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Ibid

MATIÈRE ET PEXSÉE.

xV peine arrivé chez le Baron de Boinebourg, Leibniz se met à méditer sur la possibilité des mystères chrétiens, particulièrement sur celle de l'Eucharistie1 : tel est le désir de l'ancien conseiller; et le sujet ne sourit guère moins au nouveau secrétaire qu'à son maître lui-même.

Antoine Arnauld a victorieusement établi contre M. Claude que la croyance en la présence réelle est conforme à la tradition. Mais ce dogme est-il possible? voilà le point qui reste à mettre en lumière. Or, à l'heure actuelle, non seulement il a pris une importance capitale dans le problème de la réunion des Églises, mais encore il enveloppe plus de difficultés que jamais. C'est Descartes qui domine de tous côtés; et, dans sa philosophie, on ne conçoit pas qu'un corps soit présent en plusieurs lieux à la fois. Qu'est-ce, en effet, que l'essence du corps, d'après la doctrine de Descartes? l'étendue et rien que cela. Mais la même portion d'étendue ne peut être présente au même moment qu'à un seul système de points, celui auquel elle s'applique : c'est une conséquence rigoureuse2.

Ainsi se pose la question pour Leibniz; et voici la réponse à laquelle il aboutit après quatre ans d'examen. « L'essence du corps ne consiste pas dans l'extension..., mais dans le mouvement. » Le mouvement, à son tour, suppose un « principe immatériel, distinct de la masse », qui peut prendre un déploiement spatial, mais qui par lui-même n'est pas étendu. Dès lors, rien d'impossible à ce qu'un corps quelconque soit présent à la fois en plusieurs lieux, et aussi distants les uns des autres que l'on voudra. Car, dans cette hypothèse, il ne s'agit plus de l'application de points donnés a d'autres poinis correspondants; la substance corporelle est comme un centre d'action dont le champ n'a pas de limites déterminées : elle contient dans son unité elle-même une possibilité radicale de multilocation3.

Cette solution nous entraîne déjà bien loin de Descartes.

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