PAR V AUTEUR
A RAPPORTER A LA PAGE 208, NOTE (e) DU PRÉSENT OUVRAGE (1).
La longue querelle entre les anciens et les modernes sur le mérite de leurs productions littéraires, n7a jamais offert de résultat satisfaisant, parce qu'on s'est obstiné à porter des jugements formels, au lieu de procéder par arbitrage et de chercher des compensations. Avant de comparer la littérature ancienne et la littérature moderne , il eût fallu peut-être examiner si une comparaison entre elles était possible, si notre apologue était l'apologue des anciens, notre tragédie la tragédie des anciens, notre épopée l'épopée des anciens, notre société enfin la société des anciens, car la littérature est l'expression de la société, comme la parole est l'expression de l'homme. C'est sur ce sujet, qui n'a peut-être pas été considéré dans ses principes, que nous allons hasarder quelques réflexions, bien moins pour le traiter que pour l'indiquer.
La manière dont le poëte fait agir et parler les personnages de son poëme, ou les êtres qu'il personnifie, s'appelle les mœurs. Dans ce sens, il y a les mœurs des animaux, les mœurs des plantes , les mœurs des hommes , les mœurs même des dieux, si le poëte les met en scène. Il y a les mœurs de l'âge et les mœurs du sexe. Ces mœurs sont bonnes, si elles expriment l'état naturel de l'individu considéré sous tel ou tel rapport ; elles sont mauvaises, si elles expriment un autre état que cet
(1) Voyez sur le même sujet une lettre fort curieuse de Boileau à Perrault. Boileau donne la préférence aux modernes, et il est bon d'ajouter à sa lettre, 1° qu'il n'avait pas vu le premier des lyriques modernes, J.-B. Rousseau; 2° que nos grands auteurs, que Le Tasse et Milton n'étaient pas, les uns appréciés, les autres connus de son temps, comme ils le sont du nôtre ; 3° que Boileau ne fait pas entrer La Fontaine dans la comparaison, quoique dans la même lettre il le nomme pour le placer à la suite de Voiture et de Sarrazin. Les écrivains du siècle de Louis XIV ne pouvaient pas faire la comparaison de la littérature moderne avec l'ancienne, puisqu'euxmèmes étaient les fondateurs et les créateurs de cette littérature moderne, et nous les connaissons mieux qu'ils ne se connaissaient eux-mêmes.