‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 62 sur 164 · chapitre nr · texte numérisé non relu

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(b) [/égalité absolue est confusion, au physique comme au moral.

(c) Dans ce siècle, on a défini la vertu une disposition à faire du bien. I.a vertu, fiiez les païens, pouvait être mu' disposition; chez les chrétiens, elle esl nne action, parce que l'amour, qui en est le principe, veut agir. Anuiv ubi est, operatur; ul>î non est amort non operatur, dit un Père de l'Église.

(rf) Ainsi esprit répond à organe, pensée a mouvement, volonté à action, raison à vertu. Ce sont là des relations, et l'attention a les observer toutes dans le discours est la première condition d'un bon style, d'un style vrai, expression d'une pensée juste.

(e) Nous retrouvons les mêmes états dans la société, l'état sauvage ou natif, l'état idolâtre ou corrompu, l'état chrétien ou civilisé, étal naturel de la société. Dans le premier, ignorance et faiblesse; dans le second, erreur et violence; dans le dernier, raison et force. « L'état naturel de l'homme, dit très-bien Burlamaqui, est, à par- )> 1er en général, celui qui est conforme à sa nature, à sa constitu- » tion, à sa raison, et au bon usage de ses facultés, prises dans leur » point de maturité et de perfection.» (Voyez à la fin de lapremière partie sur le mot nature. )

(/") Les mots être et avoir sont implicitement exprimés dans les langues anciennes; ils le sont à découvert dans les nôtres, où ils se joignent, sans se confondre à plusieurs temps du verbe, dont ils sont les auxiliaires nécessaires. Les motifs de ces diversités ne sont lias arbitraires; ils sont peut-être dans la différence des idées modernes ou chrétiennes sur Vitré et V avoir, aux idées des païens, qui ne connaissaient pas plus Vitre qu'ils ne respectaient l'ovotrou la propriété. Mais ce n'est pas ici le lieu de développer ces vérités; il suffit de dire que l'homme raisonnable ne croit point au hasard; que plus l'effel i rai, plus il lui suppose une raison impor-

tante; que si la parole est l'expression de la pensée d'un homme, une langue entière est l'expression des pensées d'un peuple, qui sont ses lois, ses coutumes, ses habitudes. Les raisons des règles du langage humain peuvent n'être pas celles que je donne; mais il faut les chercher; car l'homme doit travailler sans cesse a (tendre s.i raison : or, la raisonde l'homme consiste à connaître les raisons de tout, ou la vérité, surtout dans les objets qui tiennent a son intelligence d'aussi près que sa parole.

(a) L'en«eignemen1 de tout art. de toute science, commence par voie d'autorité, et ne peut commencer autrement. Quel est l'élève qui ne reçoive de cette manière les élémentsde la grammaire, de la

géométrie, de Yanalyse, et qui ne suppose sans examen les notions préliminaires de l'étendue, des nombres, de la quantité, du mouvement, etc., sur lesquelles les savants disputent depuis des siècles? Je dis plus, et il serait impossible d'instruire des hommes qui commenceraient par disputer de ces vérités. Un enfant passe à son maître, sans contester, des points sans étendue qui t'ont de l'étendue, des lignes sans largeur qui font des surfaces, des surfaces sans épaisseur qui font des solides ; il lui passe plus par moins qui donne moins, moins par moins qui donne plus. Si l'on disputait, sur les bancs, des mathématiques comme on dispute de la théologie et de la philosophie on désolerait les géomètres(l). Où en serait le genre humain, si l'enfant et le sujet ne voulaient obéir que lorsqu'ils auraient compris la raison de l'obéissance ?

(b) L'histoire de toutes les sciences, et particulièrement de la science de la société, n'est que l'histoire des développements de la vérité, et conséquemment des progrès de la raison.

(c) L'âme pense par le moyen du cerveau, et parle parle moyen de la voix, comme elle regarde par les yeux, écoute par les oreilles, agit par les mains ; il ne faut pas dire qu'elle digère par l'estomac, parce qu'elle n'est pas maîtresse de cette fonction, ou du moins elle ne l'est pas immédiatement. Ce sont là les lois de l'union de l'âme et du corps, matière importante, et qui n'a pas été traitée comm* elle peut et doit l'être. L'inaction de nos organes enchaîne l'activité de notre âme, plus active que le corps n'est agissant, et c'est ce qui faisait désirera saint Paul la dissolution de ses organes, pour jouir à découvert de l'éternelle vérité; Cupio dissolvi et esse cum Christo. Les matérialistes confondent la pensée et le cerveau, la cause et le moyen, le pouvoir et son ministre. Les gens instruits les distinguent, et ne sont pas plus étonnés de voir la raison s'affaiblir par le dessèchement ou tout autre état du cerveau, que la vue baisser par l'obscurcissement des yeux, et l'ouïe devenir plus dure par le racornissement de l'organe auditif. «Ce qui est essentiel au corps )> d'un homme, dit Malebranche après Descartes, est une certaine » partie du cerveau à laquelle l'âme est immédiatement unie. » L'âme est une lumière enfermée dans un verre, qu'elle use par son activité. Les matérialistes n'y voient qu'un verre lumineux, a Brisez » le verre, disent-ils, et vous n'y verrez plus rien ; brisez le verre, » disent les chrétiens, et vous y verrez beaucoup mieux. » On sera charmé de trouver iciun passage deFénelondansson Traité del' Éducation des Filles, qui s'exprime ainsi sur le ministère du cerveau dans l'opération de l'esprit. «Le tempérament du cerveau des enfants » leur donne une admirable faculté pour l'expression de toutes les » images. La substance de leur cerveau est molle, et elle se durcit

(!) Cest l'opinion du rôltfiro Kant.

CITAPIÏT.F. III, 109

» tous les jours. Pour leur esprit, il no sait rien, et tout lui c-i » nouveau. Celte mollesse du cerveau fait que tout s'y empreint » facilement, el la surprise de la nouveauté fait qu'ils admirent

» aisément, et qu'ils son! forl curieux. 11 est vrai aussi que cette i mollesse et cette humidité du cerveau, Jointes a une très-grande » chaleur, leur donnent un mouvement facile et continuel. » Dans ce passage, il faut distinguer l'idée généi*ale du miniitère

du cerveau dans l'opération de la pensée, de l'explication particulière qu'imagine Fénelon, d'après la mauvaise physiologie de Descartes. On peut bien imaginer, mais on i it certainement pas le rapport qu'il y a entre la mollesse el l'humidité du cerveau, et l'ignorance) la curiosité, la légèreté de l'enfance; et puis que veulent dire ces Impressions faites sur notre cerveau? Va-t-ii rien d'empreint sur le cerveau de l'homme le plus savant, et aperçoit-on à cet égard, même au microscope, la plus légère différence entre le cerveau de l'homme instruit et celui d'un Imbécile? Et comment unsi petit espace peut- il recevoir l'empreinte du passé, du présent, de l'avenir, de l'existant et même du possible:' La vérité générale est connue par une expérience générale, et par ces locutions communes à toutes les langues, qui toutes prennent le cerveau ou la tel" pour l'esnrit même : avoir de la tète, une bonne tête, une tête sans cervelle, etc., et qui nomment ainsi le ministre pour le;mwroir; mais quand on veut en expliquer le comment, on tombe dans le particularisme de l'imagination, qui ne présente que sous de vaines ligures les relations certaines entre des qualités physiques »'t des opérations intellectuelles. Dans tons les cas pareils, la réponse la plus sage est celle du docteur dans Molière : Quare 'rit dormir e? Quia habel virtutem clormitwam. Toutes nos connaissances sur la manière dont la pensée et l'organe agissent l'un sm- l'autre ne vont pas plus loin, et nous, qui nous croyons si habiles en physique, nous ne savons réellement que les généralités, n ce que nous connaissons le mieux est la métaphysique.

par une dernière observation sur l'organe vocal. La n de l'œil empêche de voir. la lésion (le l'organe vocal (le parler, la lésion de l'organe olfactif dWcrvr, etc.; mais la lésion de

l'OUÏe empêche de parler : on esl muet des qu'en nail sourd, quoiqu'on puisse être muet sans être sourd. Cet effet, particulier a ces deux organes, prouve mieux que de longe raisonnements que la

parole ne peut venir que par transmission. Le sauvage de 1 Aseyron, actuellement à l'aris, n'est ni imbécile, ni sourd, ni muet; mais tell ■ esl l'extrême difficulté de parler, quand on n'a pas appris a le

l'aire des ses premières années, que cet enfant, âgé de quatorze à

quinte ans. entouré depuis deux ans de leçona continuelles, et ise avec des hommes qui lui parlent, ne peut faire entendre

de parole, quoiqu'il entende celle des autres, et que lui-même articule /"'/, mais par exclamation seulement cl en signe de joie, a la vue du mets qu il aime le plus; car il n'attache a ce mot aucune

signification. Or, je le demande, qu'on suppose, avec Condillac, une troupe d'êtres pareils, et qu'on les mette ensemble pour inventer un verbe et les autres parties d'oraison, et en faire des phrases. La parole, venue par le commerce des êtres parlants, se conserve par le même moyen, et on lit dans ïHisloire des voyages que Selkirck, Écossais, avait oublié sa langue et même perdu la faculté de parler, pour avoir passé cinq ans tout seul dans l'île de Juan Fernandès. M. Pinel, médecin de l'hospice de Bicêtre,dansun ouvrage sur l'aliénation mentale, rempli d'observations profondes et de vues utiles, a remarqué que Yidiotisme ôte à l'homme la parole, et le conduit au mutisme : et une preuve frappante de la correspondance nécessaire de la pensée et de la parole, c'est que l'homme qui n'a reçu aucune parole ni orale ni de geste soit un idiot, et que lorsqu'il est idiot, il perde la parole qu'il avait reçue; également dégradé de l'humanité, soit qu'il ignore l'art de parler, soit que la faculté de penser lui manque.

(a) Il n'est pas d'absurdités que les philosophes modernes n'aient dévorées, plutôt que de supposer l'homme sorti primitivement des mains du Créateur, formé dans son corps d'éléments terrestres, puis son corps se résout en terre, animé d'un esprit non égal, mais semblable à l'esprit divin, puisque son esprit pense l'esprit divin. Mais comment et par quels moyens cette création s'est-elle opérée, demande l'imagination? Là s'arrête la pensée, car l'homme a plus d'idées que d'images, puisque l'idée est générale, et que les images sont locales et particulières. Ainsi l'idée conçoit généralement le temps et l'espace ; l'imagination compte une à une l'heure, et mesure le corps.

(b) Dieu, venu du latin Deus, du grec Theos, se retrouve dans le Thaut égyptien et le Theutatcs gaulois, comme le Jchova hébreu se trouve dans le Jou grec, dont on a fait Joupaler ou Jupiter, qui fait aux cas suivants Jovis, Jovi, Jovem. La remarque est de Leibnitz, car il faut rendre à chacun ce qui lui appartient. Ce grand homme attache beaucoup d'importance à ces antiques étymologies, et les regarde comme les dépositaires des premières vérités.

Éternel serait-il l'adjectif formé du mot être, comme temporel l'est de temps, annuel d'an, etc. ? Car être, étymologiquement si différent de Yesse latin, semble présenter dans sa dernière syllabe ire, qui est la même chose que ter, l'expression des trois temps de la durée qui composent l'éternité, œviternus ou œternus.

« Dieu est possible , dit Descartes : donc il est; car s'il n'était » pas, il ne serait pas possible qu'il fût, » puisque nul autre être ne pourrait réaliser cette possibilité, et le faire être. Il faut, pour ruiner celte preuve, soutenir que Dieu est impossible, et c'est ce qu'on n'a pas essayé. Condillac n'a pas compris cette preuve de

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