Gekh., Phil., III, 261-262 (L. à Bumett
LA VIE DES AMES
Tout en produisant cette joie incomparable de l'esprit qui est de comprendre, la science nous confère une sorte d'empire sur la nature. La connaissance que nous prenons de ses lois nous donne le pouvoir d'en dompter les forces aveugles et de les adapter à nos propres besoins. Chaque découverte nous apporte un moyen nouveau de diminuer la zone de la souffrance et d'élargir le domaine de la joie ; chaque découverte est entre les mains de l'homme une arme de plus qui lui permet d'avancer la conquête de sa demeure naturelle. On peut dire déjà que nous sommes les rois de la terre; nous le sommes par la supériorité de notre nature, qui touche au divin. Mais cette souveraineté deviendra de plus en plus effective à mesure que grandira le culte de la science.
Faut-il donc penser qu'au terme d'un labeur plusieurs fois séculaire, notre globe pourra devenir « une espèce de Paradis »? Rien d'impossible à pareille transformation, répond Leibniz; d'autant que la nature dont la marche est dominée du dedans par la loi du meilleur, travaille de concert avec nous. Si notre globe a déjà été un paradis, « il pourrait bien encore le redevenir, et avoir reculé pour mieux sauter 1 ». Et quelle vue immense sur l'infinie plasticité des choses! Quoi qu'il en soit, depuis Galilée et Bacon, et même un peu avant, une nouvelle espérance a traversé la terre 2.
La science est également le secret d'acquérir cette maî-