‹ LeibnizChapitre 202 sur 310 · Ibid., 253b {loc. cit · texte numérisé non relu

Ibid., 253b {loc. cit

5. C'est la manière dont j'ai défendu la valeur du sens intime dans mes différents ouvrages.

et Bayle, ne prend point la question de ce biais. Il abandonne la preuve de l'expérience interne et se rabat, pour établir le « franc arbitre » , sur son système de l'harmonie préétablie. Voici la démonstration qu'il institue.

La théorie de Y universelle et absolue nécessité qu'a développée Spinoza, n'est pas admissible. On sent de prime abord, avant tout examen détaillé, qu'elle renferme des erreurs de fond. Il faut croire, d'après cette hypothèse, « que tous les romans qu'on peut imaginer existent réellement à présent, ou ont existé, ou existeront encore dans quelque endroit de l'univers ». Tl faut admettre « qu'il a été aussi impossible de toute éternité que Spinosa, par exemple, ne mourût pas à la Haye, qu'il est impossible que deux et deux soient six ». Or c'est « une conséquence qui rebute, qui effarouche, qui soulève les esprits par l'absurdité qu'elle renferme diamétralement opposée au sens commun ». De plus, lorsqu'on étudie de près la doctrine spinoziste, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'elle contredit les données de l'expérience. La nature ne trouve pas son explication intégrale dans la cause efficiente; on est obligé, pour en donner une interprétation satisfaisante, de recourir, en dernière analyse, « à quelque chose qui dépend des causes finales ou de la convenance^ ».

Il n'y a de nécessité géométrique ni dans l'intensité ni dans la direction du mouvement. Pourquoi la terre, par exemple, ne met-elle que 24 heures à faire sa révolution diurne? Et

1. Erd., 46a (Confessio nat..., 1668); Ibid., 80'' (Médit..., 1684); — Est., 43 (Disc, de Met., 1685); — P. Jan., 602, 608, 613 (Corresp. avec Arnauld, 1686-1690) ; — Gerh., Phil., I, 149 (Remarques sur Spinoza) : contingence des actes de la volonté, en Dieu, chez les anges; Ibid., II, 181-182 (L. à Volder, 23 juin 1699) : il y a du contingent; — F. Car., r, 181-182 (De libert., non daté) ; — Erd., 252, 254, 263a-»> (N. Essais, 1704); — Gerh., Phil., Ul, 363-364 (L. à Lady Masham, sept. 1704): spontanéité, choix et délibération ; — F. Car., 41, 47, 50 (Réfutation inédite de Spinoza par Leibniz, entre 1706 et 1710) : « datur médium inter necessaria etfortuita, nempeliberum »; — Gerh., Phil., 111,400-403 (L. à Coste, 19 déc. 1707); — Erd., 506% 515b, 516a, 557a, 588a, 590a (Théod., 1710); — Gerh., Phil., III, 419 (L. à Coste, 8 juil. 1711) : tout est déterminé, mais tout n'est pas nécessaire; Ibid., 645 (L. à Remond, 22 juin 1715) : contingence et Dynamique; Ibid., 588 (L. à Bourguet, 1716) : dans la nature, il n'y a pas de «connexions nécessaires » ; il n'y a que des « consécutions ».

LA VIE DES AMES

d'où vient que les corps célestes vont d'Orient en Occident, au lieu de suivre la marche inverse1 ? Il n'y a pas eu de nécessité géométrique non plus dans la disposition originelle des éléments qui ont formé le noyau primitif, ce noyau central dont tout le reste devait sortir sous mode d'ondulations progressives et toujours plus diverses. Il a fallu que le premier geste de l'Éternel semeur fût dirigé par une puissance de prévision qui dépasse toutes limites; n'est-il pas remarquable, en particulier, que l'accord actuel du cours des planètes avec celui de l'éther ambiant ne trouve d'explication satisfaisante que dans le recours à quelque autre action que le jeu des lois naturelles2?

On peut aller plus loin dans la même voie, si Ton prend la peine d'observer les « coutumes » que suit la nature dans sa marche quotidienne, au lieu de s'en tenir, comme « les sectateurs de Descartes », à des idées toutes faites d'avance. Il n'y a rien d'absolument nécessaire dans cette loi du mouvement : « l'action est toujours égale à la réaction ». Car « il semble ? en considérant l'indifférence de la matière au mouvement et au repos, que le plus grand corps en repos pourrait être emporté sans aucune résistance par le moindre corps qui serait en mouvement; auquel cas il y aurait action sans réaction, et un effet plus grand que sa cause3 ». Il n'y a rien non plus d'absolument nécessaire dans la loi qui veut que la même quantité de force se conserve toujours : « cet axiome d'une philosophie supérieure ne saurait être démontré géométriquement4 ». Et l'on en peut dire autant de cette loi dominante de la continuité qui fait comme le trait distinctif de tous les phénomènes naturels. Elle est convenable, il n'y a rien de si beau ; et l'on ne concevrait pas que Dieu, travaillant en vue du meilleur, ne l'eût pas suivie dans la réalisation de son œuvre. Mais, lorsqu'on la considère en ellemême et du point de vue mécanique, on ne réussit pas à voir

1. Erd., 46a {Conf. nat.); lbid., 80a (Med.) ; — Est., 25-26 (Disc, de Met.).

2. Geuh., Math., VI, 18i (Tentamen de motuum cœlest. catisis, ziceite bearbeitung, après 1690).

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