‹ LeibnizChapitre 22 sur 310 · Gerh., Math., II · texte numérisé non relu

Gerh., Math., II

2. Ibid., 258 (27 nov, 1694); Cf. lbid., 219,263; Cf. Ibid., Phil, III, 175 [L. à Burnetl,mdiT% 1696).

Jean Frédéric dirige officiellement le projet; et son rôle est approuvé par le pape Innocent XL

Pendant ce temps-là, les universités allemandes se remuent, celle de Helmstadt à leur tète. Son maître le plus célèbre, Calixtus, avait eu ridée de dégager de la tradition les dogmes communs à toutes les églises, et, pour découvrir cette base d'entente, de remonter aux premiers siècles du christianisme. C'est cette espèce de « syncrétisme » qui doit prévaloir : peu à peu, il prend le dessus dans la plupart des universités et crée pour les esprits une sorte d'ambiance intellectuelle.

A Hanovre même, la tentative de réunion est officiellement représentée, du côté des protestants, par Molanus, abbé de Lokum, esprit solide et cultivé; du côté des catholiques, par Sténon, vicaire apostolique, savant hardi, mais théologien inexpert et timide. En droit, Leibniz n'a que le rôle effacé d'un secrétaire. Mais il ne tient qu'à lui de faire prévaloir son autorité intellectuelle, cette supériorité de nature à laquelle on ne résiste jamais complètement.

Le voilà donc à même de concourir au triomphe de l'une de ses idées dominantes. Rendre à l'Église son unité constitutive, créer un point de suture entre les fragments plus ou moins hostiles qu'elle présente depuis la Réforme, en faire un seul principe de civilisation au profit du reste de l'humanité : c'était l'une des principales idées du « projet d'Egypte ». Cette idée se présente à nouveau, bien que sous un autre jour; Leibniz saisit avec empressement l'occasion qui se produit de militer en sa faveur. Sans doute, il appellera du nom dédaigneux de « distractions » les travaux sans nombre qu'elle lui vaudra. Mais ce n'est là qu'un terme de diplomate. Au fond, l'affaire lui semble capitale; et c'est comme telle qu'il va la traiter.

Leibniz est chargé de la correspondance. Elle est énorme. Il s'agit d'entrer en rapport avec tous les personnages qui peuvent exercer quelque influence *. L'habile secrétaire use largement de sa fonction, pour préparer en son sens la solu-

1. Klopp, IV, 380-381 (L. au Bue Jean Frédéric, janv. 1677). Leibniz. 2

tion du problème délicat et complexe qui se pose : il débarrasse la question des accessoires religieux ou politiques qui s'y mêlent, en fait saillir les traits essentiels et les précise de plus en plus au contact des difficultés.

Il songe d'ailleurs aux moyens de définir le thème sur lequel doit discuter la réunion future. A ce sujet, il écrit toute une série de lettres au duc Jean Frédéric1. Et voici, après long examen, le procédé qui lui semble le meilleur : « Un homme méditatif, qui n'est pas éloigné de la réunion, devrait écrire une exposition de la foi qui donnérait un peu plus de détails que celle deMr de Condom... L'auteur y dissimulerait son nom aussi bien que son parti... il chercherait à fonder son jugement sur l'autorité de quelques savants hommes de l'Église romaine. Mais, en constatant leur avis, il ne poserait point la question de savoir s'il est d'accord avec eux ; il demanderait simplement si cette doctrine peut être tolérée dans l'Église2. »

C'est sûrement à cette idée que se rapporte le système théologique où l'on a cru voir, au premier abord, la confession personnelle de Leibniz3. Détaché de son milieu et pris en lui-même, ce petit traité a pu donner l'impression d'une œuvre purement dogmatique, du moins à ceux qui n'étaient pas encore assez familiers avec la manière de Leibniz. On voit maintenant que c'est tout simplement un essai diplomatique, destiné à présenter le maximum de concessions qu'un protestant pouvait faire à l'Église romaine.

En même temps, Leibniz élabore une idée de fond, qui touche à l'essence même du catholicisme et peut excercer un grand rôle dans l'œuvre de la réconciliation commune. La question est de savoir si le souverain amour de Dieu ne suffit pas à nous constituer membres de la véritable Église,

t. Klopp, ÏV, 429-457. Les Archives de Hanovre sont d'ailleurs pleines de fragments qui se rapportent à la même idée.

2. GiiRH., II, 31; Rommel, II, 28 (L. auLandgr. Ernst., mars 1G84).

3. V. F. Car., 1, p. 459-469. — Le titre de « système théologique » n'est pas de Leibniz. Le manuscrit fut trouvé en 1839, par Msr Lacroix, à S'-Louis-des-Français et publié en 1844. En 1870, Albert de Brogiie lit la traduction de l'ouvrage, en le présentant comme la pensée secrète et personnelle de Leibniz : ce qui était une erreur.

et de telle sorte que rien au monde ne puisse nous en séparer aussi longtemps que nous avons ce sentiment. Les fidèles de la confession d'Augsbourg admettent l'affirmative1 ; et les catholiques eux-mêmes, peut-être sans le bien savoir, sont aussi de cette opinion, puisque, « selon leurs principes, non seulement les Protestans mais encore les Payons se peuvent sauver 2 ». Il y a donc une église intérieure, une église des âmes et d'où l'autre n'a pas le droit de nous expulser au nom de ses propres sentences; car il serait absurde qu'un homme de bonne foi fut contraint du dehors à penser ce qu'il considère encore comme inadmissible3. Dès lors, la notion de la véritable église se transforme et s'élargit. Le trait distinctif de la catholicité n'est pas l'adhésion à tel ou tel dogme; c'est la charité. Les barrières doctrinales s'écroulent; il n'y a plus d'obstacle nulle part à l'universelle communion des âmes dans le bien 4.

Mais, tandis que Leibniz se dépense lui-même à tant d'ingénieux efforts, les événements se développent et se précisent. En 1683, Bossuet intervient sur le désir de la duchesse de Hanovre 5; il demande ce que veulent au juste les protestants. Et, leurs conditions une fois connues par l'intermédiaire de Molanus, voici la réplique à laquelle il aboutit.

Vous soutenez qu'il y a une église de la « bonne volonté ». Je réponds que cette bonne volonté cesse le jour où l'on refuse d'admettre une proposition dûment définie.

Vous soutenez que l'infaillibilité des conciles œcuméniques se borne aux « vérités nécessaires ». Je réponds que les conciles œcuméniques se fixent à eux-mêmes leurs propres limites.

Vous vous en prenez à la légitimité du concile de Trente. Je soutiens, et preuves en main, que Trente, au point de vue

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