance maritime ; une circulation prodigieuse d'espèces ajoute aux moyens de l'étendre encore, et une administration la plus attentive qu'il y ait en Europe à récompenser les services, à honorer et employer les talents propres à la conduite des hommes et des affaires, plutôt que les arts agréables et les sciences physiques, donne à ces moyens la direction , sinon toujours la plus utile pour elle, du moins la plus funeste à ses ennemis.

Cette combinaison de volonté et de moyens de nuire serait extrêmement alarmante pour l'Europe , et en particulier pour la France, si le remède ne naissait de l'excès même du mal, et si

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