Malebranghe, loc. cit., p
4. Gerh., Math.. VI, 242 (Spécimen dynamic); — Erd., 127a (1695); — Gerh.,
MATIÈRE ET PENSÉE
Enfin, Malebranche, dont la psychologie est pourtant si fine, n'en a pas moins, comme Spinoza lui-même, un dédain superbe pour les données de l'expérience; et, comme Spinoza, c'est de quelques grosses erreurs de fait qu'il paye cette singulière attitude. Gomment n'a-t-il point remarqué, par exemple, que tout n'est pas passif en nous? Comment n'a-t-il point vu que nous nous sentons manifestement agir, penser et vouloir? Ces faits premiers ne sontils pas aussi clairs que la perception du mouvement, de la couleur ou du son? Philosopher, c'est raisonner; mais, pour raisonner, il faut d'abord bien voir1.
Telle apparaît la doctrine de Malebranche, quand on la considère en elle-même et sous la forme que lui a donnée son auteur. Mais, bien qu'enveloppant des vices de fond, elle n'en contient pas moins un certain nombre de principes qui, poussés jusqu'au bout, font éclater la vérité : il y a « passage des Causes occasionnelles à Y Harmonie préétablie »; et « ce passage n'est pas fort difficile » 2. Il suffit, pour l'opérer, de se placer au point de vue des lois du mouvement3.
Descartes et ses disciples ont « voulu capituler ». Ils ont cru « que l'âme pourrait pourtant avoir le pouvoir de changer la direction des mouvements qui se font dans les corps ; à peu près comme un Cavalier, quoiqu'il ne donne point de force au cheval qu'il monte, ne laisse pas de le gouverner en dirigeant cette force du côté que bon lui semble »... Mais, outre « qu'il n'y a point dinstrumens dont l'àme se puisse servir pour cet effet », « j'ai démontré ailleurs »4 qu'il se conserve dans le monde, non seulement « la même quantité de force absolue », mais « encore la même direction dans tous les corps ensemble qu'on sup-
Phil., IV, 533 (1702); lbid., PhiL, III, 346 (1704); Math., VIII, 32, 43-44, 50, 104 (L. à Wolf, 1705-1708); — lbid., Erd., 606», 607a-b (1710); 695a-b (1711).