CHAPITRE
raison dans la constitution polycratique ou populaire de cette société, vraie démocratie de princes, de villes, de nobles, donnés, etc.; là seulement est la véritable raison d'une domination qu'une langue exerce sur les autres. L'empire d'Allemagne gouvernerait toute l'Europe, que la langue germanique ne sciait parlée qu'en Allemagne. La langue espagnole s'est répandue dans un temps où elle était plus fixée que la langue française, car une langue vivante n'est jamais fixe tant qu'elle est transpositive, et il en est de même de l'État tant qu'il n'est pas constitué. Alors la langue française employait beaucoup d'inversions, et peut-être cette ressemblance avec les langues anciennes la rendait-elle plus propre a en saisir dans la traduction le génie et le caractère. Serait-ce la raison du plaisir que tait encore le vieux AmyotP La langue française s'est ii\i -e : plus analogue que l'espagnole, eiïe a étendu et affermi en Europe sa domination; mais en s'éloignaut du génie des langues anciennes, elle est devenue plus originale et moins imitative , et de là vient peut-être que la littérature française est plus riche en excellents ouvrages originaux, qu'en bonnes traductions d'ouvrages anciens. Ainsi la langue française ne doit sa domination en Europe qu'au naturel de sa construction; elle parle comme on doit penser, elle exprime ce qui doit être. Des causes accidentelles peuvent donner à d'autres langues une vogue passagère : la langue française régnera éternellement, parce qu'elle est naturelle, et qu'elle ne peut périr , même quand le peuple qui la parle périrait lui- même; car les langues écrites survivent aux peuples qui les parlent, pour attester aux siècles futurs ce qu'ils ont été. 11 est plus important qu'on ne pense de maintenir la domination de la langue française, et pour cela il serait temps de l'aire, dans un dictionnaire, l'inventaire raisonné de ses richesses, dont nous n'avons encore que des nomenclatures. La langue française n'est pas la plus abondante, mais elle est la plus riche des langues. L'abondance consiste dans le nombre des mots, la richesse dans la facilité de tout exprimer; et la langue allemande, si surchargée de mots, manque des plus nécessaires pour exprimer les idées morales, lue langue est un instrument de commerce comme les métaux monnayés; or la perfection d'un instrument ne consiste pas (!.:tis son volume, mais dans son rapport juste a son objet. C un peu d'or qui a plus de valeur que beaucoup de cuivre.
(rf) One preuve bien sensible de la similitude de toutes les sociétés, religieuse , domestique et politique, c'est que Dieu est appelé indistinctement rot et père des hommes , que le ch&f de
l'Étal est appelé j>hc de son peuple, et même il est dit aux rois
dans l'Écriture, par cwi>h<isc : « Vous êtes les dieux de la terre. » En bébreu, ai> veut dire père, roi, maître , auteur, docteur. Le nom de maître est commun a tous les pouvoirs, et lu'. m semble affecter la supériorité même de l'âge réservée au pouvoir domestique, lorsqu'il s'appelle l'ancien des jours. Enfin tout pouvoir dans
21 i NOTFS DU LIVRE T,
rÈcriture est appelé une paternité, comme la paternité est appelée un pouvoir.
Le mot enfant se dit des fidèles et des sujets, comme des fils par naissance. Il semble même que les mots fils, fidèles féaux, qui autrefois désignaient les sujets ou fidèles, aient une racine commune; car ils ont les mêmes caractéristiques f, l, s. On sait que Ye et Yi se mettent l'un pour l'autre.
Enfin l'Église enseignante, ou l'ordre du sacerdoce, ministère public de la religion, est appelée la mère des chrétiens, qui les conçoit et les enfante à la vie de la grâce : dans la constitution ancienne de la France, l'ordre chargé du ministère politique était regardé comme uni au chef par une sorte de mariage indissoluble, dont l'anneau d'or que portaient les membres était le symbole. On doit même remarquer, pour ne rien laisser à dire sur cette parité entre toutes les personnes des diverses sociétés, qu'en général tout ce qui sert à produire ou à conserver, qui ministrat, se met, dans la langue française , au féminin : religion , église , royauté , noblesse, justice, magistrature, armée, force, famille, maternité, société, loi, etc.
(e) Le pouvoir est de Dieu, ou comme ministre de bonté, s'il est naturellement constitué, ou comme instrument de justice, s'il ne l'est pas; car les vertus ou les vices d'un chef de nation font bien le bonheur ou le malheur d'une génération, mais la constitution, bonne ou mauvaise, du pouvoir, fait le sort heureux ou funeste de la société.
(f) Jésus-Christ représente l'humanité tout entière , et la religion chrétienne nous enseigne cette vérité de mille manières. In me unum sint. « Ce n'est qu'avec un profond étonnement, dit la » Théorie du Pouvoir , que je réfléchis au sens caché de ce mot » simple et sublime que le gouverneur romain, ignorant également » ce qu'il fait et ce qu'il dit, adresse au peuple égaré en lui mon- » trant Jésus : Voilà l'homme. Mes regards se fixent sur cet homme. » Ses mains sont chargées de liens; il a pour sceptre un roseau, » pour couronne un tissu d'épines; un manteau de pourpre cache » des plaies douloureuses : voilà rhomme, me dis-je à moi-même, » et tous les hommes! voilà l'humanité! Roi de l'univers, l'homme » n'est pas maître de lui-même; sa royauté a la fragilité du roseau, » et la piqûre déchirante de l'épine , l'extérieur imposant de la » dignité humaine , l'orgueil de la domination, l'éclat de la gloire, » cachent de honteuses faiblesses ou de cruelles infirmités... Oui, » voilà V homme l »
(g) Le règne de Jésus-Christ n'est autre chose que la propagation du christianisme, dont les lois doivent, tôt ou tard, régler les lois de tous les États et de toutes les familles , et qui même actuellement en règlent la plus grande et la meilleure partie. Ce règne, entendu par des chrétiens fanatiques dans un sens physique et