‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 66 sur 164 · M1 RE VIII · texte numérisé non relu

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en abondance, ornées de toute la pompe et de toute* les grâces du ! dans le Génie du christianisme. La vérité dans les

ouvrages de raisonnement, est un roi a la tête le son armée au jour du combat : dans 1rs ouvrages d'imagination, elle est comme une reine au jour de sou couronnement, au milieu de la pompe des fêtes, de l'éclat de sa cour, des acclamations des peuples, des rations et îles parfums, entourée de tout ce qu'il y a de magnifique et de gracieux.

(a) Voyez ee que j'ai dit sur le mot nature dans le discours préliminaire, et à la fin de l'ouvrage, la note sur la nature, que je n'ai pu insérer ici à cause de sa longueur.

(6) Les sectes qui, dans ces derniers temps, ont méconnu l'autorit ■ de l'ordre sacerdotal, vrai ministère de la religion publique, attribuent, comme au temps des patriarches, le sacerdoce au père de famille ; ce qui est le caractère essentiel de la religion domestique ou naturelle. Elles donnent ainsi une religion domestique pour base a un état public de société. Il est sensible qu'il y a dans cette disposition discordance ou défaut d'harmonie, et de là sont venus les troubles qui ont agité tous les États où ces opinions ont pénétré. Les hommes se persuadent que ces troubles viennent du zèle religieux, de l'ambition ou de l'intérêt, et que, s'il n'y avait ni enthousiastes, ni orgueilleux, ni hommes avides de domination ou de richesses, cet ordre de choses pourrait s'affermir, ils se trompent de ne pas voir que les passions des hommes sont indestructibles, et que le vice de tout ordre de choses purement humain est de ne pouvoir les réprimer. Les lois faibles ou vicieuses, celles qui ne supposent pas les passions, ne s'auraient s'affermir, même quand tous les hommes le désireraient, semblables a des m ides que la seule intention de tous les hommes ensemble ne pourrait faire tenir sur la pointe.

On peut remarquer que ces mêmes sectes, qui veulent ramener le mondi . comme dit saint Paul , et retourner à la

religion naturelle, repassent en rétrogradant par le judaïsme, et en prennent l'esprit dur, craintif et intéressé. Elles adoptent de renée pour prénoms des noms hébreux, et eu général elles s'occupent beaucoup de l'état futur des Juifs dans leurs croyances C'est à cet esprit qu'il faut attribuer la contradiction qu'on a pu remarquer, dans notre révolution, entre le mal effroyable que la philosophie moderne dit. des Juifs, et I !Urs dont ils

ont blés par nos législateurs.

(c) Toutes les expressions de l'Évangile présentent ce sens :

partout c'est la loi primitive que le grand législateur vient, mm

n're, mai» accomplir; partout c'est Dieu, c'est son lils, c'est sa

religion qui doivent être jlorifiés, manifestés, rendus publics,

annoncés sur les toits, etc. : Pater, clarifica Filium tunm, ut Filius clarifieel te ; manifeslavi nomen sunm hominibus , etc. ; partout la doctrine de l'Évangile est présentée sous des idées d'universalité^de généralité, et non de localité et de temporalité. « Bientôt, dit » Jésus-Christ, on n'adorera plusnisurcette montagne ni à Jérusa- )> lem... Allez par tout l'univers, dit-il à ses Apôtres... enseignez » toutes les nations, etc. » La religion chrétienne doit avoir pour lieu l'espace, pour temps la durée, pour disciples la société.

(d) Dans la liturgie de la religion chrétienne, le sacrifice qui fait la base du culte est appelé action par excellence, actio.

(e) Voyez sur la littérature des anciens et des modernes, une note rejetée à la fin de de l'ouvrage à cause de sa longueur.

(/) Ce qu'on appelait jadis en France l'ennoblissement n'était pour une famille que le passage de la condition privée à l'état public, puisque la famille renonçait à exercer des professions domestiques, arts ou métiers, pour se dévouer exclusivement à la profession publique de juger et de combattre.

(g) Je parle ici des divers états de société publique, tels qu'ils ont existé ou qu'ils existent encore dans l'univers. Les familles patriarcales étaient en état purement domestique, et professaient la religion naturelle dans toute sa pureté. Ce passage nécessaire de l'état domestique de société à l'état public est marqué chez tous les peuples par l'agitation et le désordre. La société n'est plus dans la famille, et l'État n'est pas encore formé. C'est la fièvre des passions qui consume l'homme dans le dangereux passage de l'enfance à la virilité. Cette époque, que les Hébreux passèrent dans le désert sous la conduite de Moïse, fut remplie par des murmures, des révoltes et un penchant extrême à l'idolâtrie. Dieu lui-même leur eu fait des reproches : « Quarante ans, dit-il, j'ai » marché dans le désert avec cette génération indocile là où leurs » pères m'ont tenté, et j'ai dit : Leur cœur s'égare sans cesse... » Quadraginta annù proximus fui gcnerationi huic, et dixi : Semper hi errant corde, in dcserto, ubi tentavemnt me patres vestri.

(h) L'histoire de toutes les sciences n'est que l'histoire de leurs progrès. Le christianisme, qui a donné la pleine et parfaite connaissance des personnes sociales et de leurs rapports, n'est lui-même, depuis la publication du livre qui contient le germe de toutes les vérités morales ou sociales, jusqu'aux actes de ses dernières assemblées, et aux écrits de ses derniers docteurs, qu'un long développement de la vérité, semblable, dit son fondateur, au grain qui mûrit ou à la pâte qui fermente. C'est là recueil où l'orgueil et l'ignorance des novateurs ont fait un si triste naufrage. Faute d'avoir connu ce développement nécessaire, ils ont taxé d'inventions modernes des institutions moins aperçues dans les premiers temps, et plus publiques dans le nôtre. Ainsi les athées ont regardé comme

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d'antiques inventions les dogn es de L'existencl de Dien et de l'immortalité de l'Ame, des peines el des récompenses de l'autre vie, parce qu'ils m' les voient pas aussi distinctement marqués dans les livres saints au temps de la religion patriarcale, que sous le christianisme el dans les ouvrages desàinl Augustin et de Leibnitz. vérités fondamentales, publiées depuis sur les toits, étaient, sous le règne de la religion patriarcale , conservées dans la famille : même sous le christianisme, la vérité a en ses progrès et son développement. Ses premiers docteurs connaissaient toutes les vérités que nous connaissons; mais ils ne connaissaient de ces vérités que ce qui était nécessaire au temps où ils vivaient, et nous connaissons de plus ce qui est devenu nécessaire au nôtre. Les vérités dogmatiques sont plus et non pas mieux expliquées dans le concile de Trente que dans les premiers conciles, et Bossuet lui-même dit en parlant des premiers Pères de l'Eglise : « Ils se » sont etoiiu, s pourquoi parmi tant d'hérésies, le Saint-Esprit n'avait » marqué que celle-là, et ils ont rendu des raisons telles qu'Ut » font pu en leur temps. » llist. des Variai.)

[ii Cette réflexion est applicable à l'état présent de l'Europe. Les désordres effroyables qu'il y a eu en France, produit inévitable des erreurs monstrueuses de la philosophie moderne , sont à la porte de tous les États. L'Europe, avee ses principes sur la souveraineté, son goût exclusif pour le commerce et l'argent, la prééminence donnée aux sciences physiques sur les sciences morales, et aux plaisirs sur les devoirs, et surtout la haine qui se manifeste de tous côtés contre la religion chrétienne que l'on bannit, ou peu s'en tant, de l'éducation; l'Europe, pour un observateur attentif, est dans un état (outre nature, où elle ne saurait rester. Elle en sortira, et s'il le faut, par des malheurs. Leibnitz, après avoir annonce, au commencement du siècle dernier , la révolution qui en menaçait la lin, dit : a Tout à la lin <fc>ii tourner pour le mieux. » Pensée profondément vraie, parce que le bien est la fin des êtres.

Voltaire a ridiculisé Cet optimisme qu'il n'a pas compris, parce (ju'il a applique à l'homme ce qu'il ne faut attendre que de la société. Cette doctrine se trouve tout entière dans ces paroles de l'Évangile : // est nécessaire nue le scandale arrive; ce qui veut dire que les révolutions , qui sont les grands scandales de la société, ramènent au bien, car il n'y a que le bien de nécessaire. Dans une révolution, les hommes, fatigués de marcher, voudraient s'arrêter au moins mal qu'ils prennent pour le bien , et qu'ils regardent comme un lieu de repos; marche, leur crie la nature, q u i ne tient pas compte de leurs fatigues, et qui n'a place le repos qu'au terme, a la perfection.

(k) On peut remarquer un grand étalage d'affections domestiques

dans toutes les seeles et ehe/. tOU8 les peuples qui peuvent ramener la religion domestique dans la société publique, et en même

temps une grande indifférence pour les devoirs publics. Chez ces peuples, la profession du commerce est plus honorée que celle des armes, et même que celle du magistrat.

(/) Il n'y a tout à la fois rien de plus aisé à établir par le raisonnement, que la nécessité de la révélation, rien de plus impossible à se figurer pour l'imagination, que les moyens de la révélation; car comment imaginer , ou se figurer les moyens de la première transmission de la parole, lorsque nous ne pouvons nous-mêmes rien comprendre aux moyens par lesquels notre parole, transmise à l'enfant, réveille ou fait naître dans son esprit des pensées correspondantes à nos pensées P Et cette faculté prodigieuse de la mémoire, ce dépôt immense de mots et de faits , est-il plus aisé à comprendre pour ceux qui ne veulent croire que ce qu'ils comprennent? Quant à la nécessité de la révélation, elle est évidente pour la raison.

L'homme ne peut se faire lui-même, donc il a été fait, donc il a reçu l'être d'un être plus puissant que lui.

L'homme ne peut s'instruire lui-même; je veux dire inventer ses pensées et les paroles qui les expriment; donc il a été instruit et a reçu la parole d'un être plus sage que lui.

Or, cet être puissant n'a pu le créer que pour le conserver, cet être sage n'a pu l'instruire que pour le perfectionner; donc il lui a appris des paroles de vérité et de raison , etc. Voilà la révélation et sa nécessité. Elle roule sur un fait que la raison démontre, et que l'expérience confirme, savoir, que l'homme est toujours passif dans son instruction première comme il l'a été dans la production de son corps, qu'il est enseigné et produit. Ainsi, comme l'homme le plus fort et le plus adroit est celui qui développe le mieux les organes qu'il a reçus avec la vie, le plus grand génie est celui qui tire le plus de conséquences des premières instructions qu'il a reçues. Quant au fait de la transmission nécessaire de la parole, moyen de toute instruction, il peut être physiquement ou plutôt physiologiquement démontré que l'homme a besoin de parole , même pour penser; ce qui exclut même la possibilité de l'invention de la parole.

(m) Hérésie veut dire opinion particulière et locale; vérité, une opinion générale ou naturelle. Cicéron les distingue très-bien, lorsqu'il dit: Opinionum commenta dclet dies , nalurœ judicia confirmât ; le temps fait disparaître les vaines erreurs des opinions humaines, et confirme les jugements de la nature.

(n) Ainsi, dans les arts, le ètèréotypage a été plus facile à découvrir que l'imprimerie, et l'invention du baromètre a suivi naturellement la découverte de la pesanteur de l'air. Ce sont des conséquences qui suivent du principe avec plus ou moins de facilité.

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NOTES Dl' CHAPITRE IX.

(a\ Les personnes qui s'étonneraientdu nom masculin de minière donné a la femme, peuvent remarquer que nous avons appelé ministre dans îa société, l'être par lequel le pouvoir reproduit et serve les êtres, ce qui convient entièrement à la femme Aussi elle est appeler aide dans la Genèse, expression synonyme de celle de m>i,isi,<\ et peut-être est-ce ce que les livres sainis ont voulu

, ces paroles du même chapitre: h Celle-ci (la femme) s'ap- » pellera d'un nom qui marque l'homme. » M. de Sâcy dit qt nom, tiré de »tr, ne peut se rendre en français, et qu'il est l'équivalent de celui de virago, et effectivement en hébreu, ai», homme; femme, sont comme vir et vira, si on pouvait le dire.

(b) Les mots iwtt, l«nti<j. fcfaf, etc., qui expriment, dans les langues <lu Nord, la personne du chef de l'État, sont des dérivés dtl verbe konnen , qui signifie pouvoir. Ich kanii, je peux. La remarque est de Leibnitz.

(c) On voit la raison pour laquelle la civilité, qui n'est que l'application de la civilisation aux relations domestiques, ne permet pas de dire trop souvent jV, parce que c'est affecter une sorte de supériorité sur les autres que de les forcer à s'entretenir ainsi de

: de dire tu en public et hors de sa famille, parce que c'est un terme de familiarité qu'on emploie à l'égard de sa femme, de ses enfants, de ses domestiques, de ceux qui dépendent de vous; de dire il en parlant d'une personne présente, parce que c'est une expression de hauteur, et même de mépris. Les pouvoirs des Liais modernes, dont la constitution est faite pour reunir tous les hommes, disent nout dans les actes publics, pour exprimer cette réunion de tous les hommes de l'État dans un seul. Auguste disail ego, et si Cicéron dit quelquefois nostra djgnitas, c'est qu'il se irde comme membre d'un corps, dépositaire collectif de i'auto-

rité. Le roi d'Espagne est peut-être le seul roi de l'Europe qui

dise : Moi le roi; mais aussi le pouvoir y vise à l'arbitraire, et

' contenu par aucune institution politique. S'il n'y avait plus

de religion en Espagne, il y aurait moins d'obstacle au despotisme

qu'en Turquie, et alors le dogme de la souveraineté du peuple y ferait nécessairement éruption. Ainsi, s'il y a plus de religion en Espagne qu'ailleurs, c'est que le pouvoir y a plus besoin qu'ailleurs de ce frein, et la nation de ce recours.

Les hommes entre eux se parlent plus au pluriel, a mesure qu'ils se rapprochent desconditions élevées, et qui participent en quelque

cln.se de l'autorité publique, par leur âge, leurs emplois, ou leur

considération. Ce sont cependant les langues de peuples appelés barbaret par les Grecs et les Romains, qui ont introduit dans le commerce des hommes ces expressions si nobles, si décentes, si

expressives des vrais rapports des hommes. Nous leur devons encore ces locutions sublimes d'amour des autres, et de préférence à donner au prochain sur soi-même : lui et moi, loi et moi, vous et moi, eux et nous, etc. Galba dit à Pison en plein sénat, ego ac tu liodiè simplicissimè inler nos loquimur , etc. etc. Les langues païennes sont l'expression de peuples égoïstes; nos langues sont l'expression de peuples charitables et humains. On ne saurait assez le dire, avant le christianisme, la société était dans Tétat d'enfance corrompue,, l'état du je et du tu; et remarquez que nous y sommes retombés en France, lorsque le christianisme y a cessé , et que le tutoiement y est devenu usuel. Ce sont encore des langues barbares qui ont appelé service, servir, toute fonction publique; et l'Évangile a introduit cette locution dans la société , lorsqu'il a dit : « Que celui d'entre vous qui veut être le plus grand soit le » serviteur des autres. »

Non-seulement on retrouve dans les personnes de la société la raison des appellations personnelles, mais on retrouve dans la constitution de la société la raison de la constitution du discours, ou de sa construction , appelée aussi syntaxe. Dans la construction analogue, le régissant de la phrase ou le nominatif, qui en régit toutes les parties; le régime, appelé aussi attribut, qui est régi par le nominatif; le verbe, mot-lien ou copule, qui sert à fixer le rapport du régissant au régime, et à lier l'un à l'autre, moyen aussi entre deux extrêmes, sont placés dans la phrase analogue (au mode actif), comme les êtres le sont en eux-mêmes et dans la société, l'un à la tête, l'autre au dernier rang, le troisième entre eux. Dieu a créé l'homme et réglé la société, je commande à Pierre qu'il m'apporte ce livre, tous les mots sont placés dans ces phrases, comme tout ce qu'ils expriment est placé au dehors et en réalité. Dans cette phrase, rhomme aime Dieu, l'homme est mis avant Dieu, parce que l'homme est actif, et que Dieu est considéré sous un rapport passif, puisqu'on peut la tourner ainsi : Dieu est aimé de l'homme. Cet ordre de construction est éminemment celui deslangues française, hébraïque, tartare, des langues de tous les peuples qui obéissentàdes lois naturelles, domestiques, religieuses ou politiques, et chez lesquelles les personnes sociales sont dans leurs vrais rapports. La construction au contraire est transpositive là où les peuples, comme chez les païens, ont vécu ou vivent encore dans un état de société contraire à la nature, et où les personnes sociales ne sont pas assez distinguées les unes des autres, ou sont dans une mobilité continuelle, et n'ont pas plus de place fixe dans la société, que les mots n'en ont dans la phrase. Le caractère dominant des langues païennes est donc la transposition, et celui des langues chrétiennes l'analogie. Mais entre les langues chrétiennes, il y en a de plus ou de moins analogues, selon que les peuples sont plus ou moins constitués. En général, la langue allemande et ses dialectes sont beaucoup plus transpositifs que les langues du Midi, et l'on peut en remarquer la

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