‹ LeibnizChapitre 182 sur 310 · Ibid., 722a (L. à Bourguet, 22 mars · texte numérisé non relu

Ibid., 722a (L. à Bourguet, 22 mars

MATIÈRE ET PENSÉE

C'est par des remarques de ce genre que Leibniz a passé de l'occasionalisme à sa propre théorie : il a dépassé Malebranche, en méditant sur les idées de Malebranche, et principalement sur sa conception toute cartésienne du mouvement.

Aussi voyez comment il en parle dans ses lettres : il suit sa pensée avec une attention spéciale et n'hésite pas à dé^ clarer que c'est Malebranche qui l'a poussé sur la bonne voie et qui lui a permis de la suivre jusqu'à plein succès.

Le 13 janvier 1679, il vient de lire et peut-être de relire la Recherche de la Vérité^. Le 22 juin de la même année, « il a receu les Méditations sur la Métaphysique »2 et s'est empressé de les examiner à fond : il a lu aussi cet ouvrage, « non pas comme on lit un livre ordinaire, mais avec soin ». Il se plaint de ne pas avoir les Conversations Chrétiennes3, moins heureux en ce point que « ce M. l'Abbé Catelan à qui » l'auteur les a données. Pendant ce temps, Leibniz réfléchit sans relâche ; et il a déjà découvert, en étudiant les œuvres de Malebranche, quelque chose d'autre et qui les dépasse : on peut dire que « la pensée renferme l'étendue d'une manière qui nous est inconnue »4.

Leibniz d'ailleurs, dans ses Lettres à l'Hospital, est beaucoup plus explicite à l'égard de l'influence que le P. de l'Oratoire a exercée sur son esprit. « J'ai profité, dit-il, des réflexions qu'il a déjà données »5 ; « je lui dois beaucoup en métaphysique »G; « on peut dire que [l'harmonie préétablie] n'est pas tant un renversement qu'un avancement de sa doctrine, et que c'est lui à qui je suis redevable de mes fondements sur ce sujet »7.

Les documents que Ton possède paraissent donc décisifs;

1. Gerii., Phil., I, 327 {Leibniz à Malebranche). — Cet ouvrage parut de 1674 à 1676.

2. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne peut confondre cet ouvrage avec les Entretiens métaphysiques qui ne furent achevés qu'en février 1688 (H. Joly, Malebranche, 38, Paris, 1901).

3. Les conversations chrétiennes parurent en 1679, et avant le 22 juin de cette année, comme le suppose la lettre citée (Gerh., Phil.,1, 318).

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