II. Monseigneur Caume
Qui ne croirait que les catholiques doivent finir par comprendre que le temps est passé où les papes excommuniaient et déposaient les rois? Mais la puissance des faits, quclqu’immense qu’elle soit, n’a aucune valeur en présence d’un pouvoir divin. Le droit de la papauté sur le spirituel, et partant sur le temporel, est un droit divin; il est immuable, éternel; il n’y a pas de fait qui puisse le détruire ni le modifier : « Les idées des peuples et des rois peuvent changer, dit Msr Gaume; les nations peuvent choisir de nouvelles formes gouvernementales, mais le droit ne change pas: le droit immuable, c’est celui du pape d’excommunier et de déposer les rois ». Msr Gaume ne nie pas, n’attaque pas la puissance civile; Dieu l’en garde. II admet que les rois sont les chefs temporels de la société, mais les papes sont les chefs spirituels; or, la matière n’est-ellc pas subordonnée à l’esprit? Les rois sont donc subordonnés à l’Église. «C’est, dit-il, en vertu d’une autorité inhérente à leur charge que les souverains pontifes exercent leur suprême magistrature »W.
Voilà un langage plus franc, plus décidé qui celui du père Bianchi. L'ouvrage dans lequel ces théories sont exposées, est intitulé : la Révolution. Nous avons été témoins d’une révolution plus terrible que toutes celles qui l’ont précédée. Tant que les insurrections populaires ne frappaient que les princes, et n’en- Irainaientqu’yn changement dans les formes politiques, les riches et les grands en prenaient facilement leur parti ; mais en 48, les doctrines socialistes et communistes menacèrent leur fortune, leur bien-être ; alors ils s’émurent , et, sous l’influence de la peur, il se fit de singulières conversions : la frayeur ramena dans le sein du catholicisme des fidèles qui venaient y chercher
(I) Monseigneur Caume, La révolution, livraison, p. 44 et 48.
LA RÉACTION ULTRAMONTAINE
une garantie pour leurs écus. A la honte de l’Église, il faut dire qu’elle a toujours favorisé ces conversions intéressées, s’il est permis d’accoler ces deux mots ensemble. Écoutons l’évêque de Liège : « N’y eùt-il pas conviction entière dans les classes élevées, I’intérèt devrait les rapprocher de la religion, et les déterminer à donner l’exemple du respect pour ses loisnW. Et les défenseurs de l’Église se plaignent quand les hommes de bonne foi se révoltent contre l’hypocrisie cléricale! Jésus-Christ avait chassé les vendeurs du temple : au dix-neuvième siècle, les évêques achètent les croyances par la peur et par la cupidité! Les papes adressent le mémo langage aux rois et aux peuples. Voici ce que Pie IX dit aux princes : « Il ne peut pas échapper à leur sagesse que la cause première des maux dont nous sommes accablés n’est autre que le mal fait à la religion et à l’Égl ise. Il voient que le mépris croissant de l’autorité des sacrés pontifes, que les violations chaque jour plus multipliées et impunies des préceptes divins et ecclésiastiques ont diminué dans une proportion analogue le respectdu peuple pour la puissance civile, et ouvert aux ennemis de la tranquillité publique une voie plus large aux révoltes et aux séductions. Ils voient encore que le spectacle souvent renouvelé des biens de l’Église envahis, partagés, vendus publiquement, quoiqu’ils lui appartiennent en vertu d’un droit légitime de propriété, et que l’affaiblissement, au sein des peuples, du sentiment de respect pour les propriétés consacrées par une destination religieuse, ont eu pour effet de rendre un grand nombre d’hommes plus accessibles aux assertions audacieuses du socialisme et du communisme, enseignant qu’on peut de même s’emparer des autres propriétés et les partager » (2).
(1) Van Bommel, évéquo de Liège, Exposé des Trais principes en matière d'instruction, III« partie, p. 477.
(2) Encyclique du 8 décembre 1849 (Journal historique et littéraire, T. XVI, p. 478).
LA PUISSANCE DU PAPE