Ibid., 299 (30 septembre
on peut voir, en les comparant, qu'il ne reste aucun doute sur le point à démontrer : c'est surtout par la critique persévérante des Causes occasionnelles que Leibniz est arrivé à Y Harmonie préétablie ; il lui a suffi, pour faire « le passage » dont il parle, d'épuiser les concepts où se fondait son « vénéré » et « brillant » adversaire.
On voit qu'elles sont nombreuses, les mines qu'a visitées Leibniz pour y trouver les éléments de son monadisme. Il s'inspire des théologiens; il s'inspire des alchimistes dont « la science occulte » a piqué sa curiosité ; il emprunte aux scolastiques qu'il a étudiés à Leipzig sous la direction de Jacques Thomasius et chez lesquels il trouve encore « des parcelles d'or ». Aristote et Platon sont pour lui comme deux divinités dont il aime à suivre la haute inspiration. Descartes qu'il a pourtant si fort maltraité, Spinoza et surtout Malebranche l'attirent par la puissance et la nouveauté de leurs vues, guident et stimulent ses méditations personnelles. Encore ces influences multiples et multiformes ne représentent-elles qu'une partie des sources auxquelles il a puisé. Leibniz a tout lu et sans rien oublier : c'est de partout et à chaque instant que se glissent dans sa pensée des richesses qui ne viennent pas d'elle, mais qui se transforment en elle.
Après avoir recueilli les principales idées avec lesquelles Leibniz a construit son système et qu'il possédait déjà vers la fin de 1675 ^ il importe de voir comment il les a coordonnées et de quelle manière il les a précisées en les approfondissant. C'est là ce que l'on va faire.
1. Les inédits d'Ivan Iagodinski sont une vraie révélation. On y constate qu'en 1676 Leibniz connaissait déjà la plupart des idées constitutives de sa monadologie. Voir : a) Sur l'idée du meilleur, p. 10, 28, 32, 34, 36, 37-38; b) Sur ta nature et l'immortalité des âmes 40. 102, 108, 110, 116 126; c) sur L'infinité numérique des âmes, 40 ;d) Sur l infinité numérique des éléments matériels 24, 70; e) Sur la phénoménalité de la matière, de l'espace et du temps, 108-110, 126; f) sur la cause de l'harmonie ou correspondance, 112, 114; g) Sur la notion du bonheur, 38, 126, 130.
MATIÈRE ET PENSÉE