‹ LeibnizChapitre 165 sur 310 · Gerh., PMI., F · texte numérisé non relu

Gerh., PMI., F

2. Ibid., 61-62 [L. à Jean Frédéric, entre fin de 1671 et commencement de 1672); 69-71 {L. à Arnauld, nov. 1671).

3. Ibid., 62, 74-77. — Consulter sur l'Eucharistie Baruzi, Leib., 72-73, 223, 248 et suiv., 254, 261.

L'étendue y perd le rang de substance, pour devenir un simple accident. La substance, à son tour, y revêt un sens profondément nouveau : ce qui la caractérise, c'est l'unité, c'est l'immatérialité, c'est l'activité. Leibniz va spiritualisant tout ce qu'il touche.

Vers la même époque et sous la même influence directrice, celle du Baron de Boinebourg, Leibniz aborde une seconde question d'ordre également théologique, à savoir le dogme de la résurrection des corps; et ce thème lui suggère sur la notion de substance une autre idée de fond qui, elle aussi, s'intégrera pour toujours dans son système : c'est que toute âme s'enveloppe d'une certaine corporéité. La matière qui se dissout après la mort, est la « terre damnée dont parlent les chimistes » : elle ne constitue que la partie superficielle et la plus « grossière » de notre corps; elle en est une sorte de pénombre. Il y a dans chaque substance « un noyau » central qui est invisible, inaccessible au feu naturel, qui reste identique à travers toutes les vicissitudes de la vie et que la mort elle-même ne saurait atteindre jusqu'au fond. Tout animal est donc immortel et de deux manières à la fois : il l'est dans son âme ; il l'est également et par suite dans cet organisme subtil et profond dont son âme est « accompagnée ». La survivance du principe immatériel et la résurrection du corps ne sont que deux aspects d'une seule et même chose1.

On peut constater une seconde fois que tout s'immatérialise, au contact du génie de Leibniz ; on peut remarquer aussi que, sous son influence purificatrice, tout tend du même coup à s'intérioser. Leibniz s'avance à grands

1. Gerii., Phil., I, 53-54 (L. à Jean Frédéric, 21 mai 1671). — Dans cette lettre, Leibniz nous apprend qu'il a écrit pour Boinebourg un « appendice sur la résurrection des corps ». Cet appendice se trouve dans les manuscrits d« Hanovre (V. Baruzi, Org., p. 207) et fait partie d'un fragment de quatre grandes pages dont les trois premières et une partie de la quatrième révèlent tout un plan de métaphysique religieuse (Inédits, théol., vol. III, 4, f° 5 verso). On n'y trouve pas de date; mais c'est un point que l'on peut fixer, au moins approximativement. Le De resurrect. est antérieur au 21 mai 1671, comme l'indique la lettre à J. Frédéric que l'on vient de citer; mais il est postérieur à 1669, puisque Leibniz y parle des Pensées de Pascal dont la première édition ne parut que vers la fin de cette année-là [Pensées..., éd. Ern. Havet, Introd., p. xn\

MATIÈRE ET PENSÉE

pas vers le terme où se produira la pleine révélation.

Mais où Leibniz a-t-il pris l'idée d'un « noyau » central qui ferait le fond de tout être vivant? Là s'ouvre une piste nouvelle dans laquelle il faut entrer.

Leibniz s'est occupé d'alchimie dès sa jeunesse; et plus tard, il n'a jamais cessé de consacrer à ce genre d'études une partie de son temps1.

L'alchimie lui a toujours apparu comme une mine infiniment féconde. Il appartient aux alchimistes de « pénétrer jusqu'à la nature intime des choses2 ». « Grâce à leur [double] procédé d'analyse et de synthèse, ils produisent déjà un certain nombre de corps nouveaux3. » Ces succès ne sont que l'humble commencement d'une suite illimitée de victoires. La nature est un grand art ; et cet art, l'alchimie finira peu à peu par le découvrir tout entier. Dans le « four » de quelque « Dédale » ou de quelque « Vulcain » , s'élaboreront un jour les mêmes pierres que nos outils arrachent maintenant des ténèbres du sol. Il est vrai que les alchimistes ont encore une langue mystérieuse. Mais rien ne semble plus naturel; c'est presque toujours dans une demi-clarté que l'esprit humain fait ses découvertes les plus fécondes : la pleine lumière ne se produit que dans la suite et par degrés, comme celle du soleil levant4. C'est surtout de la chimie que dépend le progrès des sciences de la nature, et parce qu'elle représente une application directe de la combinatoire. Du même coup, c'est de la chimie que relèvent au premier chef les connaissances métaphysiques. « On ne saurait rien dire de si splendide sur l'excellence de cet art, que je n'applaudisse de tout cœur5. »

1. Gerh., Math., IV, 130 (L. à Varignon, 27 juill. 1705); Eckhart, p. 150 : « Der Chymie, allerley curiosen experimenten und den... Bergsachen Widmete er auch ein gutesTheil seinerzeit. »

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