Gerh., Math., VIII
des plus grands nombres, c'est comme le moteur immobile du calcul des probabilités.
Ce qu'il importe de noter, en terminant ce chapitre, c'est l'unité organique de l'œuvre logique de Leibniz. Tout y vient de ce qu'il appelle son « essai d'écolier » ; tout y dérive d'une seule et même idée, celle qui paraît dans « l'art combinatoire ». La Caractéristique, l'Encyclopédie, la langue rationnelle, le calcul des probabilités : autant de rameaux qui sont sortis du germe découvert par Leibniz à l'âge de vingt ans. Aussi n'a-t-il jamais varié sur ce point. D'un bout à l'autre de sa longue carrière, on le voit perpétuellement attribuer à sa « combinatoire » la même fécondité d'inspiration, toutes les fois que l'occasion s'en présente; et, quand elle ne se présente pas, il aime à la faire naître : il s'y plaît et complaît. Voici comment il s'exprime eu 1679 dans une lettre à Tschirnhaus : « A l'âge de dix-huit ans, j'écrivis un livre sur l'art combinatoire que je publiai deux ans après : J'y trouvai un certain fil de la méditation, secret admirable de la vraie analyse, qui a pour corollaires une langue et une caractéristique rationnelles. Nul autre ne l'a compris à ce que je sache; et si quelqu'un en avait eu l'idée, il se serait détaché de tout le reste pour suivre cette conquête ; car il n'est rien de plus grand qui puisse sortir de la pensée humaine1. » Voilà, d'après Leibniz, la perle précieuse dont a parlé l'Évangile : c'est la « combinatoire ». En 1686, il nous présente cette œuvre qui « sent le jeune homme et l'apprentif » comme le fondement sur lequel il a « basti » tout le reste2, et en 1690 comme « la semence de son art d'inventer »3. Il y revient en 1700 et 1704, avec l'intention manifeste d'en faire connaître au public la capitale impor-