‹ LeibnizChapitre 209 sur 310 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Gerh., Phil., VII, 309-310 : il est vrai que, dans ce passage, Leibniz s'eflbrce de concilier l'exigence des possibles avec la liberté des décrets divins. Mais au possible on ne fait pas sa part. Il est ridicule de ne lui accorder qu'une moitié d'exigence : sa tendance essentielle suffît ou n'est pas.

Voici d'ailleurs les autres références qui portent sur la même question : un point y reste fixe, c'est que, bien qu'il y ait de la contingence, tout est d'avance infailliblement déterminé. V. Gerh., Phil., I, 123-124, 129, 149 {Remarques sur Spinoza); Ibid., III, 167-168 (L. à Burnett, 22 nov. 1695); Ibid., 1, 354 (L. à Malebranche, 2/12 oct. 1698) : les deux nécessités; — Erd., 191b (L. à Bayle, 1702) : tout est déterminé; cependant, la liberté demeure, car il y a du contingent; — Gerh., Phil., III, 471-472 (L. à Jaquelot, 28 avril 1704); Ibid., II, 355-356 {L. au P. des Bosses, 3 sept. 1708) : plus la raison grandit, plus il y a de liberté; Ibid., 361-362 (L. au même, 1708) : le choix divin s'est fait d'après l'idée du meilleur; Ibid, 423 (L. au même, 8 juil. 1711) : le choix divin s'est fait d'après une nécessité morale, non géométrique; — Erd., 63Qa(Réflexionssur le livre de Hobbes); — Gerh., Phil., III, 572-573 (L. à Bourguet, déc. 1714) : sur les possibles. — Consulter d'ailleurs plus haut, p. 247. — L'idée de nécessité morale : voilà ce qui, dans ces textes, demeure toujours équivoque.

LEIBN&.

dérivent à la fois l'existence de Dieu et celle de la nature. L'idée de la souveraine perfection se réalise nécessairement, puisque, étant à l'origine de tout, elle ne saurait trouver de rival dans son expansion; et voilà Dieu. Par ailleurs, les autres possibles, qui ne sont eux-mêmes qu'un aspect de la divinité, s'actualisent dans la mesure où ils ont le moins de manque ou d'imperfection, c'est-à-dire d'après la loi du meilleur. De là un combat sans fin qui fait des vainqueurs et des vaincus, une lutte éternelle dont le terme doit être le triomphe du bien; et voilà ce que l'on appelle du nom de nature : le monde n'est que de la logique en mouvement ou le mouvement de la logique.

Leibniz a pu tempérer ces principes et leurs conséquences, dans les jardins d'Herrenliausen et plus tard : il avait tant de manières de jouer du même clavier! en réalité, c'est dans le sens du choix divin que s'expriment les Nouveaux Essais et plus encore peut-être la Théodicée : l'influence dominante du milieu était encore la même, celle d'une piété généralement intelligente. Mais, en fait et malgré l'orthodoxie des formules, Leibniz est resté jusqu'aubout prisonnier dugénie de la Haye. « Vous savez, dit-il au début des Nouveaux Essais, vous savez que j'étais allé un peu trop loin autre fois, et que je commençais à pencher du côté des spinozistes1. » Il y a quelque chose de plus dans le fond : Leibniz est allé jusqu'au spinozisme et n'en est pas revenu. Il n'a jamais su comprendre ce qu'il y avait de véritable dans la pensée du vieux Chrysippe, au dire duquel nos volitions libres ont leur « cause principale » dans notre volonté 2. Il n'a pas défini non plus, comme Aristote, que ce qu'il faut placer à l'origine des choses, ce n'est pas le possible, mais un acte.

III. — L'idée du meilleur. La vie des âmes, c'est un drame immense, aussi vaste

Page 1