‹ Leglise et L'EtatChapitre 40 sur 67 · LE PLACET · texte numérisé non relu

LE PLACET

gères qui commandent à ses sujets, quand ces commandements troublent et égarent les consciences, quand ils soulèvent les citoyens contre l’autorité légitime, quand ils compromettent l’existence ou l’indépendance de la nation ? Nous avons honte de poser la question. Néanmoins il faut y répondre, il faut démasquer le sophisme à l’aide duquel on a dépouillé l’État d’un pouvoir inhérent à la souveraineté.

Y a-t-il eu des bulles qui ont déposé les rois , des bulles qui ont délié les sujets de leur serment de fidélité? Puisqu’il y a eu de ces bulles, nous pouvons, sans faire injure au saint-siège, supposer qu’il y en aura encore : il n’y a pas longtemps que Pie VII appelait les maximes én vertu desquelles les papes déposaient les princes, de saintes maximes. Supposons donc que le souverain pontife excommunie le roi des Belges, le dépose, et transporte la couronne à un prince plus orthodoxe : notre supposition n’est pas trop téméraire, car en vertu des canons de l’Église notre roi est excommunié de plein droit et déchu de son trône, à titre d’hérétique. La bulle est lancée et publiée en Belgique : l’on n’en pourra pas empêcher la publication. Ce sera up délit de presse, dit M. Nothomb. Un délit de presse! Supposez qu’il y ait en Belgique un républicain qui se mette en tète de faire un appel il la nation pour l’exciter à l’insurrection. Voilà un délit de presse. El on dira que cet appel et la bulle du pape doivent être mis sur la même ligne? L’écrivain conseille le crime, et il en sera quitte pour passer devant la cour d’assises, à moins qu’on ne préfère l’enfermer dans une maison de santé. Le pape ordonne le crime, et il trouvera des milliers de fanatiques qui lui obéiront, quelque folle que soit sa provocation : ne faut-il pas obéira Dieu plutôt qu’aux hommes? et quand le pape parle, n’cst-ce pas Dieu qui parle par la bouche de son vicaire infaillible?

Laissons ccs hypothèses extrêmes ; tenons-nous dans la réalité du dix-neuvième siècle. La Belgique, nous le supposons, trouve bon d’abolir le salaire du clergé, ou la liberté d’enseignement, ou la liberté d’association. Elle en a le droit, en suivant les formes prescrites par la Constitution. Le pape annule et casse ce que la nation aura fait; la bulle est publiée. Est-ce une opinion, ou est-ce une loi ? et cette loi ne sera-t-elle pas le signal d’une révolution? Il faudra néanmoins que l’Etat attende que la bulle ait été fulminée dans toutes les chaires, avant de pouvoir agir! C’est-à-dire, que pour réprimer une révolution il faudra qu’il attende que la révolution soit accomplie! Ici l’on ne nous objectera pas que nous évoquons des souvenirs d’un autre âge. Nous avons rapporté au long et au large les bulles de Pic IX qui cassent et annulent les lois et les constitutions du Piémont, de l’Espagne, des républiques américaines; et ces lois et ccs constitutions ne font qu’établir les principes sur lesquels est fondé l’ordre social en Belgique. Dira-t-on que ces actes d’annulation et de cassation sont des opinions ? M. iVothomb dira-t-il que l’État n’a pas plus à s’en inquiéter, que si le pape soutenait une fausse thèse de géométrie? f1)

Nous ne ferons pas l’injure à nos lecteurs de poursuivre ce thème, pour leur démontrer qu’autre chose est une opinion, autre chose est une loi émanée d’une puissance qui commande aux hommes au nom de Dieu. Aux arguties de nos catholiques ot de nos unionistes , nous opposerons le langage franc et net des ultramontains. Le placet est une mesure de conservation, une garantie contre les empiétements et les usurpations du pouvoir dit spirituel. Il s’agit de savoir si l’État a le droit et le devoir de se conserver, quand c’est l’Église qui l’attaque. Non, répond un canoniste moderne ; et remarquons que c’est un

(I) Comparez mon Elude sur Van Espen.

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