Ibid., VII, 568 (L. à la duchesse Sophie, 6 févr
4. Erd., 18ob (Considérations sur la doctrine d'un esprit universel, 1702).
quelle en peut être l'origine? Il faut que Dieu l'ait créée dès le début avec les lois qui devaient dans la suite eu assurer la propagation, ou bien qu'intervenant dans le cours de la nature, il la crée à chaque instant partout où se produit l'ensemble de ses conditions physiques. Or la seconde de ces deux hypothèses paraît inadmissible : c'est une sorte d'occasionalisme partiel et qui ne présente pas moins d'inconvénients que l'autre. Elle fait de l'apparition de la vie un « miracle » perpétuel; elle est indigne de Dieù, qui va toujours au maximum d'effets par les moyens les plus simples. Elle se heurte également à la loi de continuité, d'après laquelle la nature ne fait jamais de « sauts brusques », qui veut que tout se prépare et se produise par « transitions insensibles ». Car que peut-on concevoir de plus inattendu et de plus violent que le passage subit du physique au mental, de l'étendue à la pensée? On peut aller plus loin dans cette voie, celle qu'il faut suivre toujours et surtout quand il s'agit de discerner les grandes lignes que présente le poème de la nature. L'idée qui domine le plan de la création, c'est celle du meilleur, c'est le dessein d'obtenir le plus d'être possible dans le plus grand ordre possible. Dès lors, comment se fait-il que Dieu n'ait pas produit, à l'origne même du monde, le maximum de vie dont il était susceptible ? La métaphysique, plus rigoureuse que l'expérience, s'insurge tout entière contre l'idée que le monde et la vie ne sont pas solidaires, que le monde a commencé avant elle et qu'elle pourra finir avant lui. Indestructibilité de l'univers, indestructibilité des âmes : ce sont là deux aspects d'une seule et même chose 4.
1. Voir sur l'immortalité physique des âmes les références suivantes, d'où se dégage la suite de la pensée de Leibniz à cet égard : Gekh., Math., VI, 69-70 (Nouv. hypothèse, 1671); Ibid., Phil., I, 53-54 (L. à Jean Frédéric, 21 mai 1671) : c'est là que se trouve la première idée du « Noyau humain », empruntée par Leibniz à l'Alchimie; il la développera dans la suite sous l'influence de savants, tels que Swammerdam, Leewenhoeck, et probablement aussi sous l'influence de Locke auquel il paraît bien emprunter un peu sa manière de dire sur la persistance d'une forme ou « structure » de fond à travers l'écoulement de la matière ; — Gerh., Math., I, 85 (L. à Old., 28 déc. 1675) ; — Cout., 530 (2 déc. 1676); Ibid., 626 {Pacid. Philal., 1676); — Est., 41-42 (Disc, de Mét., 1685) ; — P. Jan., 630, 639-640, 672, 678, 680 {Corresp. avec Arnauld, 1686- 1590). — Cout., 344 (Elem. rationis, 1686) : critique de l'idée d'âme donnée
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Il n'y a là pourtant qu'un côté de la question. La doctrine que l'on vient d'exposer s'applique à toutes les âmes, considérées comme simples sujets de perception. Il reste quelque chose de spécial à dire sur celles d'entre elles qui ont en plus le pouvoir de réfléchir, qui s'élèvent par là même jusqu'à la dignité d'êtres raisonnables et que Leibniz appelle des esprits, mentes. Celles-là font partie de la « cité de Dieu » et de ce chef possèdent certaines prérogatives qu'il faut esquisser.
Outre l'identité de leur substance, les esprits conservent celle de leur personnalité : ils restent à jamais capables de se souvenir et par là même de se reconnaître. Ils sont moralement immortels, tandis que les autres âmes ne peuvent l'être que pJnjsiquement.
Les esprits ne sont pas seulement des images de l'univers; ils sont aussi et surtout des images de Dieu. Eux seuls ont le pouvoir de le connaître et de l'imiter dans leurs actions; par suite, eux seuls sont capables de reproduire quelque chose de ce qui fait l'excellence et la plénitude de sa vie. Chacun des esprits est « comme une petite divinité dans
dans l'Éthique; Ibid., 232 (Observation critique contre les Mécanistes) ; Ibid., 514-515 (Introd. ad Encyclop. arcan., probablement vers 1686 ou 1687) : toutes les âmes sont immortelles, et les esprits conservent leur personnalité; — Gerh., Phil, I, 391 (L. à Foucher, vers 1687) : âmes et esprits; — F. Car.; b, 320-321 (L. à Fardella, mars 1690); — Erd., 125b-126a (Syst. nouv., 1695) : âmes et esprits; — Gerh., Phil., VII, 540, 542 (L. àladuch. Sophie, 4 nov. 1696); Erd., 145» (L. à Fard., 1697); — Gerh., Math., III, 553 (L. à Joh. Bern., 18 nov. 1698); Ibid., 560 (L. au même, 17 déc. 1698) : il n'y a pas « Métempsychose, mais simplement Métamorphose » ; Ibid., 565 (L. au même, 13/23 janv. 1699); Ibid., 575 (L. au même, 21 févr. 1699); — Erd., 161a (L. à Hoffmann, 1699); Ibid., 180b-181a (Considér. sur la doct. d'un esprit univ., 1702); — Gerh., Math., VI, 101 (1702); — Ibid., Phil., IV, 525-526 {Extrait du diction, de M. Bayle..., 1702) : consécution d'images et connexion d'idées; — Erd., 316b-317b (N. Essais); Ibid., 430b-432a (Sur le Princ. de vie, 1705); — Gerh., Phil., VI, 516-517, 522 (L. à la Reine de Prusse); Gerh., Math., VIII 32, 34, 44 (Corresp. avec Wolf, 1705); Ibid., Phil., VII, 568-569 (L. à la duch. Sophie, 6 févr. 1706); — Erd., 436b-437a (L. au P. des Bosses, 11 mars 1706); Ibid., 466a-467b {L. à Wagner, 4 juin 1710) ; Ibid., 715b-716a [Princ. nat. et grâce); Ibid., 710a-712b (Monad.) ; — Gerh., Phil., III, 565 (L. à Bourguet, 22 mars 1714).
son département ». Et cette parenté de nature leur donne la « capacité » d'entrer dans la cité permanente dont le « grand géomètre » est en même temps « le père » et « le roi » *.
Et là se révèle une idée qui mène plus loin quand on prend la peine d'y réfléchir. Connaître Dieu, c'est connaître à la fois l'infini de perfection et l'infini de durée. Ce double spectacle nous inspire un amour irrésistible qui dépasse absolument la nature, qu'elle est impuissante à satisfaire, qu'elle irrite toujours davantage, au lieu de le calmer. Il faut donc que notre but connaturel soit défaire pour ainsi dire une conquête progressive et indéfinie de la divinité ellemême2. Autrement, l'homme serait plus grand que sa destinée ; or, dans un monde où tout est calculé par une sagesse sans borne ni déclin, il n'y a pas de place pour cette anomalie de fond.
La vie future est une exigence de l'amour, tel qu'il se manifeste dans tout être raisonnable. Il faut ajouter qu'elle est une exigence de la loi morale. La justice ne peut pas ne point avoir le dernier mot. « Les péchés doivent porter leur peine avec eux par ordre de la nature et en vertu même de la structure mécanique des choses » ; « de même, les belles actions s'attireront leurs récompenses par des voies machinales par rapport aux corps 3 ». Le bien appelle naturellement le bien; et le mal, le mal. « L'intempérance », par exemple, entraîne « certaines maladies », et l'avarice est punie par les privations qu'elle impose aux avares ; à la pratique du bien s'attache, au contraire, toute une série de nobles avantages, l'estime en particulier et ce contentement durable et profond qui est comme la propriété inaliénable de la vertu4. Mais la vie présente est beaucoup trop courte pour que l'ordre établi d'en haut y trouve son entier accomplissement. Il faut donc qu'elle se prolonge de quelque manière par delà cette ligne sombre qui s'appelle la mort; il faut qu'il y ait un autre mode d'existence où