‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 69 sur 164 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

» comme le langage, par une progression lente el insensible, elle » a été bien des siècles avant que de nattre : mais elle est née tout • à coup, et comme la lumière, Une fois conçu, cet art dut être » forint' en même temps. » Le philosophe ;i raison , et cela même prouve que l'homme, condamné à inventer lentement, n'a pas plus invente l'écriture que la parole. En un mot, deux arts, l'art de parler et l'art d'écrire, sans lesquels la société ne saurait naître et se perfectionner, ne peuvent pas avoir été laissés à l'invention contingente de l'homme; car, si l'homme les a inventés de lui-même, il pouvait ne pas les inventer; la société pouvait donc ne pas exister : or la société est nécessaire; donc , etc. Ce raisonnement peut s'appliquei' au petit nombre des arts nécessaires, à prendre ce mot dans une acception rigoureuse. Aussi les anciens attribuaient-ils aux dieux l'invention de l'art de l'agriculture, et celui qu'elle suppose nécessairement , l'art de fondre les métaux; car, quoiqu'un peuple naissant puisse vivre de chasse et de pêche, un peuple avancé ne saurait subsister sans agriculture : de même un peuple ne saurait à la longue se passer de lois écrites, quoiqu'il ait vécu dans son enfance avec des lois orales ou des coutumes. L'imprimerie est devenue nécessaire à l'état des hommes et aux progrès de la société : on peut en dire autant de la boussole, mais l'une et l'autre ne sont que des conséquences aisées à déduire , Tune de l'art d'écrire, l'autre de la propriété connue de l'aimant.

(/") Les peuples les plus célèbres de l'antiquité, et les hommes les plus savants chez les païens, ont vécu dans une ignorance déplorable , non de l'existence d'une loi, mais des dispositions de la loi naturelle, dont une tradition obscure avait conservé parmi eux un souvenir défiguré par des applications vicieuses. Ainsi ils avaient retenu le dogme de l'existence de la Divinité , et ils en avaient fait l'idolâtrie; le dogme du sacrifice, et ils en avaient fait l'homicide ; le dogme du pouvoir paternel, et ils en avaient l'ait le despotisme, et le droit su!' la \ie même de ses entants; le domine du pouvoir politique, et ils en avaient fait l'esclavage ; la défense de l'adultère, et ils eu avaient tait le divorce, etc., etc. or, cette expérience est décisive . parce qu'elle a été faite sur les peuples les plus éclairés de l'antiquité païenne, et qu'elle ne peut plus être répétée, aujourd'hui que la religion chrétienne ayant éclairé de proche en proche tous les peuples toute connaissance pleine et entière' de la loi primitive ne peut désormais venir que d'elle, et que toutes les nations,] assises

dans Vombrt de lu mort . ne peuvent pins marcher qu'à sa lumière.

Et remarquez l'étonnante justesse de < es expressions des livres saints: les nations barbares sonl amm, et les nations civilisées marchent, î.a paresse et l'indolence sont le caractère dominant des peuples

Sauvages, l'activité soutenue celui des peuples civilisés. Késunions-

nous : la révélation de la loi est naturelle à l'homme qui ne peut connaître la vérité que par la parole, et elle est nécessaire a la

société qui ne peut se civiliser que par la connaissance de la loi.

Les Juifs ont eu des lois dures , des États chrétiens ont eu des lois imparfaites ; mais ni les uns ni les autres n'ont eu de lois contre nature , impies, atroces, abominables comme les Grecs et les Romains, et encore comme les Chinois et les Japonais. L'esclavage toléré dans les colonies chrétiennes ne ressemble que de nom à l'esclavage pratiqué chez les païens. Là , l'esclave était hors de la loi commune à tous les citoyens , hors de la société par conséquent , et il ne trouvait pas dans le pouvoir public d'asile contre l'oppression du pouvoir domestique auquel il était soumis. Ici , l'esclave fait moins que chez les anciens partie de la famille; mais il est beaucoup plus sujet de l'État, puisqu'il est protégé dans sa personne et dans ses propriétés par les mêmes lois qui protègent les citoyens.

(g) « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai tiré de la maison de » servitude. » Les Hébreux avaient été tirés de la servitude sous laquelle ils vivaient en Egypte; mais tout peuple qui se civilise est aussi tiré de la maison de servitude , c'est-à-dire de l'état domestique , état faible et précaire des sociétés naissantes, pour passer à la liberté, à la dignité, à la force, à l'état public et fixe d'un peuple civilisé. Ainsi tout peuple qui déchoit de la civilisation en perdant la connaissance des lois de l'ordre naturel des sociétés religieuses ou politiques, retombe dans la servitude de ses passions, et quelquefois sous la domination de ses voisins. Ainsi la Pologne déchue de la fixité du pouvoir, loi fondamentale de la société , a vécu dans le trouble, et fini, comme l'empire romain, par le démembrement. Ainsi les sociétés religieuses écartées de la loi fondamentale de l'unité , après avoir vécu dans la dispute et la guerre , se partagent en diverses opinions, et finissent par disparaître.

11 y a aujourd'hui si peu d'instruction religieuse , qu'il doit être permis de remarquer que la religion chrétienne ne contredit pas la loi mosaïque, quoiqu'elle permette des représentations matérielles de la Divinité , parce que la loi mosaïque défendait de les adorer et de les servir , et que le christianisme fait la même défense. La loi des Juifs multipliait les freins pour retenir un peuple-enfant entouré d'idolâtres, et toujours enclin à demander qu'on lui fît des dieux qui marchassent devant lui. Le législateur prenait des précautions contre la contagion de l'idolâtrie, comme on en prend , dans nos gouvernements modernes , contre la contagion de la peste.

{h) La religion chrétienne, loi de grâce et de liberté , développe d'une manière moins servile l'obligation du repos hebdomadaire. Elle défend de travailler pour soi, ou le travail domestique; mais elle ordonne ou permet l'action pour le général ou le service public (car l'homme travaille pour la famille et agit pour l'État) , dans les fonctions rel'gieuses, et même , s'il le faut, dans les fonctions politiques déjuger et de combattre. Cependant elle permet tout travail domestique nécessaire à la subsistance de lhomme, et quelquefois

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