III. M. Veuillot
Voici le type de l’ultramontanisme hautain et insolent, tranchant au nom de son droit divin les questions politiques et historiques avec l’aplomb que donne l’ignorance, s’attaquant aux
(I) Monseigneur Gaume, La révolution , livraison, p. SI, s., 76, ss.
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plus légitimes renommées, à tout ce que les hommes révèrent, démolissant tout avec une puissance d’invective qui n’a d’égale que la pauvreté du raisonnement et la falsification constante de la pensée de ses adversaires; injuriant et calomniant au nom de la charité évangélique , comme ces brigands romains , qui vont à communion avant do voler et d’assassiner. Cependant nous aimons ce pamphlétaire de l’Église, nous le préférons infiniment à ces néocatholiques qui ont toujours la liberté à la bouche, sauf à l’immoler au pied du trône pontifical, qui se disent les descendants des croisés tout ensemble et les défenseurs des droits populaires, partisans des institutions constitutionnelles et apologistes des coups d’État, exaltant les garanties politiques en Angleterre et les proscrivant dans les états du pape. Nous préférons à ces parleurs de liberté , qui voudraient ramener les peuples sous le joug de l’Église en les trompant, l’écrivain âpre et franc qui dit tout haut ce qu’il pense, et ne recule devant aucune conséquence de l’ultramonlanisme : avec lui, l’on voit du moins où l’on va, et s’il prêche la doctrine ultramontaine, l’on sait ce qu’il veut, et l’on peut se mettre en garde.
M. V euillot dit ouvertement « qu’il admet les doctrines romaines, sans aucune espece de mystère; il a la conviction absolue que le successeur de saint Pierre est le vicaire de Jésus- Christ, que sa parole est infaillible, que ses décrets sont irréformables, et qu’il a dans l’Église et dans le monde tous les droits qu’il s’attribue » M. L’on sait quelles sont ces prétentions; M. Feuillot ne dissimule rien, il approuve tout : « Le pape, chef et père de la société chrétienne qu’il doit guider dans les voies de la yérité, intervient, lorsqu’il le juge nécessaire, par ses avertissements , par ses réprimandes, par ses censures pour ramener les peuples et les gouvernements qui
(1) Veuiliol, Mélanges, T. I, p. M6.
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s’égarent ». Que si l’on demande au hardi pamphlétaire d’où le pape tient ce droit d’intervention, il répond sans hésiter, de l’Écriture, comme si cela s’y trouvait écrit en toutes lettres de la main de Dieu. Voilà l'argument théologique. Préférez-vous la philosophie : M. V euillot vous dira «qu’il est impossible de concevoir que Dieu ait créé les hommes, sans leur donner une loi et sans instituer un interprète suprême et souverain de cette loi » (D. Cependant l’écrivain français a trop de bon sens pour soutenir que le pape a encore au dix-neuvième siècle l’influence qu’il avait au moyen-âge; mais qu’importe un fait de quelques années, quand il s’agit d’une puissance « qui dure encore après dix-huit siècles de combats »? La papauté n’est pas une institution humaine; c’est le Christ, le Fils de Dieu qui l’a établie. Or, si le pouvoir spirituel du pape est toujours le même , son pouvoir temporel doit aussi être le même : « Parce qu’il n’est plus visible, on aurait tort d’en conclure, qu’il n’existe plus. La justice divine n’a pas besoin d’appariteurs en uniforme. D’ailleurs avons-nous lu la dernière page de l’histoire humaine? » En vain dit-on que la puissanc^tcmporelle des papes n’a pour elle que l’ignorance du moycn-àge. L’idée que dans l’immense famille des nations catholiques, il faut un juge, un gardien suprême de tous les droits et de toutes les lois, n’est pas un préjugé. Ce que l’humanité a voulu, elle peut le vouloir encore. Les peuples et les rois finiront par se convaincre « que leurs droits réciproques ne sont pas mieux gardés, ni leurs différends plus vite et plus équitablement conclus, depuis tant de siècles où la force seule en décide » (*).
Ce dernier passage est tiré d’un petit volume intitulé : De quelques erreurs sur la papauté, par L. V euillot, rédacteur en chef de l’Univers. Le titre est la satire.du livre : au lieu de
(t) Veuille t, Mélanges, T. I, p. 550.
(2) Veuillot, De quelques erreurs sur la papauté, p. 75-77.
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réfuter les prétendues erreurs de lecole libérale sur la papauté, l’auteur avance des faits qui n’ont d’existence que dans l’imagination des catholiques. Est-ce illusion? est-ce ignorance? est-ce tromperie? Une chose est certaine, c’est que les théories des ultramontains sur la papauté du moyen-âge sont le contrepied absolu de la vérité. A les entendre, l’on dirait que les Grégoire et les Innocent étaient des juges de paix, devant lesquels les princes et les peuples comparaissaient en conciliation, et dont ils acceptaient la décision, comme si elle émanait de Dieu, sans qu’il y eût aucun recours aux armes : c’est seulement dans les temps modernes, depuis l’avénement de la philosophie, que la force règne; Il est impossible d’imaginer une falsification de l’histoire plus énorme. Les princes n’ont à aucune époque reconnu la suprématie temporelle des papes; quand ils ont plié devant eux, c’est sous l’empire de la violence. Jamais le droit du plus fort n’a dominé d’une manière aussi brutale que dans les siècles où la papauté a été la plus puissante; il n’y a que cette différence, qui est toute à l’avantage des temffe modernes , c’est qu’au moyen-âge les passions religieuses envenimaient les luttes. Rien de plus horrible que la guerre du sacerdoce et de l’empire sous Henri IV : tous les liens sociaux étaient rompus, au nom de la religion. Sous les Hohenstaufen , l’on vit les papes eux-mèmes, ces prétendus défenseurs de la justice, provoquer au brigandage, en livrant les possessions de leurs ennemis au premier occupant (*). Voilà comment les vicaires de Dieu ont été les gardiens du droit!
Revenons à notre journaliste ultramontain. On nous objectera sans doute que nous attachons trop d’importance à ses théories, on nous citera des hommes considérables qui répudient les doctrines de Y Univers. U est vrai que dans le sein de ce catholicisme , qui se vante tant de son unité , l’on se déchire à belles
(I) Voyez le tome VI de mes Etudes historiques sur la papauté et l'empire.
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dénis, l’on se dispute et l’ot se combat à outrance, et cela sur des points essentiels : le tout est de savoir lequel des deux partis est le vrai organe de Home , car tous les deux se disent ultramontains. Or, Rome a parlé ; dès lors pour tout catholique la cause doit être décidée. L’archevêque de Paris condamna l 'Univers, en lui reprochant, entre autres choses, de faire la guerre la plus irritante au pouvoir civil l1) : c’était lui reprocher en termes clairs son ultramontanisme. Cette interprétation ne vient pas de nous. Un secrétaire du pape nous apprend « qu’à Rome on estimait beaucoup Y Univers et qu’on lui faisait un mérite particulier, d’avoir toujours mis la doctrine catholique au-dessus de tout, d’avoir donné la préférence aux ordonnances et aux statuts de l’église romaine au-dessus de tous les autres ». Il n’en est pas de même en France, ajoute M?r Fiaramonti : « il s’y trouve des personnes qui font grand cas de certains principes, usages et coutumes bien connus » (2). Ce langage diplomatique, traduit en français, veut dire que l’opposition entre Y Univers et l’archevêque de Paris portait sur les opinions ultramontaines et gallicanes. M. V euillot en appela au saint-siège ; il déclara a que la parole du souverain pontife serait sa loi , convaincu qu’il était que Dieu parlerait par la bouche de celui qn’il a institué pour régir son Église à jamais » . Que répondit le pape? Il donna force louanges à Y Univers, a qui avait pris en main la cause de la vérité et la défense des statuts et décrets du siège apostolique » . Quant aux évêques de France, le saint- père leur adressa une lettre encyclique, où il leur recommande à chaque ligne le respect de l’autorité pontificale : « Dans toute l’ardeur de votre vigilance, ne négligez jamais rien, ni en actions, ni en paroles, afin de redoubler de
(1) Mandement de l'archevêque de Paris, du 34 août 1830 [Journal historique, T. XVII, p. 275-382).
(2) Voyez le texte de la lettre dans le Journal historique, T. XX, p. 62.
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plus en plus l’amour et la vénération des fidèles pour ce saintsiège, cl afin qu’ils reçoivent %t qu’ils accomplissent avec la plus parfaite obéissance tout ce que ce saint-siège enseigne, établit et décrète » 0).
On le voit, la lutte qui s’était engagée entre une fraction de l’épiscopat français et un journal catholique portail bien sur l’ultramontanisme , dont ce journal prenait la défense avec une violence de langage qui effrayait les hommes sensés. Le pape se prononça pour M. V cuillot. Nous savons donc de quel côté sont les sympathies du saint-siège , quand il y a débat entre un parti modéré et un parti extrême : la cour de Rome trouve qu’on ne peut pas mettre trop de passion à exalter la puissance du souverain pontife. Mais le tout n’est pas d’obtenir l’approbation du pape; comment faire goûter les doctrines ultramontaines à une nation qui n’est guère disposée à sacrifier sa souveraineté et son indépendance aux pieds d’un prêtre? Le socialisme fut une bonne fortune pour les ultramontains. Nous avons entendu le pape invoquer ces folles théories pour prouver aux princes que l’intérêt de leur conservation exigeait impérieusement le rétablissement de l’autorité antique de l’Église; et nous verrons que ces avertissements portèrent fruit. La peur du communisme est le grand argument de M. Feuillot, c’est son arme la plus dangereuse. Si la peur a fait abdiquer la liberté à une nation qui venait de faire une révolution au nom de la liberté , pourquoi ne consentirait-elle pas à reconnaître l’autorité souveraine du pape, en supposant que cette soumission garantisse l’ordre et la propriété? M. Feuillot ne se lasse donc pas d’écrire que « la société périt pour avoir méprisé, puis oublié les enseignements divins. En s’affranchissant de la loi de Dieu , elle a brisé tous les liens sociaux, elle a rompu avec l’ordre; tous ses maux et tous ses dangers viennent de là.
il) Veuillot, Mélanges, T. I, p. 502, 50V. — Journal historique, T. XX, p. 71.
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Il y a encore dans son sein des chrétiens pour lui crier et lui prouver qu’il n’y a point de force qui puisse remplacer cette sève divine qui circulait jadis en elle et qu’elle a tarie » . La papauté est même aujourd’hui le seul lien , le seul appui qui soutient le monde. « Sans le pape, s’écrie M. Veuillot, le monde croule! Sans le catholicisme, non-seulement la société succombe , mais la notion même d’un ordre social quelconque est perdue »! Il faut donc se hâter de revenir à la domination pontificale, c’est-à-dire déserter les sentiments et les idées qui inspirent les peuples depuis la réforme, que dis-je? depuis la révolution communale; c’est ce que les ultramontains appellent la civilisation, philosophique, et celte civilisation, d’après eux, « contient le mal sans mélange de bien, tandis que la civilisation catholique contient le bien sans mélange de mal » (l).
Ramener les sociétés modernes au douzième siècle, au moyenâge, cet âge d’or de la civilisation catholique, voilà donc l’idéal des ultramontains ! Et la réalisation de cet idéal rétablirait l’ordre et l’harmonie! Admirons l’aveuglement des hommes du passé, admirons leur ignorance. Ils exaltent un état social qu’ils ne connaissent point, un état social que l’humanité a repoussé, dès le moyen-âge; et qu’elle n’a cessé de maudire. L’idéal consiste dans la domination de l’Église; or, depuis le douzième siècle, il ne s’est pas accompli un événement considérable qui n’ait eu pour effet de démolir cette domination; il n’y a pas jusqu’aux victoires de l’Église qui n’aient tourné contre elle, tant il est vrai que le mouvement qui entraine l’humanité est irrésistible. Et le salut de l’humanité demanderait qu’elle revint en arrière, qu’elle répudiât ses instincts, scs besoins, ses idées, ses sentiments, tout ce qui constitue sa vie ! Voilà une folie qui est pour le moins aussi absurde, aussi criminelle même que celle du communisme. Les ultramontains aussi bien que
(1) Veuillot, Mélanges, T. V, p. 448, 307, 404.
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les communistes prétendent faire violence à la société; les uns en lui imposant des croyances et des institutions qu’elle a rejetées , les autres en la lançant dans des aventures dont elle ne veut pas davantage. Ce qu’il y a de plus curieux dans les tentatives des catholiques, c’est leur prétention de rendre la paix aux sociétés, en les faisant reculer par la force jusqu’au douzième siècle! N’est-ce pas semer les révolutions à pleine main, que d’arrêter violemment la marche de l’humanité? N’est-cc pas là la raison pour laquelle la révolution s’est établie en quelque sorte à demeure dans les pays catholiques, voir même dans les états du pape? Le pape devrait donner la paix aux nations, et il ne sait pas la maintenir chez lui ! Le pape devrait prévenir les révolutions, et il ne sait pas les empêcher chez lui! Le pape est le seul élément conservateur dans le monde moderne, et il ne peut pas conserver ce qu’il a! Le pape est appelé à remplacer la force, et il ne règne qu’avec l’appui des bayonnettes étrangères !
IV'. Donoso Cortès.
Toutefois ces folles doctrines trouvent faveur, elles sont accueillies par de belles et nobles intelligences. Un des grands orateurs de l’Espagne constitutionnelle s’est lancé à corps perdu dans rultramontanisme le plus extravagant. On dirait que le gouffre entrouvert en 48 donne le vertige aux hommes chez lesquels domine l’imagination; au lieu de sonder l’abimc, ils se rejettent avec violence en arrrière, condamnant et flétrissant la liberté qu’ils avaient adorée, et exaltant la domination pontificale qu’ils avaient réprouvée. A force d’encenser la papauté, les canonistes du moyen-àgc finirent par la confondre avec la divinité. Donoso Cortès aboutit au même sacrilège : «Le pontife, dit-il, a le souverain pouvoir, et il l’a à la fois de droit divin et de droit humain... Quelle monarchie que celle où le
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le roi est élu, et cependant vénéré, et qui cependant demeure dans l’ordre! où le roi élit les électeurs, qui ensuite éliront le roi ! Comment n’y pas retrouver le profond mystère de l’unité engendrant perpétuellement la pluralité qui elle-même constitue son unité perpétuellement ? Comment ne pas voir que nous sommes hï au confluent universel des choses humaines et des choses divines ? Comment ne pas reconnaître dans cette monarchie si extraordinaire la représentation de Celui qui, s'rai Dieu et vrai homme , est l’unité et la pluralité , la divinité et l’humanité indissolublement unies ? »(*)
C’est avec ce galimatias théologique que l’on veut ramener les peuples aux pieds des successeurs de saint Pierre. Que dirait-on d’un écrivain qui crierait au miracle, en rapportant comment se faisaient jadis les élections des évêques par leurs chapitres? Là aussi l’élu élisait les électeurs : est-ce une raison pour y faire intervenir le Fils de Dieu et la Trinité? Les choses se passaient plus humainement : le futur évêque, comme le futur pape, achetait les voix des électeurs, comme cela se pratique encore aujourd’hui dans nos élections par le parti clérical. Ces tripotages sont déjà assez honteux par eux-mêmes; on n’a pas besoin d’ajouter le sacrilège au scandale, en y mêlant le nom et les mystères de la divinité.
Donoso Cortès emploie le même pathos pour célébrer la sainte Église « immortelle, impeccable, infaillible ». Veuton savoir pourquoi elle est infaillible? « Elle représente la nature humaine sans péché, telle quelle sortit des mains de Dieu, pleine de justice originelle et de grâce sanctifiante : et voilà pourquoi elle est infaillible et à l’abri des atteintes de la mort». C’est sur ce fondement imaginaire que l’orateur espagnol bâtit l’édifice de la puissance ecclésiastique : « Il suit de là, dit-il, que l’Église a seule le droit d’aflirmer et de
(I) Vonoso Cor les, Essai sur le catholicisme (Œuvres, T. lit, p. 61, s.).
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nier, et qu’on ne saurait concevoir le droit d’affirmer ce qu’elle nie, de nier ce qu’elle affirme » 0). Voilà donc l’humanité, pieds et poings liés, dans les fers de l’Église! Et quel est le titre de l’Église à cette monstrueuse domination? C’est qu’elle représente la justice originelle et la grâce sanctifiante de la nature humaine, telle quelle sortit des mains de Dieu. Resterait à prouver cette justice originelle et cette impeccabilité ; mais les ultramontains ne s’abaissent pas à prouver, ils affirment, et tout est dit.
Laissons-là celte théologie phantastique et rentrons dans la " réalité. Comment l’Église a-t-elle usé du pouvoir immense, illimité que les ultramontains lui reconnaissent? Nous voudrions des faits, et l’on nous répond toujours par des fictions: «L’Église n’a foudroyé de ses anathèmes que les hommes impies, que les peuples rebelles, que les rois tyrans. Contre les rois qui aspiraient à convertir l’autorité en tyrannie, elle a défendu la liberté ; contre les peuples qui aspiraient à briser tout pouvoir et à se précipiter dans l’anarchie, elle a défendu l’autorité; et contre les rois et les peuples, contre tous, elle a défendu les droits de Dieu et l’inviolabilité de ses commandements »'(*). En lisant ces énormités, l’on se demande avec stupéfaction, où les catholiques apprennent l’histoire. Est-ce là la science historique que l’on enseigne dans leurs écoles? Ils font plus que travestir les faits, ils les altèrent. Rome n’a foudroyé, djt-on, que les rois impies et les peuples rebelles! Ouvrons les historiens.
Il y a eu au moyen-âge un prince tyran tout ensemble et impie, le plus méprisable des hommes, Jean-sans-Terre : Innocent III, un des grands papes, le combattit, l’excommunia, le déposa; mais dans quel but? Du moment où ce rebut de l’humanité mil sa couronne aux pieds du souverain pontife, Innocent III
(I) Dohoso Cortès, Essai sur le catholicisme (Œuvres, T. III, p. 55).
(S) Ibid., p. 48.
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prit parti pour le tyran contre le droit des peuples qu’il violait; il excommunia les barons qui fondaient la liberté anglaise et la liberté du monde. 11 y a eu au moyen-àge des cités rebelles à l’empereur; la papauté sans doute les a foudroyées! Elle réserva scs foudres pour écraser les princes légitimes , et elle se fit l’alliée des peuples rebelles. Était-ce au moins dans l’intérêt de la liberté, de l’indépendance italienne? La liberté et l’indépendance de l’Italie n’ont pas eu d’ennemi plus dangereux que la papauté. Quelle a donc été son immuable politique? L’ambition de la domination universelle. Voilà les faits, que toutes les falsifications ultramontaines ne parviendront pas à détruire. Faut-il rappeler des événements plus récents? Au seizième siècle, l’Angleterre secoue le joug de Rome : le parlement, organe légal de la nation, appelle au trône la princesse Élisabeth : le pape l’excommunie et la dépose. Les catholiques se révoltent. Que fait le souverain pontife? Il se prononce pour les révoltés, pour mieux dire, il fomente l’insurrection , il se fait complice de conjurations contre l’autorité et contre la vie de la reine. Au commencement du dix-septième siècle, il défend aux catholiques anglais de prêter serment d’obéissance à leur souverain. Pourquoi? Parce que le serment nie le pouvoir temporel de la papauté. En France, les ligueurs sont en insurrection ouverte contre Henri IV ; les catholiques modérés restent fidèles au roi. Que fait le pape? il exalte les révoltés comme les fils chéris du saint-siège. Il faut nous arrêter. Nous devrions écrire toute l’histoire de la papauté, en réponse au rôle imaginaire que lui prêtent les ultramontains.' Pour savoir la vérité, il suffit de prendre le contre-pied de ce qu’ils disent : les papes ont soutenu tantôt les rois contre les peuples, tantôt les peuples contre les rois, selon que l’intérêt de leur ambition l’exigeait.
LA RÉACTION ULTRA MONTAIS K