Erd., 590a (Théod
2. Œuvres du Bienheureux F. de Sales, 1. 1, p. 2i3a, Paris, 1647.
infailliblement : ce qui est un principe si clair, et dans le sens commun et dans saint Augustin, qu'on ne peut le nier sans renoncer à l'un et à l'autre. Car qu'y a-t-il de plus clair que cette proposition, que l'on fait toujours ce qui délecte le plus, puisque ce n'est autre chose que de dire que l'on fait toujours ce qui plaît le mieux, c'est-à-dire que l'on veut toujours ce qui plaît, c'est-à-dire que l'on veut toujours ce que Ton veut, et que dans l'état où est aujourd'hui notre âme réduite, il est inconcevable qu'elle veuille autre chose que ce qu'il lui plait vouloir, c'est-à-dire ce qui la délecte le plus... Et c'est ce qui a fait établir à saint Augustin cette maxime, pour fondement de la manière dont la volonté agit : <( quod amplius delectat, secundum id operemur necesse est1 »...
Ces paroles sont entachées de jansénisme. Mais, en même temps, elles expriment la manière dominante dont les théologiens de l'époque, de quelque parti qu'ils fussent, concevaient l'action des mobiles de la volonté. Aussi Fénelon trouvera-t-il l'opinion très mal préparée à le comprendre, quand il donnera ses Maximes des saints. On verra surtout son livre par le côté chimérique qu'il présente; le public n'y relèvera presque pas cette grande idée de l'amour rationnel du bien pour lui-même qui en fait la partie la plus neuve.
Quoi qu'il en soit de cet aperçu, Leibniz admet avec Pascal que « l'on fait toujours ce qui plait le mieux ». Et cette conception est loin d'être la plus favorable à la cause du libre arbitre. Elle passe le principal, je veux dire cette manifestation directe de la loi morale à la volonté pure où le devoir révèle son prix absolu, où tout le reste n'est plus qu'un zéro à côté de l'infini. Leibniz n'a pas suffisamment dégagé l'idéal autour duquel gravite la vie morale tout entière : il n'a su voir en toute précision ni sa valeur incomparable ni son mode spécial à l'égard de la volonté.
Cette lacune n'est pas la seule; ce n'est pas non plus la plus profonde ni la plus grave.