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d'elle-même. Voici comment il apprécie la notion que Hobbes se faisait de la cause. « Il fait fort bien voir, dit Leibniz, qu'il n'y a rien qui se fasse au hazard..., et que pour chaque effet il faut un concours de toutes les conditions suffisantes, antérieures à 1'évéoement : donc il est visible que pas une ne peut manquer, quand l'événement doit suivre, parce que ce sont des conditions; et que l'événement ne manque pas non plus de suivre, quand elles se trouvent toutes ensemble, parce que ce sont des conditions suffisantes. Ce qui revient à ce que j'ai dit tant de fois, que tout arrive par des raisons déterminantes, dont la connaissance, si nous l'avions, ferait connaître en même temps pourquoi la chose est arrivée, et pourquoi elle n'est pas allée autrement1. » Parler ainsi, c'est admettre au fond le principe où s'étaie toute la doctrine de Hobbes et en même temps celle de Spinoza, c'est donner carte blanche aux partisans du déterminisme universel; et l'on ne conçoit pas de formule si bien adoucie ou tempérée qui puisse dissimuler pour de bon une aussi grave conséquence. Ici, les nuances diplomatiques n'ont plus de force.
Il est vrai que Leibniz essaie à diverses reprises de faire voir que nous avons une sorte de « pouvoir indirect sur nos volontés » ; et c'est un sujet sur lequel il a dit des choses très fines2. Mais que devient ce pouvoir, si nous sommes toujours entièrement déterminés par les motifs, si la décision actuelle, qui est nécessaire, vient d'une autre qui l'est également, ainsi de suite à l'indéfini? Où se trouve, dans ce cas, le point du fleuve où nous pouvons donner le coup de barre libéra- , teur? Si loin que nous remontions, il reste toujours impitoyablement vrai que, au lieu d'agir, nous sommes agis. Il reste vrai du moins que le résultat de nos délibérations est certain d'avance, qu'il est infaillible; et c'est assez pour
1. Erd., p. 630a (Réflexions sur le livre de Hobbes, vers 1710).
2. Ibid., 255*-262b (/V. Essais); Ibid., 520b, 593b, 599b (Théod.); Ibid., 630", 631a {Béflex. sur le livre de Hobbes); — Gerh., Phil., VII, 78-80 {De l'usage de la méditation) ; Ibid., III, 219 (L. à Burnett, 1698) : « L'imagination et le sang emeu ne se guérissent point par les raisons. Il n'y a que Dieu et le temps qui le puissent. Cependant nous tâchons autant que nous le pouvons de la détourner des pensées tristes » ; cette note à la Rochefoucauld est curieuse chez l'optimiste Leibniz. Avait-il lu les Maximes ? On le peut croire.
LA VI E DES AMES
que nous ne songions plus qu'à laisser faire. On ne s'efforce pas d'éviter ce que Ton connaît déjà comme entièrement sûr; on s'arrête alors et l'on attend.
Mais le déterminisme de Leibniz, toujours présent, bien que toujours inavoué, a dans sa doctrine des points d'attache plus profonds que ceux qui lui viennent de sa théorie du vouloir. Sa philosophie, depuis l'apparition de VÈthique, s'est tout entière compénélrée des idées directrices que renferme cet ouvrage.
Qu'on lise, par exemple, le De rerum originatione qui est de l'année 1697 [, les quelques pages qui, dans l'édition Erdmann, s'intitulent De veritatibus primis 2, l'espèce de monadologie que contiennent les Opuscules et fragments inédits de la page 533 à la page 535, et les notes qui sont au bas des premières pages du Spécimen inventorum...3 : on y trouvera, et logiquement enchaînés, tous les principes d'où découle le déterminisme moniste de Spinoza : 1° tout possible enveloppe une tendance à se réaliser; 2° cette tendance passe à l'acte par elle-même, dès que rien du dehors ne s'oppose à son plein succès : elle passe à l'acte aussitôt que de simplement possible elle devient compossible. 3° Cette tendance a d'autant plus de force qu'elle contient plus de réalité, de perfection ou d'intelligibilité. 4° Et de là