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pourquoi le monde ne s'en serait pas passé : elle n'a rien de la rigueur d'un corollaire1.
On trouve nombre de faits analogues et de même signification, à mesure que l'on descend dans le « détail des choses ». Quel obstacle logique trouve-t-on, par exemple, à ce que les rayons réfractés suivent une courbe insensible, au lieu d'une ligne droite? La première de ces formes n'est-elle pas moins brusque et plus conforme par là même aux principes de la raison2? Pourquoi l'àme d'un César, si on le considère en lui-même, non plus dans son rapport avec le monde dont il devait faire partie, pourquoi l'âme d'un César n'aurait-elle pas ressemblé à celle d'un Thersite? L'adaptation du physique au mental ne représente-t-elle pas visiblement un travail dont le résultat pourrait être tout autre qu'il n'est3?
La contingence! On la trouve partout. Elle se révèle jusque dans ce lien causal que les déterministes s'acharnent à tenir pour intangible et qu'ils présentent sans cesse comme l'unique fondement de tout savoir. « La suite des choses est toujours contingente, et un état ne suit point nécessairement d'un autre état précédent »... La connexion de deux états est une consécution naturelle, mais non pas nécessaire. Par exemple, « il est naturel à l'arbre de porter des fruits » ; mais ils n'en viennent pas à la manière dont les corollaires du triangle viennent de sa définition. Autrement, il en porterait toujours; or « il arrive par certaines saisons qu'il n'en porte point »4. Il y a, dans l'enchaînement des faits naturels, quelque chose de malléable que l'enchainement des vérités mathématiques ne contient pas et qui fait que le premier peut toujours être autre qu'il n'est, tandis que le second ne le peut d'aucune manière.
Nombre de penseurs ont insisté, de notre temps, sur les marques de contingence que présentent les phénomènes naturels : tels le célèbre Maxwel, E. Boutroux5, 0. Hame-
1. Ehd., 605a (Théod.). Cf. plus haut ce que l'on a dit de la causalité, P. 42-52.