‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 77 sur 164 · IVOTES DU LIVRE II , CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

IVOTES DU LIVRE II , CHAPITRE XIX

impunis ailleurs, que la France ne peut pas se permettre, et elle n'est pas dans le monde une société sans conséquence. Si Dieu est le pouvoir suprême de la chrétienté, la France est son premier ministre : elle a été le grand moyen de la civilisation en Europe, et elle peut encore y rétablir les vraies maximes. On a toujours devant les yeux quelques entreprises surannées de la cour de Rome, et Ton ne sait pas que les progrès , la force , la civilisation , l'existence même des États de l'Europe est due à l'intervention perpétuelle de la cour de Rome, et même à ses écarts , et qu'elle a été la mère qui a allaité , élevé et souvent corrigé ses enfants a demi sauvages. Quand on écrira l'histoire avec cette pensée, au lieu de se traîner sur les pas de nos historiens soi-disant philosophes, qui se sont traînés eux-mêmes sur les pas de Wiclef et de Luther, et qui ont rappelé, exagéré ^commenté jusqu'au dégoût les vices de quelques papes (I) , on sera étonné des nouveaux points de vue qui s'ouvriront en histoire et en politique. On est confondu , lorsqu'on pense aux livres qu'il faut refaire, surtout en histoire, et même en histoire de France, où nous n'avons presque que Daniel, et Hénault qui rend au P. Daniel la justice qu'on a refusée à la robe du Jésuite. L'Europe depuis longtemps fait fausse route, et malheur aux gouvernements que la révolution n'aura pas remis dans le bon chemin ! Il est vrai que tout le mal fait depuis un siècle ne peut pas être réparé dans dix ans , comme il y a des maux faits dans l'espace de dix ans qui ne peuvent pas être réparés dans un siècle : mais quand le pouvoir commence bien , le temps achève ; car le temps est le premier ministre de tout pouvoir qui veut le bien.

Tous lesgouvernementsanciensdonnaient ou laissaient donner des biens à la religion. Les gouvernements modernes tendent tous à la dépouiller de toute propriété , et à la réduire à l'état précaire et avilissant de mercenaire. De grands désordres, dont le premier sera l'asservissement de la religion et l'avilissement de la morale, seront la suite de ces théories où les gouvernements sacrifient toutaux systèmes de quelques beaux esprits , et à l'avidité de quelques courtisans. La religion est un rempart que les gouvernements en Europe cherchent à abattre, parce qu'il borne l'envie qu'ils ont de s'étendre. Quand ils l'auront renversé , ils seront tout étonnés de trouver au delà l'abîme sans fond de la souveraineté populaire qu'il leur cachait. Ils voudront le relever; il ne sera plus temps. Hélas! serait-ce des peuples qu'il faudrait entendre cette parole terrible de saint Paul, qu'on ne peut à la lettre entendre de l'homme : « Il est impossible, une fois qu'on a » goûté le don céleste de la vérité, et qu'on l'a rejeté, d'y revenir ; » et un peuple chrétien une fois corrompu le serait-il sans retour !»

(I) Loibnitz, tout luthérien qu'il est, avance qu'aucun trône n'a été occupé par un plus grand nombre il'hoinines éminemment vertueux. s;i\ants et polis, que le initie papal.

SUU

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