Erd., 147; Geru., Phil., VII
5. D'où vient cette « appellation »? Leibniz l'a « donnée lui-même à son hypothèse », dans un papier qu'il a fait tenir à M. le Président Cousin pour son journal. Il constate ensuite que Bayle attribue ce titre au P. Lami et il s'en déclare « fort content » (Gerh., Phil., III, 67. L. à Bayle, Ohne ort und datum). Touchant le Père Lami, Bénédictin, auteur du livre « De la connaissance de soi-même », cf. Ibid., 70; Erd., 458 (1709).
MATIÈRE ET PENSÉE
luxe superflu que de recourir aux textes pour mieux l'établir!.
Dès lors, la question revêt une forme assez aiguë; si l'àme n'agit pas sur le corps ni le corps sur l'âme, comment s'explique l'accord perpétuel que nous constatons entre les modes de l'étendue et ceux de la pensée?
Leibniz n'approuve point le parallélisme de Spinoza, d'après lequel Dieu est la cause première et interne des idées, « en tant que chose pensante », et la cause première et interne des modes de l'extension, « en tant que chose étendue2 ». Cette manière de tout ramener à la causalité divine et en Dieu lui-même répugne profondément au sens religieux de Leibniz; il trouve également qu'elle pèche à la fois contre les règles de la dialectique et les données de l'expérience.
« Il faut avouer que cet auteur a eu quelques pensées belles et profondes. Mais il y en a d'autres si brouillées et si éloignées de la clarté des Mathématiciens qu'on ne sçait que dire 3. » On peut ajouter que nombre de ses propositions se heurtent violemment aux faits les moins contestables.
Pour soutenir « qu'il n'y a qu'une seule substance dans le monde », il faudrait avoir des démonstrations irréfragables; celles qu'apporte Spinoza « sont pitoyables ou nonintelligibles » 4.
Il ne nous dit pas au juste en quoi consiste cet Infini dont tout le reste n'est à ses yeux qu'une sorte de déploiement essentiel : la notion qu'il s'en fait est d'ordre tout quantitatif; mais il y a quelque autre chose5. Il ne réussit pas non plus à préciser ce que l'on doit entendre par idées distinctes et idées adéquates, bien que ces termes
1. Si d'ailleurs on désire des textes, on les trouvera grâce aux références qui vont suivre.
2. Eth., II, prop. vu, sch., éd. Van Vloten. L'Éthique parut pour la première fois en 1677, quelques mois après la mort de Spinoza (van Vloten, t. I, p. 5; Cf. Benoit de Spinoza, par Paul-Louis Couchoud, 157-159).