‹ Leglise et L'EtatChapitre 28 sur 67 · LA PAPAUTÉ ET LA SOUVERAINETÉ CIVILE · texte numérisé non relu

LA PAPAUTÉ ET LA SOUVERAINETÉ CIVILE

Il y a donc lutte, et lutte à mort entre la suprématie de l’Église et l’indépendance du pouvoir civil. En vain parle-t-on de la concorde du sacerdoce et de l’empire, il n’y a pas de conciliation possible entre deux puissances dont chacune veut être souveraine. Nous dirons plus loin que les concordats conclus au milieu du dix-neuvième siècle sont une abdication des attributs essentiels de la souveraineté; et cependant telle est l’insatiable ambition de l’Église, que ces concessions inouïes ne la satisfont pas encore; à chaque ligne on lit des réserves , des plaintes sur les malheurs du temps qui ne permettent pas de réaliser la liberté ecclésiastique dans toute sa plénitude. Ces réserves impliquent le maintien des prétentions les plus exagérées, les plus extravagantes du moyen-âge. Si l’État veut vivre en harmonie avec l’Église, il faut qu’il aille jusque là : mais cela lui est impossible. Dès lors la concorde n’est plus qu’un vain mot : c’est une trêve, ce n’est pas une paix. La trêve a été arrachée au pouvoir civil par la crainte de la révolution : du jour où cette crainte cessera, il sera le premier à secouer le joug, pour ressaisir son indépendance.

Les concordats ne sont qu’une exception dans la lutte entre le sacerdoce et l’empire dont le dix-neuvième siècle est témoin. Quand les nations se sentent fortes, elles résistent aux empiétements de l’Église, elles brisent les chaînes que l’ignorante crédulité du moyen-âge avait forgées. Ici le combat est flagrant : c’est l’État qui veut maintenir ou reconquérir son indépendance : c’est l’Église qui veut ressaisir la domination qu’elle a perdue. Jadis le pape lançait scs foudres contre les princes, parce que les princes seuls luttaient contre les usurpations du saint-siège. Aujourd’hui les nations elles-mêmes sont en cause, soit directement, soit représentées par les rois; or, on n’excommunie pas des peuples entiers. Que fait le pape? Ne pouvant frapper les souverains, il frappe les actes de la souveraineté :

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