‹ Leglise et L'EtatChapitre 45 sur 67 · N° *. DEVOIRS DE L’ÉTAT. DOIT-IL PROTECTION A L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

N° *. DEVOIRS DE L’ÉTAT. DOIT-IL PROTECTION A L’ÉGLISE

Si l’on prend la séparation de l’Église et de l’État au sérieux , il est certain que l’État ne peut pas avoir l’obligation de' protéger l’Église. Qui dit séparation, dit que l’État n’a plus aucun droit sur l’Église; or, n’ayant aucun droit, comment aurait-il une obligation? La protection , dans le système de la séparation,

est un non-sens juridique. En effet, d’où dérive le devoir de protéger l’Église? Les ultramontains disent que ce devoir est en même temps un droit: le droit ou le devoir, d’après eux, découle de l’union intime qui existe entre la puissance spirituelle et la puissance temporelle , entre l’Église et l’État : l’État est le bras armé de l’Église. Dans cette doctrine, il est très-logique que les princes soient les protectcurs-nés de l’Église. Mais la séparation rompt l’union, il n’y a plus deux puissances en présence, il n’y a plus qu’une souveraineté laïque, qui ignore les religions, qui n’en reconnaît aucune à titre de puissance : l’État étant indifférent, étranger à tous les cultes, comment pourrait-il encore être le protecteur-né de l’Église? Le système de la prottetion, telle qu’on l’admet dans la doctrine ultramontaine, implique encore qu’il n’y a qu’une Église, l’Église catholique, qui est la seule vraie, qui seule a droit à être protégée; les autres cultes, loin d’avoir droit à une protection, ne sont pas même tolérés; le devoir de l’État est de prêter l’appui de sa puissance à l’Église pour extirper les sectes dissidentes. Ainsi la protection de l’Église par l’État, l’intolérance et la persécution religieuse sont synonymes. Dans le système de la séparation, au contraire, tous les cultes jouissent de la même liberté. Allier la séparation et la protection, c’est allier le feu et l’eau, c’est unir des choses inalliables.

Dira-t-on que rien n’empêche l’État de protéger tous les cultes? Cette protection générale, dans le système de la séparation, ne se conçoit qu’en un sens, c’est que l’État garantisse à tous les cultes la liberté que la Constitution leur assure, en réprimant les actes qui y porteraient atteinte. Ce n’est plus une protection proprement dite , c’est la sanction d’un droit constitutionnel. Dès que l’État dépasse cette sanction, et qu’il protège les diverses religions, soit par des privilèges donnés à

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