SUR LES AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES DE SARDAIGNE
Vénérables frères,
Souvent, comme vous le' savez bien, vénérables frères, . nous avons fait entendre nos lamentations dans les réunions que vous avez eues, sur l’état affligeant auquel, à la grande douleur de notre âme, notre très-sainte religion est réduite dans le royaume sarde, puis surtout dans l'allocution que nous vous avons adressée le
PI ftC ES JUSTIFICATIVES.
!22 janvier de eetle année, allocution qui a élc publiée, nous avons gémi de nouveau sur les atteintes si graves que depuis plusieurs , années le gouvernement sarde n’a cessé de porter à l’Eglise catholique, à sa puissance, à ses droits, à scs ministres saints, à ses évêques et à la suprême autorité et dignité de ce Saint-Siège. Par celle allocution, en effet, élevant de nouveau la voix, nous avons réprouvé, condamné et déclaré entièrement nuis et non avenus , soit les décrets, tous et chacun, que ce gouvernement a rendus au détriment de la religion, de l’Église et des droits de ce Saint-Siège, soit la loi à la fois très-injuste et très-funeste <fui était alors proposée, par laquelle on projetait, entre autres choses, de supprimer radicalement presque tous les ordres monastiques et religieux de l’un et l'autre sexe, et les églises collégiales, elles bénéfices simples qui sont même assujettis au droit de patronage, et de soumettre leurs biens cl revenus à l’administration et à l'arbitraire du pouvoir civil. Nous n’avons pas négligé d’avertir par la même allocution, les auteurs et fauteurs de si grands maux.de se ressouvenir sérieu- .scmenl des censures, peines spirituelles que les constitutions apostoliques et les décrets des conciles œcuméniques indigeut, comme devant être encourues par le fait même, aux envahisseurs des droits et des propriétés de l’Eglise. En agissant ainsi, nous nourrissions l'espérance que ces hommes qui se glorifient du nom de catholiques et qui appartiennent à une monarchie où le statut lui-même porte que la religiou catholique doit être la seule religion du royaume, et ordonne en même temps que toutes les propriétés sans exception doivent être mises dans un ahri inviolable, touchés enfin par de trop justes sollicitations des vénérables frères, les émiueuls prélats du même Etal, et par nos réclamations redoublées, uos plaintes et nos paternels avertissements, rappelleraient leurs esprits et leurs volontés à de meilleurs conseils, qu’ils se désisteraient des vexations dont ils poursuivent l’Église et s’empresseraient de réparer les très-graves dommages qu’ils lui avaient causés. Une lueur de celle espérance se montrait dans quelques promesses surtout faites aux mêmes evéques cl auxquelles nous pensions pouvoir ajouter foi.
Mais, nous le disons avec douleur, non-seulement le gouvernement piémonlais n'a prêté l’oreille ni aux réclamations de scs
ALLOCUTION DE PIE IX
évêques, ni ù nos paroles; mais encore dirigeant des injures de plus en plus graves à l’Eglise contre notre autorité et celle de ce siège apostolique, et méprisant complètement nos protestations répétées et même nos paternels avertissements, il n'a pas craint d’approuver, de sanctionner et de promulguer celle même loi , modifiée il est vrai en quelque sorte dans les termes et dans l’apparence, mais absolument semblable dans la réalité, dans le but et dans l’esprit.
Certes, vénérables frères, il nous est profondément triste et douloureux d’avoir à nous départir de celle mansuétude et de cette douceur que nous tenons de la nature même, dont nous avons reçu le modèle et le langage du prince éternel des pasteurs, et que nous avons toujours si volontiers et si constamment pratiquées, et d’avoir à nous armer de cette sévérité dont notre cœur paternel a par-dessus tout horreur.
Toutefois, lorsque nous voyons que tout le soin, toute la sollicitude, la longanimité et la patience employés par nous depuis plus de six années, pour réparer en ce pays les ruines de l’Église, n’ont rien obtenu; lorsque nul espoir ne nous reste de voir les auteurs de si audacieuses entreprises prêter aux exhortations une oreille docile, puisqu'au contraire, au mépris absolu de nos avertissements, ils ne cessent d'accumuler injures sur injures et de tout tenter dans les étals sardes pour y opprimer et renverser de fond en comble l’Église, sa puissance, scs droits, sa liberté, nous sommes forcés d'user envers eux de la sévérité ecclésiastique , afin de ne point paraître manquer à notre devoir et déserter le camp de l’Église. Par celte manière d’agir, comme vous ne l’ignorez pas, nous suivons les exemples illustres de tant de pontifes romains, nos prédécesseurs, qui, remarquables par leur sainteté et leur doctrine, n’ont pas hésité à frapper les fils dégénérés et rebelles de l’Église, et les violateurs et usurpateurs opiniâtres de scs droits, de ces peines que les sacrés canons ont établies contre les coupables de semblables crimes.
C’est pourquoi , dans votre très-illustre assemblée, nous élevons de nouveau notre voix apostolique et définitivement nous réprouvons, condamnons et déclarons absolument nuis et de nul effet, tant cette loi susénoncée que tous et chacun des autres faits, actes
et décrets rendus par le gouvernement piémonlais au détriment de l’autorité et des droits de la religion.de l’Église et de ce saint-siège, desquels nous avons parlé avec douleur dans notre allocution du 22 janvier de l’an courant, et dans celle d'aujourd’hui. En outre, nous sommes forcé de déclarer dans l'incomparable douleur de notre âme, que tous ceux qui n’ont pas craint de proposer, d'approuver, de sanctionner dans les étals sardes les décrets et la loi susmentionnés conlrc les droits de l'Église et du Saint-Siège, de même que leurs auteurs, fauteurs, conseillers, adhérents et exécuteurs, ont encouru l’excommunication majeure, et les autres censures et peines ecclésiastiques, infligées par les sacrés canons, les constitutions apostoliques et les conciles généraux, et surtout le saint concile de Trente (sess. 22, c. XI).
Mais quoique , pressé par le devoir inviolable de noire charge , nous soyons obligé de déployer la sévérité apostolique, cependant nous n’ignorons pas et nous nous souvenons que celui dont, bien que indigne, nous tenons la place sur la terre, dans sa colère même n’oublie jamais sa miséricorde. Aussi , levant les yeux vers le Seigneur notre Dieu, -nous ne cessons de lui adresser des prières humbles et ferventes afln qu’il daigne éclairer de la lumière de sa grâce céleste et ramener ù de meilleurs sentiments les enfants dégénérés de la sainte Église, de tout rang et de toute condition, tant laïques que clercs revêtus d’un caractère sacré, dont les égarements ne sauraient jamais être assez pleurés. Rien, en effet, ne serait plus doux, plus désirable, plus délicieux à notre cœur que de voir les errants se reconnaître et rentrer en eux-mèmes. Nous n’oublions pas non plus de répandre toutes sortes de prières, de supplications et d’actions de grâces aux pieds du Dieu riche en miséricordes pour qu’il ne cesse de consoler et de favoriser des dons les plus abondants de sa grâce, tous nos vénérables frères, les archevêques et les evéques du royaume sarde, exposés à tant d'angoisses et de tribulations, afln que, lidèles à la conduite glorieuse qu’ils ont déjà tenue, ils continuent par leur force, leur constance cl leur sagesse épiscopale à défendre courageusement la cause de la religion et de l’Eglise, et à veiller avec le plus grand zèle au salut et à l’intégrité de leur propre troupeau. Nous offrons également sans relâche les plus humbles et les plus ardentes prières au
ALLOCUTION DE PIE IX
Dieu irès-clémeut afin qu'il daigne fortifier par son secours céleste non-seulement le clergé fidèle de ce royaume qui pour la plus grande partie, à la suite de scs évêques, s'acquitte très-dignement de ses devoirs, mais aussi tant d'illustres laïques de ce royaume qui , noblement animés de sentiments catholiques et attachés de cœur à nous et à cette chaire de Pierre, se font gloire d’employer tous leurs efforts à défendre les droits de l’Eglise.
ALLOCUTION DE PIE IX (26 JUILLET 1855