CHAPITRE r
même à la conservation de ses biens. La religion juive faisait vaquer les mains, la religion chrétienne veut occuper le cœur. Les Juifs,
retombés dans la servitude religieuse et politique , ont ajouté le ridicule rigorisme des observances pbansaïques a la rigueur de la loi ; mais nos administrations soi-disant chrétiennes s'en écartent trop Bouvenl sans nécessité, il vam mieux, disent quelques hommes peu éclairés, que l'homme travaille que de s'enivrer, à peu près comme on dit en Angleterre , pour excuser l'imperfection des lois contre le vol, qu'il vaut mieux que l'on vole que d'assassiner. L'administration n'existe que pour empêcher tous les désordres, et les plus grands et ceux qui le sont moins. On ne s'enivre pas en Espagne , et après tout, s'il faut choisir,, un peuple d'ivrognes vaut m. eux qu'un peuple d'athées. Des administrations faibles, inhabiles tuverner les hommes, veulent les distraire, et ne l'ont que les corrompre.
(i) L'existence d'une loi primitive, donnée par Dieu même, n'a pas été inconnue aux philosophes même païens. Les familles, en se séparant, avaient emporté leur part de l'héritage paternel, dont elles ont retenu -quelque chose dans l'état du peuple. « Il est, » dit Cicéron dans ce beau passage que Lactance nous a conservé du Traité sur les lois , « il est une loi véritable qui est le rapport vrai » des êtres, loi conforme à la nature , partout répandue et partout » la même, éternelle, immuable, qui nous porte au bien par ses
» injonctions, qui nous détourne du mal par ses prohibitions
» Il n'est permis ni de la changer pour une meilleure, ni de l'abroger » en entier, ni même d'y déroger en la moindre chose... Ni le sénat, » ni le peuple n'ont le pouvoir de nous délier des obligations
» qu'elle nous impose L'auteur, le promulgaleur , l'interprète
» de cette loi est Dieu même, maître universel et souverain du genre » humain. »
Est quidem ma 1er , ratio recta% naturœ congruens , diffusa in omnêij constata, eempitema, ques vocet ad offîciumjubeno]o, rvtando a fraude deterreat. Buic legi née abrogari/as est, neque derogari ex hoc aHquidlic i neque iota abrogari potest.... Nec verô aut per senaaui per poputumeolvi kâc lege potsumus.... Unusque est coini magUter et vmperalor omnium Deus Me, Uyis hujus invent or, diiceplatoi , (afor, etc.
Mais Cicéron, qui a des idées si relevées de la loi divine , n'en avait pis mi h- texte; il l'a croiyait, comme nos philosophes, écrite seulement au fond des cœurs, et ne soupçonnait pas que ce qu'il en savait n'était venu jusqu'à lui que par cette tradition orale qui a précède l'écriture Chez tous les peuples, et qui défigurée à la longue par la négligence des hommes , le malheur des temps, les variations <\u lai la dispersion des familles , a produit les
lois absurdes des Grecs et des Romains, cou s celle de la Chine
et du Japon; car i! l';i!it une loi à l'homme, puisqu'il lui faut une société. La mi la loi vraie sera oubliée, il naitra nécessairement des
lois fausses et contre nature. Ainsi, si la loi religieuse et politique qui consacre l'enfant à Dieu par le baptême , venait à être abolie, on verrait naître, même en Europe, l'horrible coutume de l'infanticide, et déjà nous avons vu porter atteinte à la loi qui le punit comme un homicide , et des juges ont distingué l'enfant de l'homme dans la protection que la loi doit à tous. Qu'on y prenne garde, les lois humaines sont faites pour les hommes égaux, les lois chrétiennes pour les hommes semblables, et elles protègent la femme, l'enfant, l'indigent, le simple, partout le faible contre le fort.
(k) La souveraineté est en Dieu , ou elle est dans l'homme, point de milieu. Les croyances des Juifs et des chrétiens placent la souveraineté en Dieu ; et parce que l'homme ne sait rien en morale qu'il ne l'ait entendu par les oreilles ou par les yeux, c'est-à-dire qu'il ne l'ait appris par la parole orale ou écrite, elles lui montrent cette loi divine reçue avec la parole , alors comme aujourd'hui conservée de génération en génération par une tradition orale, que les pères transmettaient et qu'ils transmettent encore aux enfants, et plus tard fixée par l'écriture, lorsqu'elle commençait à s'effacer parmi les hommes et à être remplacée par les erreurs grossières qui régnent encore chez quelques peuples. Certes , ce sont là des voies naturelles, puisqu'elles sont encore les seuls moyens qui nous soient connus, par lesquels les hommes se transmettent les, uns aux autres leurs connaissances , et assurément il est naturel de penser que l'être qui a formé l'homme n'a pas laissé les moyens de le conserver au hasard de ses inventions. Et comment le genre humain eût-il été jusqu'à la seconde génération , si la première n'eût eu tous les moyens nécessaires de conservation , entre lesquels l'art de la parole, qui donne la connaissance de la règle, est le premier? « Car l'homme , dit la souveraine raison, ne vit pas seulement de » pain , mais de toute parole qui vient de Dieu. » Ce qui veut dire que les lois sont aussi nécessaires que les aliments pour perpétuer le genre humain. Or , la raison repousse toute connaissance de la loi qui serait innée, comme l'est le besoin de manger et de boire; car si la connaissance de la loi était ainsi innée ou gravée au fond des cœurs , nous saurions tous la loi, comme nous savons manger et boire ; et loin qu'il fallût nous faire violence pour l'observer, ce ne serait qu'avec de grands efforts sur nous-mêmes que nous pourrions l'enfreindre, comme ce n'est qu'en nous faisant violence que nous nous abstenons de toute nourriture. Une autre preuve que la connaissance de la loi est acquise comme toute autre, est que nous l'exprimons chacun dans la langue qui nous a été enseignée. Des philosophes qui, en théorie, ne nient pas la Divinité, ne croient pas nécessaire son intervention dans la société, et attribuent la souveraineté à l'homme pris collectivement, ou au peuple. Mais ont-ils réfléchi aux conséquences do ces principes? Si le peuple est souverain légitime, toutes les lois faites par le peuple ou au nom du peuple sont bonnes, et la loi de l'infanticide, que porte ou que