‹ Leglise et L'EtatChapitre 19 sur 67 · N* 8. L'ULTRAMONTANISME VAINQUEUR · texte numérisé non relu

N* 8. L'ULTRAMONTANISME VAINQUEUR

Gallicans et ultramontains s’accordent à dire que l’ullramonlanisme l’emporte dans l’Église de France. Bordas-Dcmoulin, un des rares gallicans qui sont restés fidèles à la doctrine de Bossuet, dit que « l’ultramontanisme ou jésuitisme est à présent maître de l’Église : du pape au desservant, le clergé est jésuite » M. Ce que les gallicans déplorent,, est pour les ultramontains un sujet de triomphe. Écoutons le plus hardi de tous, M. V caillot : « Les idées gallicanes sont .vaincues dans le sein du clergé où était leur force, et n’existent plus que comme une prétention impuissante du pouvoir temporel » (*). La victoire des doctrines ultramontaines était dans la nature des choses, mais nous doutons fort que le clergé ait à s’en applaudir. Nous croyons au contraire que le retour même à l’ultramontanisme

(1) Borclas-Demoulin, La reforme catholique, p. 181.

(2) Vcuillot, Mélanges, T. IV, p. 10.

LA RÉACTION ULTRAMONTAINE

ost une marque de faiblesse. Sous l’ancien régime , l’église gallicane s’appuyait sur l’État, dont à son tour elle était considérée comme un appui. Ce lien intime du trône et de l’autel fut brisé par l'a révolution; l’État devint hostile à l’Église, parfois même à la religion. Les catholiques furent donc obligés de se rallier autour du saint-siège; ils devinrent ultramontains, comme bien des gens se font catholiques, par intérêt. Ce n’est pas le seul dissentiment qui ait cessé dans l’Église : l’opposition souvent violente du clergé séculier et du clergé régulier, les querelles des ordres entre eux ont fait place à une union qui parait parfaite. Les catholiques célèbrent cette harmonie comme une preuve éclatante du triomphe des idées religieuses; à notre avis, c’est un signe pvident de décadence. Tant que le catholicisme fut puissant et vivace , il supportait les dissensions et même les schismes qui n’allaient pas jusqu’à une rupture ouverte; aujourd’hui il succomberait sous ces divisions; il lui faut réunir toutes ses forces, rassembler tous scs soldats, non pour vaincre, mais pour résister à l’ennemi. L’Église se croit triomphante, tandis qu’elle est plus près de sa chute qu’elle ne l’a jamais été. Son seul élément de force, l’union avec Rome, est en même temps un germe de faiblesse; en effet, elle conduit à une lutte dans laquelle l’Église succombera certainement, et elle entraînera peut-être le catholicisme dans sa ruine. Nous l’avons dit, et nous ne cesserons de le répéter, parce que la religion nous tient à cœur, bien que la doctrine ultramontaine nous soit odieuse: l’ultramontanisme est l’ennemi-né de l’État. 11 en résulte que la lutte entre la société civile et une Église imbue de l’esprit romain, est nécessaire, fatale, et elle a lieu sur un terrain on ne peut plus désavantageux pour l’Église. Les peuples, émancipés de la longue tutelle que Rome a exercée sur eux, ne sont pas disposés à rentrer sous le joug : que si on leur prêche sans cesse qu’il n’y a pas de catholicisme sans une sou-

LA PUISSANCE DU PAPE

mission absolue à l'Église, et si l’Église entrave à chaque pas leur libre action, ils répudieront une religion qui est inalliable avec leurs besoins et leurs idées, plutôt que d’abdiquer leur souveraineté et leur indépendance^).

Nous allons exposer les tendances, les idées et les exigences du mouvement ultramontain. Les écrits qui en France, en Allemagne et en Italie prennent la défense des prétentions romaines, sont innombrables; il faut faire un choix : nous choisirons naturellement les noms qui ont le plus d’autorité, et les ouvrages qui ont le plus d’influence ou qui nous touchent de plus près. Nous aurions pu être plus bref, car il y a une fatigaute uniformité dans ces apologies d’une doctrine qui est toujours la même et qui ne peut pas changer, parce que son ambition est d être immuable. Mais il importe de faire connaître l’ennemi qui mine les fondements des sociétés modernes. Il y a des hommes trop confiants qui doutent encore du danger : c’est pour les convaincre que nous accumulons les témoignages.

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