SUR SON EXPRESSION
A HAI'l'OKll.K Al CHAPITRE PREMIER DU LIVRE pr.KMll.fi.
La dissertation suivante, nécessaire pour l'intelligence des prend» t.s ( hapitres de la première partie de cet ouvrage , ne pouva\t; à cause de sa longueur, entrer dans le texte, ni même l'accompagner; on a préféré delà rejeter à la fin de l'ouvrage, comme une pièce justificative des propositions qui y sont avancées.
J'espère pendre sensibles au Lecteur des vérités, ce semble, puremenl intellectuelles, et le faire convenir qu'ainsi que la thèorH des principes de la société devienl évidente par une. application continuelle aux faits extérieure el sensibles de la société, de même la théorie des principes de L'être intelligent reçoit un haut degré de certitude des faits extérieurs et sensibles
de l'être lui-même, faits qui sont ['expression naturelle de ses pensi
Qans ces deux théories, celle de l'être el celle de ses rapports en société, consiste tonte la métaphysique. Elle est donc ime science de réalités, el si certains auteurs qui onl traité de L'être sont vagues et obscurs^ et si certains écrivains qui onl traite de ses rapports SOn.1 Taux el dangereux, c'est que les premiers ont voulu expliquer l'être pensanl par L'être pensant, an lien de l'expliquer par l'être parlant, qui est son expression et spftimqge, puisque la parole n'esl que la pensée rendue extérieure, et, que les autres <>m voulu expliquer la société par des hypothèses de leur imagination, au lieu d'en chercher les principes dans les faits historiques qui rendent la société extérieure et sensible; car les événements de la société expriment la nature bonne ou
mauvaise de ses lois, comme les actions de l'homme expriment la nature bonne ou mauvaise de sa volonté.
Cette dissertation, tout abrégée qu'elle est, est donc aux principes de l'homme ce que l'ouvrage qui la précède est aux principes de la société, et peut-être de bons esprits y puiserontils quelques idées salutaires, propres à rattacher à un centre commun les opinions flottantes dans les chaos des contradictions et le vague des incertitudes. Ainsi, après une défaite qui a dispersé les combattants , le soldat se rallie autour du premier drapeau qui lui indique un moyen de défense, en lui annonçant un commencement d'ordre et de disposition.
L'homme parle de ce qu'il imagine, qui fait image, qui est l'objet de ses sensations, et qui tombe sous ses sens; il parle de ce qu'il idée (1), qui ne fait pas image, et qui ne tombe pas sous ses sens, y imagine ou y image (car c'est le même mot) ma maison; y idée, je conçois, je connais ma volonté; y imagine l'effet, ] idée la cause.
Le mot penser, pensée, convient à la fois à l'opération intellectuelle d'imaginer et à celle d'idéer, puisqu'il exprime l'attention que l'esprit donne aux images et aux idées pour en combiner les rapports.
Si l'homme qui pense ne peut avoir pour objet de sa pensée que des images ou des idées, l'homme qui parle ne peut exprimer que des images ou des idées : c'est ce qui compose le discours, véritable expression de l'être intelligent, c'est-à-dire de l'homme qui imagine et qui idée.
Si je faisais un traité sur l'entendement humain, je distinguerais les images qui viennent des différentes sensations, ou même les sensations qui ne produisent point d'images au moins figurables, telles que les sensations du goût, de V odorat et du tact, sens de l'homme animal et physique, si on les compare aux sensations figurables de l'ouïe et de la vue , sens de l'homme moral et social : mais cette distinction n'est ici d'aucune utilité.
Je prononce ville, arbre; je reçois par le sens de l'ouïe la sensation d'un son; j'imagine ou ] image un objet, et cette
(1) Le mot idéer me parait prêté rai île à ceux de comprendre et de concevoir., parce qu'exprimant une connaissance moins parfaite, il rend avec plus de vérité les opérations de l'intelligence humaine ou finie.