‹ LeibnizChapitre 207 sur 310 · Jovy, Pascal inédit, p. 131, Vitry-le-François · texte numérisé non relu

Jovy, Pascal inédit, p. 131, Vitry-le-François

LA VIE DES AMES

L'action du motif pré valent est infaillible, continue Leibniz ; mais elle n'a rien de fatal. La volonté peut être inclinée; elle ne saurait être nécessitée. La prévalence du motif « le plus fort » n'empêche point que l'homme ne soit maître chez lui1. Du côté de l'objet, un autre choix reste possible, puisque la liberté a pour domaine la contingence2; et la même condition se réalise également du côté du sujet. Car, du moment que la volonté est « une force qui se connaît », elle dispose aussi d'elle-même, peut se gouverner et prendre telle décision plutôt que telle autre3.

Qu'est-ce donc pourtant que cet empire singulier du motif prévalent qui assure toujours son effet, sans avoir jamais de liaison nécessaire avec lui? Il y a là un mystère irri(ant qu'il faut éclaircir. Essayons donc de pousser la formule jusqu'au bout, afin d'en percer l'énigme.

Tout a sa raison suffisante : c'est entendu; et les décisions libres ne font pas exception à la loi : c'est également accordé . Mais dans les faits de ce genre, où se trouve la raison suffisante? D'après Leibniz, elle réside tout entière dans la région des motifs; et si bien que le rôle de la volonté se borne à subir leur action. Ainsi le veut sa critique de la liberté d'indifférence. Si la volonté devenait une partie quelconque de la cause, si petite qu'elle fût, elle pourrait encore tout modifier de son chef; soustraite par ce côté à l'influence des motifs, elle descendrait encore à l'état d'un pur caprice : et la grande ennemie, chassée d'abord par la porte, rentrerait par la fenêtre. Au sens de Leibniz, il n'y a de causalité pour nos actions libres que de la part des motifs ; il faut donc qu'elles soient rigoureusement inévitables : il faut qu'elles le soient au même titre que le mouvement d'une poulie ou celui d'un piston. L'infaillibilité n'est qu'un autre nom de la nécessité.

Inutile d'ailleurs de recourir en ce point à la méthode des inférences. La définition de la cause que donne Leibniz en certains endroits, est assez nette pour que la vérité en jaillisse

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