Erd., 295a-296b (N. Essais
LA VIE DES AMES
Bien qu'étrangères et parfois même contraires à la logique , ces associations suivent un certain nombre de lois qu'on peut dégager des formes indéfiniment variées qu'elles revêtent 4.
1° Souvent elles proviennent de la fréquence de plusieurs impressions. Certaines traces du cours des esprits animaux deviennent à la longue « des chemins battus » où ils se précipitent derechef, dès que les mêmes conditions sont données. « Quelques-uns haïssent les livres toute leur vie à cause des mauvais traitements qu'ils ont reçus ». « Il s'est trouvé un homme qui avait bien appris à danser, mais qui ne pouvait l'exécuter, quand il n'y avait point dans la chambre un coffre, pareil à celui qui avait été dans celle où il avait appris. »
2° Les associations peuvent même résulter d'une seule impression, lorsque cette impression acquiert un certain degré de « véhémence ». « Un homme guéri parfaitement de la rage par une opération extrêmement sensible se reconnut obligé toute sa vie à celui qui avait fait cette opération ; mais il lui fut impossible d'en supporter la vue ». <( Quelqu'un, ayant une fois pris un ascendant sur un autre dans quelque occasion, le garde toujours ». « Un enfant a mangé trop de miel et en a été incommodé; et puis, étant devenu homme fait, il ne saurait entendre le nom de miel sans un soulèvement de cœur. »
3° Les associations se forment par voie de ressemblance : les phénomènes similaires tendent à s'agglutiner. C'est ainsi que « Descartes ayant eu dans sa jeunesse quelque affection pour une personne louche ne put s'empêcher d'avoir toute sa vie quelque penchant pour celles qui avaient ce défaut ». Un gentilhomme qui avait été « blessé peut-être dans son enfance par une épingle mal attachée, ne pouvait plus en voir dans cet état sans être prêt à tomber en défaillance2 ».
k° L'autorité « fait aussi le même effet que l'expérience ». C'est pourquoi nos convictions politiques, religieuses et
t. Erd., loc. cit.