CHAPITRE VI
LA VIE DES AMES
ï. De la connaissance. — L'innéisme intégral; — théorie des « petites perceptions » ; — les images; — les idées; — association des images; — connexion des idées; — rapports des images et des idées : Leibniz et Rant ; — valeur delà connaissance humaine, au point de vue des possibles, puis au point de vue des faits : comment Descartes s'est mépris à cet égard.
II. De la liberté. — Contingence et liberté; — rejet de la liberté d'indifférence; liberté et nécessité : comment la théorie de Leibniz n'est encore que du spinozisme.
III. L'idée du meilleur. — 1° De l'existence de Dieu : a) preuve ontologique de Descartes : critique qu'en fait Leibniz, et qui égale à peu près celle que Kant donnera plus tard; b) preuve par l'éternité des possibles; a) preuve par la série régressive des mouvements; d) preuve fondée sur la contingence des lois de la natjre; e) comment Leibniz se heurte toujours à la même barrière, qui est la notion même d'un être infini; — 2° nature de l'acte créateur; — 3° mobile de l'acte créateur : ce mobile n'a pu être que l'idée du meilleur.
IV. Le problème du mal. — 1° La part du mal est considérablement grossie par notre ignorance et notre émotivité; — 2° le mal a sa racine dans la matière; et par là même il remonte jusqu'à l'entendement divin où se trouve l'idée éternelle de ce principe limitatif des choses; — 3° comment Leibniz et Platon se ressemblent par la solution qu'ils apportent au problème; ce qu'ajoute Leibniz.
Y. Le progrès. — 1° Il existe et tient à cet effort vers le mieux qui fait le fond de l'être; — 2° il y a un progrès naturel des choses; — 3° il en est un second qui tient au développement de l'esprit humain; — 4° l'un et l'autre sont indéfinis.
VI. De l'immortalité. — 1° Toutes les âmes sont physiquement immortelles; — 2° il en va de même d'une sorte d'organisme profond qu'elles enveloppent toujours : cet organisme contient une matière qui « s'écoule sans cesse » ; mais il ne perd jamais sa forme ; — 3° les êtres raisonnables ont en plus ce que l'on peut appeler une' immortalité morale : ils gardent toujours leur personnalité. Ce privilège est voulu par la ressemblance de leur vie à celle de Dieu, par la connaissance qu'ils prennent de l'infini de perfection et de l'infini de durée; c'est aussi un corollaire de la loi morale.
Conclusion. — Constance de Leibniz dans l'affirmation de son système philosophique.
Il n'y a que des âmes dans l'univers. Et ces âmes se différencient à l'infini par leur degré de perfection qui n'est
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autre chose que le degré de distinction de leur connais sance.
Mais cette différenciation infinie ne produit pas une traînée continue où l'on va toujours du même au même. On distingue trois principales sortes d'âmes, qui sont comme les points culminants de la nature : les âmes des vivants, celles des animaux et celles des hommes.
Les premières ne possèdent que la perception pure et simple, c'est-à-dire un mode de connaissance tellement enfoui dans son objet qu'il ne se ramène jamais sur luimême, et si infime qu'il est incapable de rester à l'état de souvenir. Telles sont les monades des plantes, et aussi celles des êtres inférieurs aux plantes, ou minéraux. Car il n'y a pas de corps bruts; tout est organique, tout est vivant et doué de quelque perception : la pensée ne fait que dormir où nous affirmons qu'elle n'est pas.
Les âmes des animaux ont une connaissance plus distincte, qu'on peut appeler sentiment, et qui consiste dans la « perception accompagnée de mémoire ». Il se produit en elles comme « un écho de leurs impressions » qui demeure longtemps et peut se faire entendre à nouveau. Mais elles sont dépourvues de toute énergie réflexive et par là même de raison.
C'est dans l'homme seulement que s'épanouit la puissance de réfléchir et d'abstraire et de déduire : ce qui en fait un être à part et comme un « petit dieu » dans l'univers. Et cette faculté d'ordre supérieur ne va pas seule en lui : elle s'y ajoute aux formes inférieures de l'activité, sans les changer entièrement. Perception simple, perception avec mémoire et réflexion ou aperception, tous les modes de la connaissance se réunissent et se coordonnent dans l'âme humaine j.
t. Est., 91-92 (Disc, de Mét., 1685); — P. Jan., 580, 657-658, 680 (Corresp. avec Arnauld, 1686-1688); — Cout., Op., 16 (1887 ou peu après); — Erd., 125a, 126a (Syst. nouv., 1695);— Gerh., Math., 111, 560-561 (L. à Joh. Bern., 17 déc. 1698) : de l'animal à l'homme, il n'y a pas de passage, d'après les lois de la nature telles qu'elles sont établies par la sagesse divine; — Erd., 161 (L. à Hoffmann, 1699) : u Animae semper manent substantiœ, mentes vero semper persona3 » ; — Gerh., Phil., IV, 525-526 {L. à Bayle, 1702) ; Ibid., III, 339
Aussi est-ce cette âme que le philosophe choisit comme l'objet central de ses investigations.