Eth., I, prop. 11, autre dém
LA VIE DES AMES
En outre, la tendance des possibles à l'existence est d'autant plus grande qu'ils ont plus de réalité ou de perfection ; car ces deux choses n'en font qu'une.
Mais, en Dieu, cette tendance est souveraine et en vertu même de son infinité. Il ne se peut donc qu'elle n'aboutisse pas : Dieu existe, parce qu'il enveloppe l'absolue perfection 1 . C'est du Spinoza ;mais c'est aussi du Descartes, du Malebranche, du Bossuet, du Fénelon : tout le xvne siècle tient dans cette formule : « La perfection est la raison d'être2 », parce qu'elle en est la plénitude.
Pourtant, ne nous laissons pas séduire par le spectacle de la gloire. Même sous la forme plus pénétrante et plus précise que lui donne Leibniz, la preuve ontologique appelle manifestement un examen critique; et c'est ce qu'il a bien senti lui-même. Dès Tannée 1677, dans sa discussion avec Eckhard, il formule avec une étonnante sagacité la plupart des objections que suscite le fameux argument : si bien que l'on croirait déjà entendre Kant en personne3.
1. Gerii., Math., I, 85 (L. à Old., 28 déc. 1675) ; Ibid., VI, 98 {Rép. à Fabre, 1677) ; Ibid., Phil., I, 188 (L. à Conring, 3 janv. 1678) : la même pensée revient : Dieu existe, s'il est possible; d'ailleurs, l'argument traditionnel est un « sophisme spécieux » ; Ibid., 198 (L. au même, 19 mars 1678) : l'argument n'est pas un « sophisme », mais un syllogisme « imparfait »; Ibid., 212-272 (Discussion avec Eckhard, du 5 avr. à sept. 1677) : discussion importante sur laquelle on va revenir; Ibid., 331-332 (L. à Malebranche, 22^uin 1679) : tout ce dont on raisonne n'est pas possible de ce fait : ex. « le plus grand de tous les nombres », « la plus grande de toutes les vélocités » ; — Erd., 80a-b (Médit., 1684) : Même observation, mais rattachée à une théorie de la définition ; — Gerh., Phil., I, 385 (L. à Foucher, vers 1686) : il faut prouver la possibilité pour avoir une démonstration rigoureuse... Ibid., Math., II, 51-52 (L. à Hugens, 3/13 oct. 1690); — Erd., 138b (Réflex. sur l'Essai de Locke, 1696); — Gerh., Phil., IV, 400-406 (Rép. au P. Lami, 1700) : Leibniz passe lui-même de Dieu conçu, non plus comme l'être parfait, mais comme l'être simplement nécessaire, et croit trouver là un terrain plus solide; mais outre qu'il sort de la question, il commet un sophisme; car de la notion d'être nécessaire il ne suit pas que cet être existe, mais seulement que, s'il existe, il est impossible qu'il vienne à disparaître : ce que disait déjà saint Thomas; — Gerh., Phil., III, 442-454 (L. à Jaquelot, 20 nov. 1702) : le problème n'avance pas; rien de neuf; — Erd., 373b-375a (N. Essais); — Gerh., Math., VIII, 18, 50 (L. à Wolf, 1705; ; Ibid., Phil., VII, 490 (L. à Bierling, 1711); — Erd., 708a, 40-41 (Monad.); — Gerh., Phil., VII, 294 (De synthesi et analys. universali..., non daté); Ibid., 310 (Spécimen invenlor., non daté) : Leib. essaie encore de partir de l'idée d'être nécessaire, non de celle d'être parfait, et commet le même paralogisme que plus haut.