LIVRE r, CHAPITRE i. 1 I î
deux pensées principales auxquelles tontes ses pensées se rapportent, pensée aux corps , pensée aux esprits. L'homme a deux signes de ses sensations , joie on tristesse , parce qu'il na que deux sensations principales auxquelles toutes ses sensations s.- rapportent, sensasioû de plaisir, sensation de peine, et deux sentiments auxquels tous ses sentiments se rapportent, amour et haine. Ici la différence est sensible entre les signes et les expressions. Le rire et les larmes, signes de mes sensations de plaisir ou de peine, ne produisent pas sur ceux qui en sont témoins la même peine on le même plaisir que j'éprouve ; mais mon geste OU ma parole, expression de ma pensée, «'veillent en eux la même pensée qui m'occupe ; ils n'ont pas senti ma joie ou ma douleur, mais ils pensent ma pensée. Si je conviens avec quelqu'un que je lui ferai signe que j'ai rencontré telle personne', en portant la main à mon chapeau , ce mouvement est un signe de ma pensée, qui suppose une parole qui a précédé et se confond avec elle ; c'est une sorte d'écriture en chiffres, dont celui à qui je parle a la clef. En un mot, je désigne mes affections , y exprime mes pensées ; et telle est la différence des signes des affections aux expressions des pen- . qu'une expression juste ne peut rendre qu'une pensée, au lieu qu'un signe dénote des affections quelquefois opposées, comme les larmes, signe de douleur, qui désignent aussi l'excès de la joie.
Cette distinction entre les expressions et les signes n'a pas été /.observée par l'idéologie moderne.
Si l'homme ne connaît les êtres que par ses pensées, s'il ne connaît ses pensées que par leur expression , il ne connaît donc les êtres matériels que par les images qui les figurent à son esprit, comme il ne les fait connaître aux autres que par les images sous lesquelles il les leur ligure : il ne connaît les êtres intellectuels que par les paroles qui les nomment a sa propre
pensée, et il m- tes t'ait connaître aux autres que par les paroles qu'il leur (ht ; et si une image rend présent OU représente un objet matériel, une parole rend présent aussi ou représente un être intellectuel.
Donc tout être matériel qui ne peut pas être figuré ne peut pas être connu : il n'est pas dans les pensées de l'homme , il
n'est pas : donc toul être intellectuel qui ne peut pas être nommé
n'est pas dans les pensées de l'homme, il n'est pas. Il faut nier ce principe, ou se résoudre à admettre une longue série de conséquences.
Donc tout être matériel qui est ou peut être figuré, existe ou peut exister. Donc tout être intellectuel qui est ou peut être nommé, est ou peut être, et Ton peut défier tous les philosophes de Punivers de figurer ou de nommer un être impossible ; car comment ce qui n'est ni ne peut être pourrait-il être représenté ou rendu présent par le nom ou par la figure ?
Donc toutes les pensées de Phomme sont vraies ou représentatives de Pêtre.
Mais avec des pensées vraies, Phomme porte des jugements faux, et suppose entre les êtres des relations qui ne sont pas ou qui ne peuvent pas être ; et comme il a deux sortes de pensées; il tombe dans deux sortes de jugements faux, Pun d'imagination qu'on appelle fiction , l'autre d'idée qu'on appelle erreur.
J'ai l'image d'une femme, d'un poisson, de chants, de rochers; ces pensées sont vraies et représentatives de ce qui existe. Je forme un jugement de toutes ces pensées , et j'imagine une femme-poisson qui habite des écueils où elle attire les navigateurs par ses chants ; je forme un jugement d'imagination qui est faux, parce que cet être appelé sirène n'existe pas : ce jugement s'appelle fiction.
J'ai l'idée de sagesse , de force , de préférence ; ces pensées sont vraies ou représentatives de ce qui est. J'en forme un jugement, et je pense ou je dis que la force est préférable à la sagesse : ce jugement est faux, parce qu'une force qui l'emporte sur la sagesse n'est plus force , mais faiblesse ; ce jugement s'appelle une erreur.
Il y a cette différence entre les faux jugements de l'imagination et les faux jugements de l'intelligence , entre la fiction