‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 80 sur 164 · QUI SE RAPPORTE A LA PAGE 197 DU PRÉSENT OUVRAGE · texte numérisé non relu

QUI SE RAPPORTE A LA PAGE 197 DU PRÉSENT OUVRAGE

La nature d'un être est ce qui le constitue ce qu'il est; c'est la loi particulière de son existence ou de son être.

La nature des êtres est ce qui les conserve tels qu'ils sont; c'est l'ensemble des lois générales de leur conservation, lois qui ne sont autre chose que les rapports qui naissent de leur manière d'être particulière.

La nature suppose donc les êtres existants, et elle est l'effet, et non la cause de leur existence. Ces lois, particulières ou générales, sont bonnes ou constitutives, et conservatrices des êtres; car si elles n'étaient pas bonnes, les êtres ne seraient pas.

La nature , qui est la même chose que ces lois , est donc bonne. Nature des êtres, ou leur bonté absolue, leur perfection, sont donc synonymes.

Des êtres placés dans un état contraire à leur nature ne peuvent exister dans cet état , puisqu'ils vont contre la loi de leur existence. Venons à l'application.

Le chêne commence dans le gland, l'homme dans l'enfant. Il est égal de s'arrêter à ce point, ou de remonter jusqu'à la graine qui produit le gland, jusqu'à l'embryon où l'enfant est renfermé.

Le gland, l'enfant, voilà l'état natif; le chêne parvenu à sa maturité , l'homme fait, voilà l'état naturel : et comme tout être tend également à se placer dans son état naturel, et ne peut subsister, s'il n'y parvient, le gland périt, s'il ne devient chêne, et l'enfant, s'il ne devient homme.

État natif, état naturel, distinction essentielle, fondamentale, que Hobbes, que J.-J. Rousseau, que tant d'autres ont méconnue; de là leurs méprises et nos malheurs.

L'état natif, ou l'état originel est donc pour un être un état de faiblesse et d'imperfection; l'état naturel ou la nature est un

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état de développement, d'accomplissement, de perfection. Un oprit exercé a méditer entrevoit dans le lointain de hautes conséquence* renfermées dans ce principe. «Certains philosophes, dit Leibnitz, ont pensé que L'état naturel d'une chose

est celui (jni ii le moins d'art ; ils ne font pas attention que la perfection comporte toujours l'art avec elle. »

Cette pensée d'un des plus grands esprits qui aient paru parmi les hommes, est, si Ton \ prend garde, une opinion universellement reçue. Ne dit-on pas qu'il n'y a rien de si difficile à atteindre que le naturel?^ tout le faux, le guindé, Y innaturel se présente comni3 de lui-même, et semble inné dans l'homme; ce n'est qu'a forée d'art, d'étude et dYflbrts SUT lui-même qu'il devient naturel dans ses manières, naturel dans ses discours, naturel dans ses productions, bon, en un mot, dans tout son être.

Le judicieux Quintilien, après avoir distingué l'état natif et brut de l'état perfectionné, cite les animaux qui naissent sauvages et que l'éducation apprivoise, et conclut par ces paroles remarquables : Verum id est maxime naturale, quod natura fieri optimè patitur : ce qui veut dire que l'état le plus naturel de l'être est son état le plus perfectionné.

Appliquons ces principes à la société. L'état sauvage de société est ii l'état civilise ce que l'enfance est à l'état d'homme fait. L'état sauvage est l'étal natif: donc il est faible et imparfait ; il se détruit ou se civilise. L'état civilisé est l'état développe, accompli, parfait: il est l'état naturel : donc il est l'état fixe, l'étal fort , j'entends de cette force propre et intrinsèque qui conserve ou qui rétablit, gui détruit même pour perfee* tiotmer. Ici les faits parlent plus haut que les raisonnements, et l'on n'a qu'à comparer les peuplades sauvages aux sociétés européennes.

J.-J. Rousseau, le romancû r de l'étal sauvage, le détracteur

de l'état civilise, qui considère l'homme et jamais la société , l'individu H jamais le général, J.-J. Rousseau s'extasie sur la force de corps du sauvage et sur ses vertus hospitalières; il invective «outre noire mollesse et notre egoïsine. Mais ces hommes si forts (qui ne le sont pas plus que nous) forment les plus faibles de tous les peuples.; ces hommes si hospitalier^ sont les plus féroces dea guerriers : ils accueillent l'étranger, et

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