‹ LeibnizChapitre 213 sur 310 · Erd.; 708% 36-38 (Monad · texte numérisé non relu

Erd.; 708% 36-38 (Monad

clure que cette cause est un être qui n'a pas de limite, qui est absolument infini, qui de ce chef est souverainement parfait ; il se heurte par là même à toutes les difficultés qu'en 1677 il élevait contre Eckhard, et sans en tenir aucun compte *. Il reste persuadé que sa théorie de la compatibilité des éléments simples, pourtant si incomplète et si vague, suffit d'emblée à tout éclaircir. Comme la critique de Kant a été nécessaire ici!

On trouve la même sérénité dogmatique dans le second argument à base expérimentale qu'apporte Leibniz, je veux parler de sa preuve des causes finales. Il n'a pas senti davantage, en développant cette preuve, l'embarras qu'éprouve la raison soit à passer de la notion de cause première au concept d'être parfait, soit à considérer l'être parfait luimême comme un autre nom de ce qu'on appelle l'Infini. 11 s'est contenté, à cette occasion, de se complimenter luimême, comme il le fait un peu partout, en disant que, par son Harmonie 'préétablie, la preuve de l'ordre « est poussée à une nécessité tout à fait métaphysique » : ce qui paraîtra sans doute étrange à quelques-uns, vu le caractère visiblement chimérique de cette hypothèse. Mais écoutons-le s'exprimer lui-même en cet endroit. « Chacune de ces âmes exprimant à sa manière ce qui se passe au dehors et ne pouvant avoir aucune influence des autres Êtres particuliers, ou plutôt, devant tirer cette expression du propre fonds de sa nature, il faut nécessairement que chacune ait reçu cette nature... d'une cause universelle, dont ces Êtres dépendent tous, et qui fasse que l'un soit parfaitement d'accord et correspondant avec les autres ; ce qui ne se peut sans une connaissance et puissance infinies. » Aussi « un illustre Auteur » reconnut-il un jour « qu'on n'avait jamais donné un si grand relief aux faibles conceptions que nous pouvons avoir de la perfection divine2 ».

1. Ibid., 708% 39-4i (Monad.); — V. aussi Gerh., Phil., I, 138 {Communicala ex literis D. Schuller); Ibid., VII, 310 {Spécimen inventor.); — Erd., 147» (De rerum orig., 1697); Ibid., 373b-374a (N. Essais) ; Ibid., 716, s-9, (Princ. de la Nat...). Spinoza a très nettement formulé cette preuve dans une lettre à Meyer, son plus intime ami (t. III, 389, éd. Saisset).

2. Leib. esquissait déjà cet argument ex contingentia rerum dans sa Con-

LA VIE DES AMES

Laissons de côté les remarques critiques qu'il a fallu faire, pour donner une idée juste des vues théologiques de Leibniz; reprenons la suite de sa pensée, comme si les restrictions formulées plus haut ne comptaient pour rien.

Les possibles ont une tendance à se réaliser par euxmêmes; mais cette tendance ne leur suffit pas : c'est une « propension » qui ne se traduit en acte que sous l'impulsion d'un secours extérieur. De plus, « comme tous les possibles ne sont point compatibles entre eux dans une même suite de l'univers », ils s'arrêtent les uns les autres dans leur élan vers l'existence. Il faut que Dieu, qui en a l'éternelle et pleine intuition, vienne du dehors y faire un choix et donne la grâce efficace à la combinaison préférée1. Il semble donc que, d'après Leibniz, l'univers ne sorte pas tout entier du néant. La création lui apparaît en définitive comme un simple épanouissement des possibles, comme « une fulguration » des idées divines à travers le temps et l'espace2; c'est « une émanation » des intelligibles qui se fait en Dieu lui-même sous le libre effort de sa volonté3. Et cela, ce n'est plus du Spinoza, sans doute; mais c'est du Schelling avant le nom, du Schelling de la Philosophie de la Révélation. Leibniz, il est vrai, se garde d'insister sur ce point ; mais ses expressions sont assez claires pour indiquer où va sa pensée.

Avançons d'ailleurs dans le problème; notre impression ne fera que se confirmer.

fession de la nature contre les Athées en 1668 (V. Erd., 45-46). On le retrouve clans une lettre à Jac. Thomasius du mois d'oct. de la même année (Gerh., Phil., J, 9-11). Il reparaît dans les Remarques sw les Communicata ex literis D. Schulleri (Ibid., 138). Leib. l'oppose à Locke dans les JV. Essais, et comme totalement décisif, lorsqu'on l'appuie sur VHarmonie préétablie (Erd., 376a-376b). V. également Théodicée (Erd., 506% 562b; Monad., 709a-"). — Leibniz a toujours été vivement pénétré de Vidée de contingence, même avant d'avoir commencé à réagir contre Spinoza. Cette idée représente un trait fondamental de son esprit.

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