LIVRE I , CHAPITRE IX
sent, ils doivent être plusieurs, car la volonté est nécessairement simple, et l'action nécessairement composée.
Là est la raison métaphysique ou générale des trais personnes de toutes les langues, exprimées dans la langue familière de la société domestique ou singulière par je, tu, U, et dans la langue plus noble de la société publique OU plurielle, par nous, vous, eux. Je et /tous, premières personnes, expression de supériorité, servent à exprimer, l'un le pouvoir domestique, l'autre le pouvoir public, auquel il est spécialement affecté; tu et vous, secondes personnes, s'emploient pour commander directement à ceux dont on exige le service ; il et eux, troisièmes personnes, expriment la dépendance, et même quelquefois sont interdites par la civilité, comme expressions de mépris (c).
Dans tous les différents ordres de société, le ministre, interposé entre la volonté du pouvoir et la dépendance du sujet, le moyen terme entre les deux e., i reines; le prêtre, moyen entre Dieu et les hommes, participe par sa consécration du pouvoir de la Divinité, et par ses besoins, de la dépendance du fidèle; le magistrat, moyen entre le prince et le sujet, participe de la dépendance du sujet et de l'autorité du pouvoir, et la mère elle-même, vrai ministre de la société domestique, moyen entre le père et l'enfant, pour recevoir de l'un ce qu'elle transmet à l'autre, participe, dans sa constitution physique et même morale, de la force de l'un, et de la faiblesse de l'autre.
Dans cette hiérarchie de rapports, ceux de cause, de moyen, d'effet, embrassent tous les autres dans Leur universalité. Ainsi c'est considérer Dieu sous un rapport plus général, de le considérer Comme cause universelle de tous les êtres, que de le considérer comme pouvoir suprême de la société. Ainsi .lesus- Christ est le moyen universel de rédemption de tous les hommes,
cl en particulier le pontife suprême de la société religieuse du
christianisme. Ainsi tous les hommes sont les effets de la cause universelle, tous appelés a jouir du moyen de la rédemption, et les chrétiens seuls sont les sujets, et les disciples, les enfants (le Dieu fait homme.
Ainsi rHomme-Dieu est envoyé de Dieu, missus à Deo, pour conserver la vérité et le bien parmi les hommes , et comme juge suprême de tous les bons et de tous les méchants; l'homme-roi est envoyé de Dieu pour le bien de l'État, pour y maintenir l'ordre, minister Dei in bonum, « y récompenser les » bons et y punir les méchants, » ad vindictam malefactorum, lavdem verô bonorum; l'homme-père est envogê de Dieu pour le bien de sa famille, pour y maintenir l'ordre, y récompenser, y punir; et les livres sacrés, dépositaires de toutes les vérités, recommandent aux pères et aux rois d'user de leur pouvoir comme étant émané de Dieu, et aux enfants et aux sujets d'y obéir, comme représentant à leur égard le pouvoir divin. Ici la plus saine philosophie est en accord parfait avec la religion, qui a appelé les hommes à la liberté des enfants de Dieu , en leur apprenant que l'homme ne peut rien sur l'homme qu'en qualité de ministre de Dieu, et pour la portion qu'il exerce du pouvoir général de la Divinité (d).
Ainsi le pouvoir souverain, que nous appelons souveraineté, est en Dieu : « Je suis le Seigneur ton Dieu;... » et le pouvoir immédiatement subordonné à Dieu, que nous appellerons simplement pouvoir, est de Dieu : Potestas ex Deo est (e).
Ainsi Dieu , pouvoir souverain sur tous les êtres ; l'Homme- Dieu, pouvoir sur l'humanité tout entière qu'il représente dans sa personne divine ; l'homme chef de l'État, pouvoir sur les hommes de l'État qu'il représente tous dans sa personne publique; l'homme-père, pouvoir sur les hommes de la famille qu'il représente tous dans sa personne domestique, forment la chaîne et la hiérarchie des pouvoirs sociaux (/■).
Dans cette hiérarchie de pouvoirs concentriques, si l'on peut parler ainsi , le plus général embrasse celui qui lui est immédiatement subordonne. Ainsi le pouvoir de Dieu est supérieur à celui de T Homme-Dieu, puisqu' il l'a envoyé; celui del'Homme- Dieu supérieur à celui des rois, princeps regum terne;... celui