‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 5 sur 164 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

en vain nous ramener aux dieux, aux jeux, aux fêtes du paganisme , comme ils en avaient ramené parmi nous les mœurs et les lois. C'est surtout ce ridicule qui a flétri la révolution française, et la raison y a eu plus de part que la force. Le temps est venu où nous jugerons les héros du paganisme , comme nous jugeons ses dieux. Nous apprécierons dans ces sociétés trop vantées ces vertus privées qu'on nous oppose sans cesse, et ces crimes publics dont on n'a garde de nous parler : nous y retrouverons la tempérance dans la pauvreté, et le luxe le plus effréné dans la richesse ; des lois faites par le père contre l'enfant, par le mari contre l'épouse , par le maître contre l'esclave, par le créancier contre le débiteur, par le citoyen contre l'homme; un amour pour la patrie qui n'était que la haine des autres peuples , l'assemblage de la volupté et de la barbarie, et un peuple tout entier passant des jeux obscènes de Flore aux

jeux sanglants des gladiateurs Et au milieu de ces empires

qui ont brillé un moment sur la scène du monde 9 et qui sont tombés, dit Bossuet, les uns sur les autres avec un fracas effroyable, et tombés d'une chute éternelle, deux peuples, l'un commencé , l'autre consommé , mais tous les deux le peuple de Dieu, parce que l'un a été conduit par ses ordres, que l'autre doit être gouverné par ses lois, deux peuples resteront debout au milieu des ruines du monde ancien, et s'élèveront au-dessus de tous les peuples modernes , et leurs deux législateurs audessus de tous les législateurs : l'un, objet de la vénération du peuple juif; l'autre , objet de l'adoration des chrétiens à qui tout pouvoir a été donné sur le monde des intelligences et sur le monde des corps , devant qui tout genou doit fléchir , et qui doit réunir toutes les nations dans une même législation, comme le pasteur réunit ses troupeaux dans le même bercail. C'est à la France à y entrer la première , et toutes les nations y entreront après elle. Alors, laissant l'Europe s'entretenir de l'éclat de ses victoires, et admirer la perfection de ses arts, elle ne s'enorgueillira que de la dignité de ses mœurs , et de la sagesse de ses lois.

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