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SCIENCES

dans les corps ; et c'est un fait qui s'impose. Mais quelle en peut être l'explication ? Si deux tables de marbre parfaitement lisses adhèrent Tune à l'autre, la cause en est, nous dit-on, dans la pesanteur de l'air. Mais d'où vient que l'air lui-même est pesant? Faudra-t-il donc renouveler ici le raisonnement des Chinois, tout en le modifiant un peu? Faudra-t-il supposer une tortue énorme qui pèse de toute sa masse sur la calotte du ciel ? On pourra le supposer et même placer un autre monstre au-dessus, sans faire avancer la question d'un iota. La « fermeté » des corps ne se comprend que si leurs parties constitutives sont poussées les unes contre les autres par certains tourbillons ambiants qui les enserrent et les brident à la manière dont le ferait un réseau de bandes de caoutchouc1.

Il se révèle un autre vice, et plus fondamental encore, dans la théorie physique de Descartes. D'après lui, tout corps, une fois mis en mouvement, continue à se mouvoir et avec la même vitesse, aussi longtemps que rien ne vient s'opposera sa marche. Cela, c'est plus qu'un miracle, c'est la négation formelle de la « raison suffisante ». Si l'on ne veut pas introduire le caprice dans le domaine de la science après l'avoir implanté au sein même de la divinité, il faut dire hardiment que rien ne continue à se mouvoir que sous l'influence ininterrompue d'impulsions nouvelles2 : ce principe est absolu; ce principe est inébranlable. Mais dès lors, comment expliquer les oscillations du pendule ? Comment expliquer la vitesse des projectiles, si le fluide déplacé ne tend comme un ressort à reprendre son équilibre, exerçant ainsi sur le mobile en marche une suite de percussions a tergo qui le forcent à continuer sa route 3 ? Comment comprendre les phénomènes d'explosion, à moins que l'on ne suppose des éléments élastiques qui reviennent subitement à

1. Gerh., VI, 27-28, 52, 69, 73, 78, 89, 164-165, 108, 252-253.

2. Gerh., VI, 252-253, 105. — Cf. Ibid., III, 851 (L. à Joh. Bemoulli, 6 juin 1710) : mode d'action du vent; « vis ejus œstimanda est non tantum impetu, sed et impetuum repetitorum multitudine ». Se rappeler ici ce qu'on a dit de « la voile ».

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