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Platon, Lois, IV, 715'-71G\ éd. Stallbaum, Gotha

pable, lui aussi, de jouir et de souffrir. Mais alors faudra-" t-il soutenir avec Descartes « que ces castors ne sont qu'un corps vide d'esprit » ?

Leibniz supprime cette chicane en affirmant que la mort n'est pas et que par suite il ne saurait y avoir de jaloux. Il vient dire que tout être vivant a commencé avec le monde et ne finira qu'avec lui. S'inspirant de ce qui lui a semblé le meilleur dans les doctrines déjà connues, il vient déclarer que, si l'être raisonnable est seul à pouvoir entrer dans la « Cité de Dieu », l'animal n'en conserve pas moins la double immortalité qui lui convient, celle de son âme et celle de sa « structure » organique. Que l'on ne proteste donc plus contre « la libéralité bornée de la nature » ; cette sorte d'avarice des choses n'existe que pour ceux qui ne comprennent pas « la majesté de l'univers ». Le vrai, c'est que tout vit d'un bout à l'autre du monde, et pour ne jamais mourir, caria générosité divine atteint son maximum dès le début et ne retire jamais dans la suite ce qui est déjà donné; le vrai, c'est que tout participe dans une certaine mesure au banquet de la pensée, depuis la plante qui, sans se connaître elle-même, est déjà « un miroir vivant de l'univers », jusqu'à l'homme qui, parce qu'il se connaît, peut connaître aussi la raison suprême des choses, qui est Dieu; le vrai, enfin, c'est que les transformations de la nature, en nous et autour de nous, ne sont que des moyens divers par où la vie s'élève insensiblement vers son point de maturité.

Insistons, en finissant ce chapitre, sur la constance de Leibniz dans son système philosophique.

Sa manière habituelle est de ne point changer quand une fois il est parvenu à se satisfaire. Il y met du temps : il lit, il compare, il médite et médite encore, afin de découvrir sa propre pensée et de s'en rendre maître. Mais, à un moment donné, « la fulguration » a lieu; et c'est fini. Leibniz, dès lors, expose son idée et de cent manières di-

LA VIE DES AMES

verses, il la détaille, l'enrichit, en développe les conséquences et les applications. Mais n'attendez pas qu'il abandonne jamais sa conquête; l'y voilà pour toujours.

Cette persistance intellectuelle est encore plus saillante , s'il se peut, dans l'ensemble des éléments qui forment sa métaphysique. Le principe du meilleur, la notion de la Monade, la nature et les degrés de la connaissance, la distinction du contingent et du nécessaire, le concept de liberté qui s'y rattache, son idée du progrès indéfini et celle de l'immortalité : autant de points cardinaux de sa doctrine qu'il a découverts une bonne fois pour ne plus s'en écarter. En 1677, comme on l'a déjà fait observer, Leibniz avait déjà toutes les idées qu'il devait soutenir plus tard; il n'en a pas même supprimé les équivoques qu'elles présentaient alors. C'est un fait qui ressort, me semble-t-il, des deux chapitres précédents; et c'est pour le mettre en évidence que j'ai mentionné, dans la mesure du possible, la suite chronologique des passages qui se rapportent aux principales idées philosophiques de Leibniz. Mais on peut le rendre encore plus frappant, en indiquant les divers résumés (et ils sont nombreux) que Leibniz a faits de son monadisme, au cours de sa longue carrière. Par le fond des pensées, ils se ressemblent tous les uns aux autres 1 : tant ils sont les enfants du même père !

Il est vrai que, dans quelques-unes de ces esquisses, Leibniz s'affirme franchement en faveur du déterminisme universel, aussi franchement que Spinoza. Mais, sous quelque forme qu'il traduise sa pensée, elle reste toujours la même. Car

1. Est. {Disc, de Met., 1685); — Gerh., Phil., I, 383-385 (L. à Foucher, 1686); lUd., 391 (L. au même) : quelques explications sur le même sujet; — Cout., 518-523 (Primœ veritates) , Ibid., 533-535; — Gerh., Phil., VII, 309-318 (Spécimen inventor.); Ibid., 539-544 (L. à la duchesse Sophie, sept, et nov. 1696); Ibid., III, 65-72 (L. à Bayle, vers 1702); Ibid., II, 169-172, 184, 194, 250-253,256,261, 275-282 (Corresp. avec Volder, 1699-1706): en réunissantces différents passages, on obtient la somme des idées principales du monadisme; Ibid., VII, 552-565 {L. à la duch. Sophie, 1700-1705); Ibid., III, 338-343 (L. à Lady Masham, may 110b); Ibid., 353-357 (Explic. sur la lettre précéd.); Ibid., 343-348 (L. à la Reine Charlotte, 8 may 1704); Ibid., VI, 491-499, 499-508, 514-519 [L. à la même, 1700-1704) ; — Erd., 705-712 (Moaad., 1714) ; — Gerh., Phil., III, 656-666 {L. à Remond, 4 nov. 1715); Ibid., VI, 624-629 (1716) : suprême monadologie.

la nécessité morale dont il parle si souvent n'est en définitive que l'expression adoucie de celle qui est absolue. Le fait devient manifeste, dès qu'on prend la peine d'écarter l'écorce diplomatique des mots.

Qui donc est venu dire qu'il y avait « un nouveau Leibniz » à découvrir, que le vrai Leibniz mêlait à ses écrits « une fantaisie d'artiste » qui demeure inquiétante, même au point de vue doctrinal? En fait, il n'existe rien de pareil. Jusqu'au bout, l'auteur de Y Harmonie préétablie a maintenu sans défaillance le même fonds d'idées. Ce que les inédits peuvent encore éclairer, ce sont certains traits de la vie et du caractère de Leibniz, c'est sa manière intime de travailler. Et, sur cet ordre de questions, nous attendons avec impatience la « Vie de Leibniz » que prépare M. Albert Rivaud.

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