Gerh., Phil., III, 582-583 (L. à Bourguet, 5 aoust
3. Ibid., Math., VI, 133-134 (Principium quoddam gêner., vers 1687).
notre puissance. « Cet entendement qui nous eleve audessus de l'univers pour le contempler, et qui nous fait connaître des vérités nécessaires et éternelles, que l'univers luy même est obligé de suivre ; n'est-ce pas un échantillon de la nature divine, puisque rien n'est plus réel ny plus divin que la vérité » et la connaissance que nous en avons? » Aussi faut-il « fuir avec soin » « ceux qui s'imaginent que la raison ne sert qu'à nous affliger » , que son unique rôle est d'augmenter nos misères, en nous donnant la conscience de notre néant. Cette sorte de désespoir ne peut avoir d'autres causes que « la paresse et la légèreté 1 ». Tout s'éclaire et se transforme en cause de joie, quand on prend la peine de considérer l'excellence native et la puissance hégémonique du savoir. « Un Archimede, un Galilei, un Kepler, un M. des Cartes, un M. Hugens, un M. Newton sont plus considérables pour le grand but du genre humain, que des grands capitaines, et ils vont du pair pour le moins avec des Législateurs estimés dont le but a esté de mener les hommes à ce qui est véritablement bon et solide... » Ceux qui peuvent, comme Newton, « avancer le grand bastiment de la science, sont pour ainsi dire du conseil privé de Dieu, et tous les autres ne travaillent que pour eux 2 » .
La science, à mesure qu'on y fait du progrès, nous apprend de plus en plus que le désordre est une simple « apparence », que ce qui règne au fond des choses, c'est une sorte « d'harmonie universelle » : la science nous révèle l'ubiquité de l'ordre et nous en fournit la raison dernière, qui est Dieu lui-même. Or qu'y a-t-il au monde qui puisse donner à l'homme une joie plus pure, plus profonde et plus durable que cette sorte de spectacle intérieur? C'est la pleine « satisfaction de l'esprit »; et c'est toujours de cette source élevée que jaillira la meilleure part de notre bonheur. Aristote voyait juste, quand il portait si haut la valeur de la « contemplation » ; il montrait par là que son génie était allé jusqu'au fond de ce mystère vivant qui est la nature humaine.